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Affichage des articles du mai, 2018

Zeno Bianu Bleu Klein

BLEU KLEIN "Un jour tu es entré dans le bleu
comme on pénètre dans la vraie vie
tu es entré dans le bleu
tu as fait le pari de l’immensité
et ce fut comme un sésame
un passage sur l’autre versant du miroir
ce ciel qui emplissait tout
la respiration des galaxies
la cadence des univers
le souffle magnétique de la Grande Ourse
un jour tu es entré dans le bleu
pour n’en plus jamais revenir
ce bleu ardent électrique
invulnérable
tu t’es plongé dans un bain d’indigo
au centre de l’horizon
pour voir tout en bleu
ligne de ciel
ligne de coeur
pour te faire la belle
la belle bleue
avec tes pinceaux vivants
l’intensité l’intensité l’intensité
pour devenir bleu d’émotion
découvrir ce lâcher de ballons bleus
au fond du cœur
ce saut dans la poésie
où la création recommence
à chaque instant
où l’éternité a la grâce des funambules
une énergie capable de forcer la pesanteur
une vie vouée au judo du bleu
une fête de l’infini
pour les marcheurs d’aurores"ZÉNO BIANU

Achille Chavee

SPECIAL - Achille ChacéeLa brigade internationaleà Jean Bastien.Mon cœur
veine ou déveine
aura des ailes
dans les montagnes et dans la plaine
des hommes meurent pour la libertéL'oiseau parle une langue inconnue
il n'a jamais pensé à la chance
mais la chance est pour lui
dans les chansons mêmes de la peur
la vie n'est qu'un signe
pour ceux qui meurent dans la nuit
trahis par la clarté lunaire
par les regards obstinés du soleilIl y parfois un homme qui vient d'Albanie
il parle de la liberté comme d'un sein de marbre
il y a des hommes qui viennent des villages perdus
ils parlent de la liberté comme d'une source pure
il y a d'autres hommes qui viennent des montagnes
ils en parlent par signes et par silences durs
il y a des hommes aussi qui viennent de n'importe où
aux comparaisons obscures et justes
il y a les hommes simples les hommes qui boivent
et les hommes qui ne boivent jamais
qui confondent la liberté la mort l'amour le souvenir de leur maman

Main verte ... Terrarium

Image
Micro univers



Henri Michaux - Avenir

"Vous qui connaîtrez les ultra-déterminants de la pensée et du caractère de l'homme, et sa surhygiène
qui connaîtrez le système nerveux des grandes nébuleuses
qui serez entrés en communication avec des êtres plus spirituels que l'homme, s'ils existent
qui vivrez, qui voyagerez dans les espaces interplanétaires,
Jamais, Jamais, non JAMAIS, vous aurez beau faire, jamais vous ne saurez quelle misérable banlieue c'était que le Terre. Comme nous étions misérables et affamés de plus Grand.
Nous sentions la prison partout, je vous le jure.
Ne croyez pas nos écrits (les professionnels, vous savez...)
On se mystifiait comme on pouvait, ce n'était pas drôle en 1937, quoiqu'il ne s'y passât rien, rien que la misère et la guerre.On se sentait là, cloué dans ce siècle,
Et qui irait jusqu'au bout? Pas beaucoup. Pas moi...On sentait la délivrance poindre, au loin, au loin, pour vous.
On pleurait en songeant à vous,
Nous étions quelqu'uns.
Dans les larmes nous…

Boileau - L'art poétique

L'Art poétique de Boileau http://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Art_po%C3%A9tique"Fuyez de ces auteurs l’abondance stérile,
Et ne vous chargez point d’un détail inutile.
Tout ce qu’on dit de trop est fade et rebutant ;
L’esprit rassasié le rejette à l’instant.
Qui ne sait se borner ne sut jamais écrire
(...)
Heureux qui, dans ses vers, sait d’une voix légère
Passer du grave au doux, du plaisant, au sévère !
(...)
Prenez mieux votre ton, soyez Simple avec art,
Sublime sans orgueil, agréable sans fard.
(...)
Fuyez des mauvais sons le concours odieux :
Le vers le mieux rempli, la plus noble pensée
Ne peut plaire à l’esprit, quand l’oreille est blessée.
(...)
Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément.
(...)
Hâtez-vous lentement, et, sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :
Polissez-le sans cesse et le repolissez ;
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.
(...)
L’ignorance toujours est prête à s’admirer…

