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JANOS PILINSZKY - La mer

JANOS PILINSZKY (1921~1981)La mer La mer as-tu dit en mourant,
et depuis ce seul mot de toi
signifie pour moi la mer,
et aussi, peut-être, ce que tu es.
Et peut-être aussi qui je suis ?
Crêtes et creux de vagues.
Ton agonie, telle la mer
me libère et m’ensevelit.
Mère, mère. Jours ordinaires.
J’entends ta mort et je t’appelle.
Terrifiants jours ordinaires.
Pauvre, pauvre, pauvre, pauvre.(© Même dans l’obscurité, Orphée/La Différence, 1991.
Traduction de Sarah Clair et Lorand Gaspar.)
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Cela existe Je voulais être domestique. Cela existe.
Mettre et desservir la table.
Comme monte sur l’estrade le supplicié
et en descend le bourreau.Maintenant, entre les degrés de l’échafaud
darde le soleil, le même soleil,
comme si on n’y avait monté personne
qui ne fût redescendu. Je voulais être silence
et estrade. Monde coincé entre les marches.
Personne et rien. Espoir de fin de semaine.(Même dans l’obscurité, traduit du hongrois par Lorand Gaspar,
© Orphée, La Différe…

Andrée Chedid - Je me nomme poète

Andrée Chedid -  Je me nomme poèteAu-dessus du Poète
Il y a la Poésie
Cette langue des dieux
Et par-delà
L’imaginaire est Roi
J’étais le Commandeur
De ce domaine
Devenu mon RoyaumeJe me rappelle
Les Mots et les Paroles
Je les traque
Et les retraque
Je les attrape
Puis je les perds
Je les rattrape
Puis les reperds
Ont-ils un sens
Ces Mots ?
Ces Paroles ?
Quelle importance
Leur nom est Amour
Et je me nomme Poète.

C'est l'été !... Avec Verlaine

Allégorie

                    à Jules Valadon

Despotique, pesant, incolore, l'Été,
Comme un roi fainéant présidant un supplice,
S'étire par l'ardeur blanche du ciel complice
Et bâille. L'homme dort loin du travail quitté.

L'alouette au matin, lasse n'a pas chanté.
Pas un nuage, pas un souffle, rien qui plisse
Ou ride cet azur implacablement lisse
Où le silence bout dans l'immobilité.

L'âpre engourdissement a gagné les cigales
Et sur leur lit étroit de pierres inégales
Les ruisseaux à moitié taris ne sautent plus.

Une rotation incessante de moires
Lumineuses étend ses flux et ses reflux...
Des guêpes, çà et là, volent, jaunes et noires.

Paul Verlaine ("Jadis et Naguère" - 1881)

Charles Martin Grey- Il fera un temps

Il fera un temps où l'homme
cherchera à s'exercer durement
afin de fabriquer à la machine
l'instrument de la grâce divineil fera un temps  boueux
où l'homme incognito fera tout
pour rebrousser chemin.
Ô! infini
on pense à la mort comme
la sueur du serpent qui défèque
entre-temps les crasses du coït
de cette terre vendue aux singes à la hauteur du ciel
il élèvera sa voix rauque
emballée aux châtiments
les plus cruels de l'absence  comme un voyage prolongé
aux orgies de l'épouvantable
salut, il valsera d'un bout à
l'autre de l'horizon ovaleil fera un temps
ô! divine mirage
où l'homme boira son excrétion
s'offrant à la soif déchirante
de celui qui s'épuise
à la déambulation des vampires.il fera un temps mauvais
un temps saupoudré de ruse
un temps épidémique
qui se glisse dans les fenêtres
de l'UNIVERS en déconfiture.
(...)(CharlesMartinGray, in "les excréments de la lune" ,Juin 2016)

