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LEONOR GNOS - LE BLEU DE L'EAU

LEONOR GNOS - LE Bleu  De  L'eau  Bleu de l'eauun horizon sur mon visageles vagues dans les yeuxle miroir de la mémoireavant que l'écume s'érigeen fontaines géantesles mouettes se précipitentcontre le vent tombent soudaincomme des pierresj'aimerais les caresserje sais qu'elles ont peur elles aussipar moments la confusion le fracasje devrais sauter dans l'eaume battre contre l'irradiationsans la tentative de m'accrocherà l'écho du matincar le soir commence à chavireret la nuit se remplit de voixqui se plaignentun arôme de nécrose sur la languele flot arrive il est immenseil coupe le chemin à tous les criset le mot n'a plus aucun sensà la première lumière du cielje recherche le bleu de l'eaul'horizon aux mille visagesles yeux dans les vaguespleines de contes de mort

PAUL CELAN, Je suis seul

PAUL CELAN, Je suis seul JE SUIS SEUL, je mets la fleur de cendre
dans le verre rempli de noirceur mûrie. Bouche-sœur,
tu prononces un mot qui survit devant les fenêtres,
et sans un bruit, le long de moi, grimpe ce que je rêvais.Je suis dans l’efflorescence de l’heure défleurie
et mets une gemme de côté pour un oiseau tardif :
il porte le flocon de neige sur la plume rouge-vie ;
le grain de glace dans le bec, il arrive par l’été.

Malcolm Lowry – Trente-cinq mescals à Cuantla

Malcolm Lowry – Trente-cinq mescals à Cuantla Le pire de tout, c’est ce tic-tac,
Vous savez, qu’on entend en bateau, dans le train,
Et qu’on entend partout, car il est le destin;
Tic-tac de la mort vraie, non pas seulement du temps;
Termite rongeant les lambris pourris du monde
Et pour toi c’est la mort, même si tu connais
Le tic-tac silencieux du coeur qui va faillir
Dans sa course contre la montre, battement
Qu’on entend de partout, qui toujours ralentit
Mais qui n’est pourtant pas le tic-tac de la mort vraie,
Seulement celui du temps, seulement le carillon
Qui sonne dans le coeur quand une peur soudaine
Fait grelotter le corps comme un réveil patraqueLe réfrigérateur ronronne dans le bar
Tandis que la gare émaciée oppose
Son bourdonnement aux bruits de la rue
Que dirai-je sans injustice
De ce lieutenant aux épaules larges – une main
Derrière le dos, salie de sang, tient un cigare -
Sinon qu’il bouche tout un pan
De ce soleil intermittent
Sous lequel luttent contre la tempête
Des br…

RAINER MARIA RILKE Ô Nostalgie Des Lieux

RAINER MARIA RILKE (1875-1926)Ô NOSTALGIE DES Lieux Ô nostalgie des lieux qui n'étaient point
assez aimés à l'heure passagère,
que je voudrais leur rendre de loin
le geste oublié, l'action supplémentaire ! Revenir sur mes pas, refaire doucement
- et cette fois, seul - tel voyage,
rester à la fontaine davantage,
toucher cet arbre, caresser ce banc ... Monter à la chapelle solitaire
que tout le monde dit sans intérêt ;
pousser la grille de ce cimetière,
se taire avec lui qui tant se tait. Car n'est-ce pas le temps où il importe
de prendre un contact subtil et pieux ?
Tel était fort, c'est que la terre est forte ;
et tel se plaint : c'est qu'on la connaît peu.

FRANCOIS COPPEE - Hymne à La Paix

FRANCOIS COPPEE - HYMNE À LA PAIXLa paix sereine et radieuse
Fait resplendir l’or des moissons;
La nature est blonde et joyeuse,
Le ciel est plein de grands frissons. Hosanna dans la fange noire
Et dans le pré blanc de troupeaux;
Salut, ô reine! ô mère! ô gloire
Du fort travail, du doux repos!Viens, nous t’offrons l’encens des meules;
Reste avec nous dans l’avenir;
Les bras tremblants de nos aïeules
Sont tous levés pour te bénir. Le front tourné vers ton aurore,
Heureuse paix, nous t’implorons;
Et nous rythmons l’hymne sonore
Sur les marteaux des forgerons. Reste toujours, reste où nous sommes!
Et tes bienfaits seront bénis
Par la nature et par les hommes,
Par les cités et par les nids.Tous les labeurs sauront te dire
Leurs grands efforts jamais troublés:
Le saint poète avec la lyre,
Le vent du soir avec les blés. Ainsi qu’un aigle ivre d’espace
Monte toujours vers le soleil,
Le monde entier qui te rend grâce
Accourt joyeux à ton réveil;Car le laurier croît sur les tomb…