Gérard Le Gouic - De quoi sera faite la nuit

Gérard Le Gouic - De quoi sera faite la nuit ?De quoi sera faite la nuit ?
Je m’en vais solitaire
au bras de mon parapluie.Un chat noir et malin
sort d’un pommier en fleur
et coupe mon chemin.De quoi sera faite la nuit ?
La femme qui m’aimait
sur les épaules m’a lancé
sa haine et son balai
et comme une casserolée d’eau sur la nuque
le sang déjà fané de sa blessure.De quoi sera faite la nuit
si elle n’est plus la forêt
où l’on pouvait s’étendre
dans des cabanes de ténèbres ?

ALICIA SUSKIN OSTRIKER - Les Vieillards

ALICIA SUSKIN OSTRIKER - Les Vieillards
La bonté des vieillards me semble
Incommensurable, indicible.
Mon grand-père, le plus lointain de tous, joue aux échecs
Face à de studieux socialistes yiddish au Paradis
Auquel il ne croit pas ; il attend
Que je me précipite sur ses genoux
Pour écouter « L’histoire de celui qui allait
De lieu en lieu ». Il a traversé l’Europe
À pied jusqu’à Londres, s’est embarqué
Pour la goldeneh medina. Mon autre grand-père,
Dans son fauteuil marron près du piano,
Interdit de parole par sa femme,
Sourire timide et yeux brillants comme les fenêtres
D’un village de Lituanie le vendredi soir,
Attend lui aussi. Il y a Franck, un Irlandais
Tailleur d’arbustes dans les jardins de la Cité,
Qui m’appelle « Margaret O’Brien » à cause de mes nattes
Et me prête ses cisailles. Et, enfin, les amis de mon père,
Comme des moutons au bercail dans les squares désolés de l’East Side,
Qui me bichonnent, m’apprennent patiemment à jouer aux dames
À longueur d’automnes balayés par…

SYLVIA PLATH - Mort-nés

SYLVIA PLATH ^- Mort-nés (1960)Les poèmes ne vivent pas ; c’est leur triste destin,Bien qu’ils aient des orteils et des doigtsEt de petits fronts bombés.Leur mère les a couverts de p’tits soinsIls ne savent toutefois pas marcher.Ô je ne saurais dire ce qui leur est arrivé !Leur silhouette et leurs traits ; tout est parfait.Ils s’assoient gentiment dans la saumure !Et m’accueillent le sourire aux lèvresHélas ! Leurs poumons ne se remplissent pas d’airEt leur cœur ne se met pas à battre.Ils ne sont pas des cochons, pas même des poissons,Quoiqu’ils leur ressemblent—اa aurait été mieux s’ils étaient en vie.Mais ils sont morts et leur mère affolée l’est presque aussiIls la dévisagent, mais ne parlent jamais d’elle.

ALEJANDRA PIZARNIK - Arts invisibles

ALEJANDRA PIZARNIK - Arts invisibles« Toi qui chantes toutes mes morts,
Toi qui chantes ce que tu ne livres pas
au sommeil du temps,
décris-moi la maison vide,
parle-moi de ces morts habillés de cercueils
qui habitent mon innocence.Avec toutes mes morts
je me remets à ma mort,
avec des poignées d’enfance,
avec des désirs ivres
qui n’ont pas marché sous le soleil,
et il n’y a pas une parole matinale
qui donne raison à la mort,
et pas un dieu où mourir sans grimaces. »

Abstraction ~ Gabrielle Burel

Abstraction Espérer avec impatience 
Se carapater
Avec ferveur
Être kamikaze
À Madagascar
Devenir corvéable
Dans l'éclosion
D'une pastourelle
Sans faille
Où l'ourlet de tes lèvres
Sera la métaphore
Du rien
Moisir dans les haubans
Avec les travailleurs
Dans l'idée fugace
Et laiteuse
De lapider l'arabesque
Ineffable pour exorciser
Les ardeurs
Et embesogner le cocotier
D'un tour de manivelle
Magouiller avec le marabout
Naître décoller ululer
Hâve cambriole
À tayauter d'un fécondant
Diagonal
Coudre envisager
Distraitement l'immobilisation
Et par un insidieux marbrier
Essanger le tombereau
Chancreux de byssus Faisanderie
De la fleur de thym
Sans renaissanceGabrielle Burel
16518