Victor Hugo--À qui donc sommes nous

VICTOR HUGO (1802~1885)A qui donc sommes-nous ? A qui donc sommes-nous ? Qui nous a ? qui nous mène ?
Vautour fatalité, tiens-tu la race humaine ?
Oh ! parlez, cieux vermeils,
L'âme sans fond tient-elle aux étoiles sans nombre ?
Chaque rayon d'en haut est-il un fil de l'ombre
Liant l'homme aux soleils ? Est-ce qu'en nos esprits, que l'ombre a pour repaires,
Nous allons voir rentrer les songes de nos pères ?
Destin, lugubre assaut !
O vivants, serions-nous l'objet d'une dispute ?
L'un veut-il notre gloire, et l'autre notre chute ?
Combien sont-ils là-haut ? Jadis, au fond du ciel, aux yeux du mage sombre,
Deux joueurs effrayants apparaissaient dans l'ombre.
Qui craindre ? qui prier ?
Les Manès frissonnants, les pâles Zoroastres
Voyaient deux grandes mains qui déplaçaient les astres
Sur le noir échiquier. Songe horrible ! le bien, le mal, de cette voûte
Pendent-ils sur nos fronts ? Dieu, tire-moi du doute !
O sphinx, dis-moi l…

Andrée Chedid - L'espérance

L'ESPÉRANCE   J'ai ancré l'espérance
Aux racines de la vie.
Face aux ténèbres
J'ai dressé des clartés,
Planté des flambeaux.A la lisière des nuits
Des clartés qui persistent
Des flambeaux qui se glissent
Entre ombres et barbaries
Des clartés qui renaissent
Des flambeaux qui se dressent
Sans jamais dépérir.J'enracine l'espérance
Dans le terreau du coeur
J'adopte toute l'espérance
En son esprit frondeur.Andrée Chedid (1920-2011)Poète française d'origine libano-égyptienne
Prix Goncourt de la poésie
Prix Goncourt de la nouvelle
Poème publié dans l'anthologie "Une salve d'avenir. L'espoir, anthologie poétique", aux Éditions Gallimard, mars 2004.

François Chen--Cette lune sur l'eau

François ChengCette lune sur l'eau
est-ce toi
Cette lune dans l'eau
est-ce toi
Est-ce toi reflet et éclat
à toi-même inédits
En ton unique mémoireTu regardes
et tu t'éloignes
Tu souris
et tu t'éloignes
A jamais proche inaccessible
dans l'au-delà d'ici
Dans l'au-delà de toi

Fernando Pessoa - On le dit ?

Fernando Pessoa - On le dit ?On le dit ?
On l’oublie.
Ne le dit ?
L’aurait dit.

On le fait ?
C’est fatal
Ne le fait ?
C’est égal.

Pourquoi donc
Espérer ?
Car tout n’est
Que rêver

Main verte

Image
Fleurissez les pavés !(Fbg Saint Antoine--Paris)

SILVINA OCAMPO - LA Beauté

SILVINA OCAMPO - LA BEAUTE

in : Poèmes d'amour désespéré

traduction : Silvia Baron Supervielle

Ah, qui pourrait expliquer la beauté!
Secrète dans son enveloppe céleste de cristal,
comme un pendule ou un ange sous un globe
qui brille et spontanément nous offre
le bonheur ou la tristesse.

Expliquer la beauté! Nue, tremblante et dessinée
sur la poussière ou le marbre du temps que de longues
heures assoiffées contemplent, liment, polissent attentives,
comme la douce pierre où se posent les lèvres
de la mer qui traverse les tempêtes.

Schopenhauer n’a pas su la définir et en vain
Platon dans ses Dialogues l’évoqua tant de fois.
Elle tremble comme dans l’eau que l’obscurité scelle,
le parfait reflet d’une aile ou d’une main
ou d’une ancienne étoile.

Ah! qui pourrait dire de quelles fébriles substances
elle naît, et à quel moment, avec quelles mesures
furent découverts ses visages si pleins de mystérieuses,
fugaces perfections, à l’image des parfums
infondés d’une fl…

Guadalupe Grande - Méditation

Source : Seule la voix demeure

Guadalupe Grande - Méditation

(Version Originale sous la traduction)

Abasourdies de tellement savoir
et de ne comprendre rien
les cendres de la mémoire
s’éparpillent dans l’air

Une cuillerée de poussière en plus
rien qu’une autre cuillère de nostalgie.
Ouvre la bouche, ma fille, mange et tais-toi.
Cruelle nourriture que la nostalgie,
naufrage désolé de la vie,
miroir injuste et insatiable.
Encore une autre bouchée, ma fille, mâche et avale.