JEAN COCTEAU Désespérance

JEAN COCTEAU Désespérance Je n’ai pas dix-huit ans et j’ai déjà souffert !
Faudra-t-il donc toujours avoir le cœur qui saigne,
Le front emprisonné dans un étau de fer…
Sont-ce les pleurs que l’existence nous enseigne ?
Me faudra-t-il marcher vers le tombeau béant
Avec l’œil qui se mouille et s’angoisse et s’effare,
Et n’oser pas risquer mes pas timides, en
Cherchant à l’horizon l’assurance d’un phare ?
Me faudra-t-il partir comme je suis venu,
Ignorant de tous ceux que j’aurais dû connaître,
Avec mes doigts crispés sur mon corps maigre et nu,
Et lorsque je mourrai, commencerai-je à naître ? (…)
J’aurai goûté le vin sans toucher à la lie,
Un vin amer, un vin empoisonneur mais doux !
Je demande à mourir, car j’ai peur de la vie,
Et je la laisse aux forts, aux naïfs, et aux fous !

JEAN REVERDY - La cloche cœur

JEAN REVERDY - La cloche cœur La cloche qui sonne on ne l’entend pas
L’air est trouble
Un bruit de pas glisse sur le palier
Personne n’entre
Non personne ne veut entrer
Il y a là une ombre qui tremble
Le soir est à la vitre et baigne la maison
Je suis seul
Et le temps d’attendre
A noué l’heure et la saison
Plus rien ne me sépare à présent de la vie
Je ne veux plus dormir
Le rêve est sans valeur
Je ne veux plus savoir ce qui se passe
Ni savoir si je pense
Ni savoir qui je suis
Dans la nuit les murs blancs fondent autour du poêle
Quand le chat regardait les signes du plafond
Il n’y aura rien ce soir
Arrête ta mémoire
Personne ne viendra te voir
Le cœur mieux étouffé bat sous la couverture
Et se démène à corps perdu
Qui viendra lui donner
Sa dernière blessure
Et qu’il ne se réveille plus

José Saramago – Il doit y avoir

José Saramago – Il doit y avoir Il doit y avoir une couleur à découvrir,
Un assemblage de mots caché,
Il doit y avoir une clé pour ouvrir
La porte de ce mur démesuré.Il doit y avoir une île au Sud,
Une corde plus tendre et résonnante,
Une autre mer qui nage dans un autre bleu,
Une autre hauteur de voix qui chante mieux.Poésie tardive toi qui n’arrives
À dire pas même la moitié de ce que tu sais :
Ne te tais pas, si possible, ne renie pas
Ce corps de hasard où tu ne tiens pas.

VICENTE ALEIXANDRE - Mer Du Paradis

VICENTE ALEIXANDRE - MER DU PARADISMe voici face à toi, mer, encore...
La poussière de la terre sur les épaules,
encore imprégné de l'éphémère désir épuisé de l'homme,
me voici, lumière éternelle,
vaste mer infatigable,
ultime expression d'un amour sans limites,
rose du monde ardent.Lorsque j'étais enfant,
c'était toi la sandale si fraiche à mon pied nu.
Une blanche montée d'écume au long de ma jambe
doit m'égarer en cette lointaine enfance de délices.
Un soleil, une promesse
de bonheur, une félicité humaine, une candide corrélation de
lumière --
avec les yeux d'autrefois, de toi, mer, de toi, ciel,
régnaient, généreux~ sur mon front ébloui,
étendant sur mes yeux leur immatérielle mais accessible palme,
éventail d'amour ou éclat continu
qui imitait des lèvres pour ma peau sans nuages.Au loin la rumeur pierreuse des sombres chemins
où les hommes ignoraient leur fulguration vierge encore.
Pour moi, enfant gracile, l'ombre du nuage sur la plage
n&#…

Réflexion... Paul Auster

PAUL AUSTER* J'admire ceux qui ont le courage de changer d'avis de temps en temps, sur les choses, sur les personnes. C'est une vraie force.
(Interview Mars 2013 magazine "Lire".) * La lecture était ma liberté et mon réconfort, ma consolation, mon stimulant favori : lire pour le pur plaisir de lire, pour ce beau calme qui vous entoure quand vous entendez dans votre tête résonner les mots d'un auteur. * Je crois que chaque artiste, chaque personne, qui fait une vie comme ça dans la peinture, dans la musique, dans la littérature, est quelqu'un pour qui le monde n'est pas suffisant. Toujours des gens blessés d'une manière ou d'une autre.
(Extrait de l'entretien de Paul Auster avec François Busnel lors de l'émission "Le grand entretien" sur France Inter le 6/3/2013) * Pour trouver quelque chose en soi, dans l'inconscient, il faut être très ouvert et sans préjugés.
(Lire, mars 2013. )* On ne sait pas véritablement qui on est t…