PHILIPPE ROBERTS-JONES - PORTRAIT DU LIEU

PHILIPPE ROBERTS-JONESPORTRAIT DU LIEUJamais plus c'est toujours un chemin qui s'éprouvele rejet d'un oiseau recherche un autre envol, dans ce besoin d'ailleurs qui se heurte et se briseaux volets, aux façades, dédale d'un discours où l'argument se fuit au croisement des phrasestout est détour, la ville et son enfermement, poursuivi de rumeurs, travaillé par les chienspar le chuintement gras du passage d'autrui ; et le jour ne s'éteint que pour d'autres réveilsla ville et c'est soi-même, en séquence, en délire, la rongeuse ou fantasque, la dérobée, la follequi se nourrit d'excès et de quelques reliques, de vitrine en sous-œuvre, on fait ou fait valoirLa recherche de l'autre est la floraison d'êtretoute phrase est gésine une vague à venir et sans terme certain à la croisée des sens elle est graine porteuse et selon la rencontre elle sera ce fruit et sa propre
semenceD'encre et d'horizon

Birago Diop - Sagesse

Birago Diop - SagesseSans souvenirs, sans désirs et sans haine
Je  retournerai au pays,
Dans les grandes nuits, dans leur chaude haleine
Enterrer tous mes tourments vieillis.
Sans souvenirs, sans désirs et sans haine.

Je rassemblerai les lambeaux qui restent
De ce que j’appelais jadis mon cœur
Mon cœur qu’a meurtri chacun de vos gestes ;
Et si tout n’est pas mort de sa douleur
J’en rassemblerai les lambeaux qui restent.

Dans le murmure infini de l’aurore
Au gré de ses quatre Vents, alentour
Je jetterai tout ce qui me dévore,
Puis, sans rêves, je dormirai – toujours –
Dans le murmure infini de l’aurore.

Anna Akhmatova - Les poèmes

Les poèmes

Ce sont des extraits d'insomnies,
C'est le noir des bougies tordues,
C'est au matin le premier son
De blancs carillons par centaines...

C'est la tiédeur d'un appui de fenêtre
Sous la lune de Tchernigov,
Ce sont des abeilles, c'est un mélilot,
C'est la poussière, et l'ombre et la touffeur.

Anna Akhmatova - Requiem : Poème sans héros et autres poèmes

Unica Zürn - L'esprit hors de la bouteille

Unica Zürn – L’esprit hors de la bouteille

Traduction de Ruth Henry et Robert Valançay

Sors de la bouteille !
Il vaincra celui qui hors de la bouteille
Salue comme une plume. Ah !
Grand aigle de mer, fraîcheur, ô Toi jour !

L’esprit sorti de la bouteille
t’interroge. Qu’il lise cela,
terrifiant le noble, l’horreur t’a saisie.
Rocher des branches, dis, cela bruit.
Les champs — quand le feu bougea

resta la terre. Fraîcheur de la rosée.

La soif : plumage. Cendre
de verre pêchait le poison
de la terre. Qu’elle crépite, qu’elle parle
par la bonne flaque du tonneau
celle qui dévora la dépouille de la druidesse

déclara l’esprit de la bouteille.

Dis-le par la lumière de la plume.
Ecoule-toi jour de frissons.
Lis le visage de la femme.
Sors donc de la bouteille, rosée
Noble fraîcheur d’herbe

montant de la rivière.
Hélas ! Trois jours, trois

Il bruit le plumage.
Fini le sommeil. Le discours
de la bouteille monte du personnage.
Parle doucement comme la fumée de l’espr…

Bukowski - Le génie de la foule

Charles Bukowski – Le Génie de la foule

l y a assez de traîtrise, de haine, de violence,
D’absurdité dans l’être humain moyen
Pour approvisionner à tout moment n’importe quelle armée
Et les plus doués pour le meurtre sont ceux qui prêchent contre
Et les plus doués pour la haine sont ceux qui prêchent l’amour
Et les plus doués pour la guerre – finalement – sont ceux qui prêchent la paix