Meditación

Aturdidas de tanto saber
y de no entender nada
las cenizas de la memoria
se esparcen en el aire

Una cucharada más de polvo,
tan sólo otra cucharada de nostalgia.
Abre la boca, niña, come y calla.
Cruel alimento es la nostalgia,
naufragio desolado de la vida,
espejo injusto e insaciable.
Otro bocado más, niña, mastica y traga.

Main verte... Le coin des fées

Image
Veillez à aménager le coin repas des fées

Vladimir HOLAN ,  Aux ennemis

Vladimir HOLAN ,  Aux ennemisEt j' en ai assez de vos bassesses et si je ne me suis pas tuéc' est pour la seule raison que je ne me suis pas donné la vieet que j' aime encore quelqu' un et que je m' aime moiVous pouvez rire mais l' aigle ne peut être attaqué que par l' aigleet Hector blessé ne peut être plaint que par AchilleEtre n' est pas facile... Etre poète et être hommesignifie être une forêt sans arbreset voir ... l' homme de science observeLa science ne peut que s' enquérir avec zèleDu zèle si mais des ailes non . Pourquoi ?Mais c' est simple je l' ai déjà dit :la science se meut dans l' approximation le poète dans la parabolele grand demi-hémisphère du cerveaurefuse même l' archipoème pour du sucreLe coq tient en horreur la pluie mais c' est autre choseC' est le soir diriez-vous : un soir sexuellement adulteet la demoiselle a des seins si robustesque l' on pourrait briser contre eux calmementdeux verres de gno…

Zeno Bianu Bleu Klein

BLEU KLEIN "Un jour tu es entré dans le bleu
comme on pénètre dans la vraie vie
tu es entré dans le bleu
tu as fait le pari de l’immensité
et ce fut comme un sésame
un passage sur l’autre versant du miroir
ce ciel qui emplissait tout
la respiration des galaxies
la cadence des univers
le souffle magnétique de la Grande Ourse
un jour tu es entré dans le bleu
pour n’en plus jamais revenir
ce bleu ardent électrique
invulnérable
tu t’es plongé dans un bain d’indigo
au centre de l’horizon
pour voir tout en bleu
ligne de ciel
ligne de coeur
pour te faire la belle
la belle bleue
avec tes pinceaux vivants
l’intensité l’intensité l’intensité
pour devenir bleu d’émotion
découvrir ce lâcher de ballons bleus
au fond du cœur
ce saut dans la poésie
où la création recommence
à chaque instant
où l’éternité a la grâce des funambules
une énergie capable de forcer la pesanteur
une vie vouée au judo du bleu
une fête de l’infini
pour les marcheurs d’aurores"ZÉNO BIANU

Achille Chavee

SPECIAL - Achille ChacéeLa brigade internationaleà Jean Bastien.Mon cœur
veine ou déveine
aura des ailes
dans les montagnes et dans la plaine
des hommes meurent pour la libertéL'oiseau parle une langue inconnue
il n'a jamais pensé à la chance
mais la chance est pour lui
dans les chansons mêmes de la peur
la vie n'est qu'un signe
pour ceux qui meurent dans la nuit
trahis par la clarté lunaire
par les regards obstinés du soleilIl y parfois un homme qui vient d'Albanie
il parle de la liberté comme d'un sein de marbre
il y a des hommes qui viennent des villages perdus
ils parlent de la liberté comme d'une source pure
il y a d'autres hommes qui viennent des montagnes
ils en parlent par signes et par silences durs
il y a des hommes aussi qui viennent de n'importe où
aux comparaisons obscures et justes
il y a les hommes simples les hommes qui boivent
et les hommes qui ne boivent jamais
qui confondent la liberté la mort l'amour le souvenir de leur maman