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Georg Heym – Ceux qui vont se suicider

Georg Heym – Ceux qui vont se suiciderErrant parmi les arbres et les branches qui craquent,
Ils sursautent à chacun de leurs humides pas,
Rongés par l’eau, pourris. Au milieu de leur front
Plein de frayeur vacille une blanche lueur.Leur vie déjà n’a plus guère de profondeur,
Elle devient vapeur qui se perd dans l’air gris
Comme une eau que l’on chauffe. En eux, se fait le vide.
En louchant, ils regardent autour d’eux et leurs yeux
Plus torves se confondent en un bleu délavé.Ils entendent déjà comme un confus murmure;
Tels des ombres, ils sont là, sur les chemins obscurs
Et des voix jusqu’à eux parviennent, faiblement;
Elles s’élèvent de chaque arbre, chaque étang.Des mains frôlent leur nuque pesante et fouettent
Leurs dos tout raides qu’en avant elles projettent.
Ils vont, vacillant, comme sur des ponts étroits,
Dans le vide alentour n’osant plus rien saisir.C’est le soir; une sombre neige dégouline,
Leur barbe en est comme de pleurs toute givrée;
Les piquants, les épines veulent les …

BORIS VIAN _ L’Evadé

BORIS VIAN _ L’EvadéIl a dévalé la colline
Ses pas faisaient rouler les pierres
Là-haut entre les quatre murs
La sirène chantait sans joie
Il respirait l’odeur des arbres
Avec son corps comme une forge
La lumière l’accompagnait
Et lui faisait danser son ombre
Pourvu qu’ils me laissent le temps
Il sautait à travers les herbes
Il a cueilli deux feuilles jaunes
Gorgées de sève et de soleil
Les canons d’acier bleu crachaient
De courtes flammes de feu sec
Pourvu qu’ils me laissent le temps
Il est arrivé près de l’eau
Il y a plongé son visage
Il riait de joie il a bu
Pourvu qu’ils me laissent le temps
Il s’est relevé pour sauter
Pourvu qu’ils me laissent le temps
Une abeille de cuivre chaud
L’a foudroyé sur l’autre rive
Le sang et l’eau se sont mêlés
Il avait eu le temps de voir
Le temps de boire à ce ruisseau
Le temps de porter à sa bouche
Deux feuilles gorgées de soleil
Le temps d’atteindre l’autre rive
Le temps de rire aux assassins
Le temps de courir vers la femme
Il avait eu le temps d…

Stéphane Mallarmé - Angoisse

Stéphane MallarméANGOISSEJe ne viens pas ce soir vaincre ton corps, ô bête
En qui vont les péchés d’un peuple, ni creuser
Dans tes cheveux impurs une triste tempête
Sous l’incurable ennui que verse mon baiser :

Je demande à ton lit le lourd sommeil sans songes
Planant sous les rideaux inconnus du remords,
Et que tu peux goûter après tes noirs mensonges,
Toi qui sur le néant en sais plus que les morts :Car le Vice, rongeant ma native noblesse,
M’a comme toi marqué de sa stérilité,
Mais tandis que ton sein de pierre est habité

Par un cœur que la dent d’aucun crime ne blesse,
Je fuis, pâle, défait, hanté par mon linceul,
Ayant peur de mourir lorsque je couche seul.

WINSTON PEREZ - Fuite

WINSTON PEREZ - FuiteEt Je me suis enfui
Je suis devenu Sphinx
Et mille ans sont passés
au doux son de Syrinx
Et Je me suis enfui
J’ai acosté à Tyr
Et quand le soleil fût
je ressortis ma Lyre
Et je me suis enfui
Et coupait au silex
Je m’enivrai la nuit
des horizons convexes
Et je me suis enfui
Pour ne jamais revoir
l'aube

PAUL VINCENSINI Aucun signe

Un poème de PAUL VINCENSINI
Aucun signeJ'ai éclaté de rire le long des maisons
Où habitèrent mes amours pâles
Des foulards des corsets fleurissaient les fenêtres
Mais nulle n'apparaissait et je me sentais las
Que me sert de courir
J'aurai toujours vingt ans
Et toujours mes chemins me ramèneront
Près des fenêtres noires
Où nulle n'apparaîtra