Méfiez-vous
De l’homme moyen
De la femme moyenne
Méfiez-vous de leur amour

Leur amour est moyen, recherche la médiocrité
Mais il y a du génie dans leur haine
Il y a assez de génie dans leur haine pour vous tuer, pour tuer n’importe qui

Ne voulant pas de la solitude
Ne comprenant pas la solitude
Ils essaient de détruire
Tout
Ce qui diffère
D’eux

Etant incapables
De créer de l’art
Ils ne comprennent pas l’art

Ils ne voient dans leur échec
En tant que créateurs
Qu’un échec
Du monde

Etant incapables d’aimer pleinement
Ils croient votre amour
Incomplet
Du coup, ils vous détesten…

Baudelaire - Hymne à la beauté

Charles BAUDELAIRE (1821-1867)Hymne à la beautéViens-tu du ciel profond ou sors-tu de l'abîme,
Ô Beauté ! ton regard, infernal et divin,
Verse confusément le bienfait et le crime,
Et l'on peut pour cela te comparer au vin.Tu contiens dans ton oeil le couchant et l'aurore ;
Tu répands des parfums comme un soir orageux ;
Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore
Qui font le héros lâche et l'enfant courageux.Sors-tu du gouffre noir ou descends-tu des astres ?
Le Destin charmé suit tes jupons comme un chien ;
Tu sèmes au hasard la joie et les désastres,
Et tu gouvernes tout et ne réponds de rien.Tu marches sur des morts, Beauté, dont tu te moques ;
De tes bijoux l'Horreur n'est pas le moins charmant,
Et le Meurtre, parmi tes plus chères breloques,
Sur ton ventre orgueilleux danse amoureusement.L'éphémère ébloui vole vers toi, chandelle,
Crépite, flambe et dit : Bénissons ce flambeau !
L'amoureux pantelant incliné sur sa belle
A l'air d'un…

Pessoa - Initiation

FERNANDO PESSOA - INITIATION


Tu ne dors pas sous les cyprès
car il n’est de sommeil en ce monde…
Le corps est l’ombre des vêtements
qui dissimulent ton être profond.

Vient cette nuit qu’est la mort,
et l’ombre s’achève sans avoir été.
Tu vas dans la nuit, simple silhouette,
Égal à toi contre ton gré.

Mais à l’Hôtellerie de l’Épouvante
les Anges t’arrachent ton manteau.
Tu poursuis sans manteau sur l’épaule
avec le peu qui te protège.

Lors les Archanges du Chemin
te dépouillent et te laissent nu.
Tu n’as plus ni vêtements ni rien :
tu n’as que ton corps, qui est toi.

Enfin, dans la profonde caverne,
les Dieux te dépouillent plus avant.
Cesse ton corps, âme externe,
Mais en eux tu vois tes égaux.

Le Sort n’a laissé parmi nous
que l’ombre de tes vêtements.
Tu n’es pas mort sous les cyprès.
Néophyte, il n’est point de mort.

Main verte... Composition

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Rêve

Main verte.... Composition

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Plaisir dans une tasse

Georges Haldas- Vigile

GEORGES HALDAS"Je te porte avec moi le long des murs osseux
Je te porte et je sens tous les morts
remonter du fond de leur lit creux
Je guette l'arc-en-ciel
Je cherche dans les ruines et la graine et le miel
Je suis l'enfant perdu qu'un seul regard éveille
Celui qui lève l'ancre quand la ville appareille
O les soleils du soir O la part des abeilles
Je suis quand tu t'endors le grain obscur qui veille. "Georges Haldas, Vigile, dans: Sans feu ni lieu (Editions de l'Aire, 1968)

Dominique Gabriel Nourry

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30/01/1949 + 7 mai 2018
Nous partagions cette passion pour Xavier Grall


"LE TESTAMENT MYSTIQUE" - extrait
à paraître prochainement Editions du Pont de l'Europe