Matthieu Gosztola - Extraits

Matthieu Gosztola - Extraits Chaque matin
La veuve emplit deux tasses
Chaque matin
Elle vide le contenu d'une tasse
Dans l'évierLe corps debout dans la cuisine
Elle égrène un chapelet de groseillesIl y a quelques jours encore
Tout était à sa place
Au réveil
J’ai assisté impuissant à
La dispersion des feuilles de mon arbre
Dans le vent jauneElle est belle
À en vivre Chaque jour
Elle m’apporte l’envie
Sur sa robe
Sur la chaise l’empreinte
De mes doigtsTu adresses timidement quelques mots à la serveuse
(ta commande)
Elle s’approche trop près, te frôle (caresse ton âme)
Tu te réveilles entre ses bras humides
Pour s’expliquer, elle dit avoir retrouvé en toi
La couleur inimitable des yeux de son pèreLes tranches dans mon chocolat
Au réveil
Si elles n’ont pas le goût de tes lèvres
Ne passent pas
Il n’y a jamais assez de tendresse
Pour un homme rongé par l’idée du dernier voyageMes mains
Sur tes paupières
Ferment le jourTu t’approcheras dans une robe légère
Pour prendre …

RENE GUY CADOU - La Nuit

RENE GUY CADOU - La Nuit La nuit ! La nuit surtout je ne rêve pas je vois
J'entends je marche au bord du trou
J'entends gronderCe sont les pierres qui se détachent des années
La nuit nul ne prend garde
C'est tout un pan de l'avenir qui se lézarde
Et rien ne vivra plus en moi
Comme un moulin qui tourne à vide
L'éternité
De grandes belles filles qui ne sont pas nées
Se donneront pour rien dans les bois
Des hommes que je ne connaîtrai jamais
Battront les cartes sous la lampe un soir de gel
Qu'est-ce que j'aurai gagné à être éternel?
Les lunes et les siècles passeront
Un million d'années ce n'est rien
Mais ne plus avoir ce tremblement de la main
Qui se dispose à cueillir des oeufs dans la haie
Plus d'envie plus d'orgueil tout l'être satisfait
Et toujours la même heure imbécile à la montre
Plus de départs à jeun pour d'obscures rencontres
Je me dresse comme un ressort tout neuf dans mon lit
Je suis debout dans la nuit noire et je m'…

Carlos Drummond de Andrade – Consolation sur la plage

Carlos Drummond de Andrade – Consolation sur la plage Allons, ne pleure pas…
L’enfance est perdue
La jeunesse est perdue
Mais la vie n’est pas perdue.Le premier amour est passé
Le deuxième est passé
Le troisième est passé
Mais le coeur persiste.Tu as perdu ton meilleur ami
Tu n’as tenté aucun voyage
Tu ne possèdes ni maison, ni bateau, ni terre,
Mais tu as un chien.Certains mots durs,
Prononcés doucement, t’ont blessé.
Jamais, ils n’ont jamais cicatrisé.
Oui mais, et l’humour?L’injustice ne se résout.
À l’ombre de ce monde fourvoyé
tu as murmuré une protestation timide.
Mais d’autres suivront.Tout bien compté, tu devrais
te jeter une fois pour toutes dans les flots.
Tu es nu sur le sable, dans le vent…
Dors, mon petit.

NAZIM HIKMET

"La vie n'est pas une plaisanterie
Tu la prendras au sérieux,
Comme le fait un écureuil, par exemple,
Sans rien attendre du dehors et d'au-delà
Tu n'auras rien d'autre à faire que de vivre.La vie n'est pas une plaisanterie,
Tu la prendras au sérieux,
Mais au sérieux à tel point,
Qu'adossé au mur, par exemple, les mains liées
Ou dans un laboratoire
En chemise blanche avec de grandes lunettes,
Tu mourras pour que vivent les hommes,
Les hommes dont tu n'auras même pas vu le visage,
Et tu mourras tout en sachant
Que rien n'est plus beau, que rien n'est plus vrai que la vie.
Tu la prendras au sérieux
Mais au sérieux à tel point
Qu'à soixante-dix ans, par exemple, tu planteras des oliviers
Non pas pour qu'ils restent à tes enfants
Mais parce que tu ne croiras pas à la mort
Tout en la redoutant
mais parce que la vie pèsera plus lourd dans la balance."
NAZIM HIKMET

GASTON MIRON - L’HOMME AGONIQUE

GASTON MIRON - L’HOMME AGONIQUE 

Jamais je n'ai fermé les yeux
malgré les vertiges sucrés des euphories
même quand mes yeux sentaient le roussi
ou en butte aux rafales montantes des chagrins

Car je trempe jusqu'à la moelle des os
jusqu'aux états d'osmose incandescents
dans la plus noire transparence de nos sommeils

Tapi au fond de moi tel le fin renard
alors je me résorbe en jeux, je mime et parade
ma vérité, le mal d'amour, et douleurs et joies

Et je m'écris sous la loi d'émeute
je veux saigner sur vous par toute l'affection
j'écris, j'écris, à faire un fou de moi
à me faire le fou du roi de chacun
volontaire aux enchères de la dérision
mon rire en volées de grelots par vos têtes
en chavirées de pluie dans vos jambes

Mais je ne peux me déprendre du conglomérat
je suis le rouge-gorge de la forge
le mégot de survie, l'homme agonique

Un jour de grande détresse à son comble
je franchirai les tonnerres des désespoirs
je…