Pablo Neruda – Fable de la sirène et des ivrognes

Pablo Neruda – Fable de la sirène et des ivrognes (Fábula De La Sirena Y Los Borrachos

Version originale sous la traduction

Tous ces messieurs étaient là-bas
Lorsqu’elle entra complètement nue
Ils avaient bu et commencèrent à lui cracher dessus
Elle ne comprenait rien, elle sortait à peine du fleuve
C’était une sirène qui s’était égarée
Les insultes couraient sur sa chair lisse
L’immondice couvrait ses seins d’or
Elle ne savait pas pleurer c’est pourquoi elle ne pleurait pas
Elle ne savait pas s’habiller c’est pourquoi elle ne s’habillait pas
Ils la tatouèrent avec des cigarettes et des bouchons brûlés
Et ils riaient jusqu’à tomber sur le sol de la taverne
Elle ne parlait pas car elle ne savait pas parler
Ses yeux étaient couleur d’amour lointain
Ses bras bâtis de topazes jumeaux
Ses lèvres se coupèrent dans la lumière du corail
Et tout à coup elle sortit par cette porte
À peine entra t-elle dans le fleuve qu’elle fut propre
Elle resplendit comme une pierre blanche …

Silvina Ocampo – La beauté

Silvina Ocampo – La beauté

Ah, qui pourrait expliquer la beauté!
Secrète dans son enveloppe céleste de cristal,
comme un pendule ou un ange sous un globe
qui brille et spontanément nous offre
le bonheur ou la tristesse.

Expliquer la beauté! Nue, tremblante et dessinée
sur la poussière ou le marbre du temps que de longues
heures assoiffées contemplent, liment, polissent attentives,
comme la douce pierre où se posent les lèvres
de la mer qui traverse les tempêtes.

Schopenhauer n’a pas su la définir et en vain
Platon dans ses Dialogues l’évoqua tant de fois.
Elle tremble comme dans l’eau que l’obscurité scelle,
le parfait reflet d’une aile ou d’une main
ou d’une ancienne étoile.

Ah! qui pourrait dire de quelles fébriles substances
elle naît, et à quel moment, avec quelles mesures
furent découverts ses visages si pleins de mystérieuses,
fugaces perfections, à l’image des parfums
infondés d’une fleur.

Jorge Luis Borges – Le Bonheur

Jorge Luis Borges – Le Bonheur

Celui qui embrasse une femme est Adam. La femme est Eve.
Tout se passe pour la première fois.
J’ai vu une chose blanche dans le ciel. On me dit que c’est la lune, mais
que puis-je faire avec un mot et une mythologie ?
Les arbres me font peur. Ils sont si beaux.
Les animaux tranquilles s’approchent pour que je dise leur nom.
Les livres de la bibliothèque n’ont pas de lettres. Quand je les ouvre, elles surgissent.
Parcourant l’atlas je projette la forme de Sumatra.
Celui qui brûle une allumette dans le noir est en train d’inventer le feu.
Dans le miroir, il y a un autre qui guette.
Celui qui regarde la mer voit l’Angleterre.
Celui qui profère un vers de Liliencron est entré dans la bataille.
J’ai rêvé Carthage et les légions qui désolèrent Carthage.
J’ai rêvé l’épée et la balance.
Loué soit l’amour où il n’y a ni possesseur ni possédé mais où tous deux se donnent.
Loué soit le cauchemar, qui nous dévoile que nous pouvons créer l’enfer.
Celu…

Charles Bukowski – Les plus forts des étranges

Charles Bukowski – Les plus forts des étranges

vous ne les verrez pas souvent
car où est la foule
ils
ne sont pas.

ces gens bizarres, pas
nombreux
mais d’eux
proviennent
les rares
bons tableaux
les rares bonnes symphonies
les rares
bons livres
et autres
œuvres.

et des
meilleurs des
étranges
peut-être
rien.

ils sont
leurs propres
tableaux
leurs propres
livres
leur propre
musique
leur propre œuvre.