Dominique Gabriel Nourry (1949-2018) Il vécut entre Paris, Saint-Malo et Rennes. Il fut enseignant en Lettres et en Théâtre. Publications : Fatrasies d’Avril (Poèmes en Gros et Demi-gros), l’Embellie (La Porte), 2010 ; il a collaboré à différentes revues : Le Point d’Etre, Vivre en Poésie, le Nouveau Marronnier, La Grappe, la Nouvelle Proue, Jointure, le Horla, les Cahiers de Poétique, le Pêcheur d’ombre. À paraître en juin 2018 : Le Testament Mystique (Éditions du Pont de l'Europe). Il effectua de nombreuses performances poétiques notamment sur Facebook ; a régulièrement alimenté son blog : D’Ici Dance. Prix obtenus : prix de la Grappe (1986), de la Société des Gens de Lettres – Jacques Normand (1988), et de Poésie de l’Île de France (1989). Aussi comédien formé par Guy Parigot (Comédie de l’Ouest) et Christian …

Émile Verhaeren

Chaque heure, où je songe à ta bonté
Si simplement profonde,
Je me confonds en prières vers toi.Je suis venu si tard
Vers la douceur de ton regard,
Et de si loin vers tes deux mains tendues,
Tranquillement, à travers les étendues !J’avais en moi tant de rouille tenace
Qui me rongeait, à dents rapaces,
La confiance.J’étais si lourd, j’étais si las,
J’étais si vieux de méfiance,
J’étais si lourd, j’étais si las
Du vain chemin de tous mes pas.Je méritais si peu la merveilleuse joie
De voir tes pieds illuminer ma voie ,
Que j’en reste tremblant encore et presque en pleurs
Et humble, à tout jamais, en face du bonheur.EMILE VERHAEREN

Jean Lahor - L'illusion

Ouragan nocturne"Les vagues se cabraient comme des étalons
Et dans l'air secouaient leur crinière sauvage,
Et mes yeux, fatigués du calme des vallons,
Voyaient enfin la mer dans une nuit d'orageLe vent criait, le vent roulait ses hurlements,
L'Océan bondissait le long de la falaise,
Et mon âme, devant ces épouvantements,
Et ces larges flots noirs, respirait plus à l'aise.La lune semblait folle, et courait dans les cieux,
Illuminant la nuit dune clarté brumeuse ;
Et ce n'était au loin qu'aboiements furieux,
Rugissements, clameurs de la mer écumeuse.- Ô Nature éternelle, as-tu donc des douleurs ?
Ton âme a-t-elle aussi ses heures d'agonie ?
Et ces grands ouragans ne sont-ils pas des pleurs,
Et ces vents fous, tes cris de détresse infinie ?Souffres-tu donc aussi, Mère qui nous a faits ?
Et nous, sombres souvent comme tes nuits d'orage,
Inconstants, tourmentés, et comme toi mauvais,
Nous sommes bien en tout créés à ton image."
Jean Lahor — L’Illus…

Prévert - Un beau matin

:) Un beau matin
"Il n’avait peur de personne
Il n’avait peur de rien
Mais un matin un beau matin
Il croit voir quelque chose
Mais il dit Ce n’est rien
Et il avait raison
Avec sa raison sans nul doute
Ce n’était rien
Mais le matin ce même matin
Il croit entendre quelqu’un
Et il ouvrit la porte
Et il la referma en disant Personne
Et il avait raison
Avec sa raison sans nul doute
Il n’y avait personne
Mais soudain il eut peur
Et il comprit qu’il était seul
Mais qu’il n’était pas tout seul
Et c’est alors qu’il vit
Rien en personne devant  lui."
Jacques PRÉVERT
Recueil : "Histoires et d'autres histoires"

MAX-POL FOUCHET

MAX-POL FOUCHET (1913~1980)Il suffit d’un baiser
Pour apprendre l’amour
Et d’un cil abaissé
Pour connaître la nuit
Il suffit d’un mort
Pour savoir en secret
Les machines de l’oubli
Les pièges du souvenir
Et de sable mouillé
Pour à jamais découvrir
Les industries de la mer
À effacer les pas
__________Pour que demeure le secret
Nous tairons jusqu’au silence
Nul oiseau n’est coupable
Du tumulte de nos cœurs
La nuit n’est responsable
De nos jours au fil de mort
Il n’est que grande innocence
Et des colonnes en marche
Mais les plaines soulignent
Notre solitude de leur blé

JURIS KRONBERGS - LE LOUP BORGNE CHANGE

JURIS KRONBERGS - LE LOUP BORGNE CHANGE

Traduit du letton par Katarzyna Skansberg

Il sentit qu'il avait changé

Il ne savait pas comment
Il ne se rappelait pas comment c'était avant
Quelqu'un avait fermé devant lui une porte

Peut-être à cause du choc sa conception
du changement avait changé
et avec elle toute chose :

Les flocons de neige ne tombaient pas du haut
ils tombaient du bas
au printemps les oiseaux portaient les arbres
jusqu'aux feuilles épanouies
(rien n'était comme avant)

et le nuage pleurait sa séparation avec les gouttes
et le ciel pleurait la disparation du nuage

le loup borgne pleurait de ne savoir rien d'autre
que ce qu'il avait manqué

De percevoir le monde de ses yeux ignorants
dont l'un était aveugle

XUEREB - SURSEOIR À L’ADIEU

XUEREB - SURSEOIR À L’ADIEULorsque le vaisseau brûle
que sauver du naufrage ?
le sourire friable
d’un être qui s’éloigne?
le bief assoiffé d’une vie
que des yeux affaiblis
ne peuvent situer
au trajet brouillé d’un destin?De quel choix aurons-nous loisir
sauf celui du renoncement ?La tiédeur de nos mains
sur l’émotion des doigts
souffle à souffle ajustés
la fusion de deux corps
éperdus dans l’envol
en faille d’infini
par éclair entrevuLe désir obstiné
du désir nous tenaille
dans cette imprévision
d’un chatoiement des jours
nous berne l’illusion
contre toute évidence
de surseoir à l’adieu

Réflexion... Virginia Woolf

« J'ai besoin de solitude, j'ai besoin d'espace ; j'ai besoin d'air. J'ai si peu d'énergie. J'ai besoin d'être entourée de champs nus, de sentir mes jambes arpenter les routes ; besoin de sommeil et d'une vie tout animale. Mon cerveau est trop actif. »Virginia Woolf - Journal intégral (1915-1941)

Joyce Mansour - Déchirures

Déchirures, 1955/ Joyce Mansour


La nuit je suis le vagabond dans le pays du cerveau
Étiré sur la lune en béton
Mon âme respire domptée par le vent
Et par la grande musique des demi-fous
Qui mâchent des pailles en métal lunaire
Et qui volent et qui volent et qui tombent sur ma tête
A corps perdu
Je danse la danse de la vacuité
Je danse sur la neige blanche de mégalomanie
Tandis que toi derrière ta fenêtre sucrée de rage
Tu souilles ton lit de rêves en m'attendant

AMABLE TASTU - LA MENDIANTE

AMABLE TASTU - LA MENDIANTE


Jetez vos regards sur moi, et ayez compassion de moi, car je suis seule et pauvre.
Ps. 22.

Le jour fuit, la nuit tombe, et ses ombres glacées
Ajoutent leur tristesse à mes tristes pensées !
Pour moi, tout est besoin, souffrance, isolement,
Mon feu s’éteint, mon corps languit sans aliment,
J’ai froid, j’ai faim. Pourtant du fond de mon asile
J’entends le bruit joyeux des plaisirs de la ville.
Dans ces jours de folie et de brillants loisirs,
Qui pourrait refuser à mes humbles désirs
Le pain qui soutiendrait ma débile existence !
Sortons, et des passants réclamons l’assistance :
Que du moins leur secours m’empêche d’expirer,
Si je puis me résoudre, hélas ! à l’implorer !...

Mon cœur bat, mes genoux fléchissent, et ma bouche
Craint de ne pas trouver un accent qui les touche !...
Madame !... ils passent tous... Monsieur !... Sur leur chemin
Vainement le malheur tend sa tremblante main :
À la pitié leur âme est à jamais fermée,

JULES LAFORGUE - LA COMPLAINTE DES MONTRES

JULES LAFORGUE  - LA COMPLAINTE DES MONTRES

1


Je suis, avec mon tic-tac grêle,
Vade-mecum rond et têtu,
Indispensable sentinelle,
Le sacré cœur d’or revêtu.

            Voici le soir,
            Grince, musique
            Hypertrophique
            Des remontoirs.


2


Partout, je veille dans vos poches,
Je trône en vos appartements,
Et fais valser éperdument
Sur les cités folles les cloches !

            Et puis le soir,
            C’est la musique
            Hypertrophique
            Des remontoirs.