parfois je crois
les voir – disons
un certain vieil
homme
assis sur un
certain banc
d’une certaine
façon

ou un visage entrevu
croisé
dans une
automobile
qui passe

ou
un certain geste
des mains
d’un garçon ou d’une
fille
qui emballe les provisions
à la caisse d’un
supermarché.

parfois
c’est même quelqu’un
avec qui
on vit
depuis un certain
temps -
on remarque
un
regard
vif comme l’éclair
qu’on ne leur a
jamais vu
avant.

parfois
on ne remarque
leur
existence
que soudain
un souvenir vif
quelques mois
quelques années
après leur

Exposition de livres pauvres

Image
Superbe mise en valeur dans la salle d'exposition de la médiathèque


Daniel Leuwers et Ghislaine Lejard



Ma contribution dans la collection nantaise et mon passage dans le catalogue
Une belle aventure suit sa voie

Je n'écrirai plus ~ Gabrielle Burel

Je n'écrirai plus
La joie a fait son nid
Dans mes mots
Tissés d'amertumeJe n'écrirai plus
La joie a lessivé
Ma souffrance
À sa source vive Je n'écrirai plus
La joie apporte
En oraison
Le silence de cristal Je vous salue, Gabrielle Burel
14 09 2018

Loguivy de la mer

Loguivy de la mer (chant François Budet ) Ils reviennent encore à l'heure des marées
S'asseoir sur le muret, le long de la jetée
Ils regardent encore au delà de Bréhat
Respirant le parfum du vent qui les appelle
Mais il est révolu le temps des Terres Neuvas
La race des marins, chez nous ne s'en va pasLoguivy de la mer, Loguivy de la mer
Tu regardes mourir, les derniers vrais marins
Loguivy de la mer, au fond de ton vieux port
S'entassent les carcasses des bateaux déjà morts.Ils ont connu le temps où la voile était reine
Ils parlent des haubans, des focs et des misaines
De tout ce qui a fait le charme de leur vie
Et qu'ils emporteront avec eux dans l'oubli
Mais s' il est révolu le temps des Cap-Horniers
Il reste encore chez nous d'la graine d'aventuriersJe n'ai jamais su dire ce que disent leurs yeux
Perdus dans ces visages burinés par le vent
Ces beaux visages d'hommes, ces visages de vieux
Qui savent encore sourire et dire à nos vingt ans
R…

Le temps ~ Gabrielle Burel

Se dévide l'écheveau
De la quenouille 
S'embobine le fil 
Du souvenir Et s'aiguise la vie 
Sur le tranchant de la faux
Tandis qu'à terre 
S'égrènent les ans Gabrielle Burel 
21 06 18http://www.toutelapoesie.com/salons/topic/83201-le-temps/

Thérèse d'Avila

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"Tout n'est rien" 
" C'est, en effet, un nouveau livre qui va s'ouvrir, je veux dire une nouvelle vie. Jusqu'ici c'était ma vie à moi ; celle qui a commencé avec les grâces d'oraison dont j'ai entrepris le récit est bien, je crois pouvoir le dire, la vie de Dieu en moi" (Livre de la vie chap 23) 

Octavio Paz - Pierre de Soleil

Octavio Paz - Pierre de Soleilun saule de cristal, un peuplier d'eau sombre,
un haut jet d'eau que le vent arque,
un arbre bien planté mais dansant,
un cheminement de rivière qui s'incurve,
avance, recule, fait un détour
et arrive toujours:
                              un cheminement calme
d'étoile ou de printemps sans hâte,
une eau aux paupières fermées
qui jaillit toute la nuit en prophéties,
unanime présence en houle,
vague après vague jusqu'à tout recouvrir,
verte souveraineté sans crépuscule
comme l'éblouissement des ailes
quand elles s'ouvrent dans le milieu du ciel,un cheminement entre les épaisseurs
des jours futurs et du funeste
éclat du malheur comme un oiseau
pétrifiant la forêt par son chant
et les félicités imminentes
entre les branches qui s'évanouissent,
heures de lumière que grignotent déjà les oiseaux,
présages qui s'échappent de la main,une présence comme un chant soudain,
comme le vent chantant dans l'incendie,
un regard qui …