3


Chacun aux foules que je mène,
Sent battre mon cœur sur son sein (!)
Chaque maison m’a par dizaines,
Et je remplis des magasins.

            Partout, le soir,
            C’est la musique
            Hypertrophique
            Des remontoirs.


4


Maisons, horloges, clochers, foules,
Milliards d’échos à mon appel
Scandé d’un tic-tac éternel
L’orchestre fou des choses roule.

            Et chaque soir,
            C’est la mus…

MARIE KRYSINSKA - SYMPHONIE EN GRIS

MARIE KRYSINSKA - SYMPHONIE EN GRIS


À Rodolphe Salis.

Plus d’ardentes lueurs sur le ciel alourdi,
Qui semble tristement rêver.
Les arbres, sans mouvement,
Mettent dans le loin nue dentelle grise. —
Sur le ciel qui semble tristement rêver,
Plus d’ardentes lueurs. —

Dans l’air gris flottent les apaisements,
Les résignations et les inquiétudes.
Du sol consterné monte une rumeur étrange, surhumaine.
Cabalistique langage entendu seulement
Des âmes attentives. —
Les apaisements, les résignations, et les inquiétudes
Flottent dans l’air gris. —

Les silhouettes vagues ont le geste de la folie.
Les maisons sont assises disgracieusement
Comme de vieilles femmes —
Les silhouettes vagues ont le geste de la folie. —

C’est l’heure cruelle et stupéfiante,
Où la chauve-souris déploie ses ailes grises,
Et s’en va rôdant comme un malfaiteur. —
Les silhouettes vagues ont le geste de la folie. —

Près de l’étang endormi
Le grillon fredonne d’exquises romances.

FRANCIS JAMMES - L’ÂNE DE SANCHO PANÇA

FRANCIS JAMMES - L’ÂNE DE SANCHO PANÇA
Je suis l’âne bâté du bon Sancho Pança.
Jamais âne ne fut égayé plus que moi
et par mon maître, et par son maître don Quichotte.
On ne peut pas savoir jusqu’où peuvent aller
deux voyageurs différemment écervelés
dont l’un s’en va nu-pieds et l’autre avec des bottes.
Aucun jour de ma vie je ne sus le matin
où je m’endormirais le soir. Tantôt, le thym
d’une sierra rieuse, éclairée de torrents,
parfume mes sabots de petit paysan ;
tantôt, dans l’écurie de quelque épaisse auberge
où ronfle Maritorne auprès du muletier,
désagréablement je me vois réveillé
par de noirs enchanteurs qui agitent des cierges...
Bref, j’ai grand peur, malgré mon bon sens de bourrique
de laisser ma raison à ces deux excentriques.
Aussi mon but est-il de les bientôt quitter,
et de mener une existence équilibrée.
Mon intention est, pour cela, de gagner
une île que Merlin aux ânes a livrée.
Cette île existe. Elle est décrite savamment
dans un romancero de C…

Desnos - Pamphlet contre la mort

Robert Desnos - Pamphlet contre la mort

In :  La Liberté ou l'Amour

Le corps de Louise Lame fut placé dans un cercueil et le cercueil sur un corbillard. La voiture ridicule prit le chemin du cimetière Montparnasse. Fleuve traversé, maisons longées, arrêts des tramways devant le cortège, coups de chapeau des passants, différences de vitesses du convoi, ce qui fait que l’assistance se heurte ou s’essaime, conversation des croque-morts…
1er croque-mort. — Il y avait dans mon pays une grande maison. Celui et celle qui l’habitaient pouvaient à loisir faire cueillir des fleurs sur toute la campagne avoisinante tant la maison donnait un privilège certain à ses habitants. Mais eux, la vague et le socle des statues se soucient davantage l’une du sel qui s’amasse en cônes dans les marais artificiels, l’autre du pigeon voyageur qui passe dans le ciel avec une lettre d’amour sous l’aile. « Ma chère Mathilde, les grandes loutres du pays polaire et les loups chaudement fourrés viennent se jet…

Charles Bukowski - Nirvana

Charles Bukowski - Nirvana

Traduction : David Ruzicka

Pas trop de chance, complètement sans but,
c’était un jeune homme dans un bus traversant la Caroline du Nord en chemin vers quelque part.
Et il a commencé à neiger.
Et le bus s’est arrêté à un petit café nulle part dans les collines et les passagers sont entrés.
Il s’est assis à un coin avec les autres, il a commandé et la nourriture est arrivée.
Ce repas était particulièrement bon.
Et le café.
La serveuse n’était pas comme les femmes qu’il avait connues.
Elle était pure, quelque chose d’authentique émanait d’elle.
Le cuisinier à la friteuse disait des imbécillités.
Le gars à la plonge, derrière, rigolait, un rire bon clair agréable.
Le jeune homme observait la neige tomber derrière les vitres.
Il avait envie de rester dans ce café pour toujours.
Le curieux sentiment le parcourut que tout était magnifique ici.
Que cela restera toujours magnifique ici.
Ensuite le conducteur a dit aux passagers qu’il était temps de r…

Federico Garcia Lorca Romance de la garde civile espagnole

Federico Garcia Lorca
Romance de la garde civile espagnole
- - Romancero Gitan, trad. André Belamich --

Ils montent de noirs chevaux
dont les ferrures sont noires.
Des taches d'encre et de cire
luisent le long de leurs capes.
S'ils ne pleurent, c'est qu'ils ont
du plomb au lieu de cervelle.
Avec leur âme en cuir verni
par la chaussée ils s'en viennent.
Nocturnes et contrefaits
là où ils vont ils ordonnent
des silences de gomme obscure
et des pleurs de sable fin.
Ils passent, s'ils veulent passer,
cachant au creux de leur tête
une vague astronomie
de pistolets irréels.

Ô la ville de gitans !
Au coin des rues, des bannières.
La lune et la calebasse
et la cerise en conserve.
Ô la ville des gitans,
qui jamais peut t'oublier ?
Ville de douleur musquée
avec des tours de cannelle.

Comme descendait la nuit,
la nuit la nuit tout entière,
les gitans à leurs enclumes
forgeaient flèches et soleils.
Un cheval ensanglanté
frappait aux porte…

Vladimir Maïakovski - On gueule au poète

Vladimir Maïakovski - On gueule au poète

On voudrait t’y voir, toi, devant un tour ! C’est quoi, les vers ?
Du verbiage ! Mais question travail, des clous !”
Peut-être bien
en tout cas le travail c’est ce qu’il y a de plus proche de notre activité
Moi aussi je suis une fabrique. Sans cheminée peut être mais sans cheminée c’est plus dur.
Je sais, vous n’aimez pas les phrases creuses.
Débiter du chêne, ça, c’est du travail.
Mais nous ne sommes-nous pas aussi des menuisiers ?
Nous façonnons le chêne de la tête humaine.
Bien sûr, pêcher est chose respectable.
Jeter ses filets et dans ses filets, attraper un esturgeon !
D’autant plus On voudrait t’y voir, toi, devant un tour ! C’est quoi, les vers ?
Du verbiage ! Mais question travail, des clous !”
Peut-être bien
en tout cas le travail c’est ce qu’il y a de plus proche de notre activité
Moi aussi je suis une fabrique. Sans cheminée peut être mais sans cheminée c’est plus dur.
Je sais, vous n’aimez pas les phrases creuses.

André Breton - Vigilance

VIGILANCE, PAR ANDRÉ BRETON.

À Paris la tour Saint-Jacques chancelante
Pareille à un tournesol
Du front vient quelquefois heurter la Seine et son ombre glisse imperceptiblement parmi les remorqueurs
À ce moment sur la pointe des pieds dans mon sommeil
Je me dirige vers la chambre où je suis étendu
Et j’y mets le feu
Pour que rien ne subsiste de ce consentement qu’on m’a arraché
Les meubles font alors place à des animaux de même taille qui me regardent fraternellement
Lions dans les crinières desquels achèvent de se consumer les chaises
Squales dont le ventre blanc s’incorpore le dernier frisson des draps
À l’heure de l’amour et des paupières bleues
Je me vois brûler à mon tour je vois cette cachette solennelle de riens
Qui fut mon corps
Fouillé par les becs patients des ibis du feu
Lorsque tout est fini j’entre invisible dans l’arche
Sans prendre garde aux passants de la vie qui font sonner très loin leurs pas traînants
Je vois les arêtes du soleil
À travers l’aubépine de la pluie
J’e…