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Musset Allégorie du pélican

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Alfred de Musset. Allégorie du Pélican.

Quel que soit le souci que ta jeunesse endure,

Laisse-la s’élargir, cette sainte blessureQue les séraphins noirs t’ont faite au fond du cœur ;Rien ne nous rend si grands qu’une grande douleur.Mais, pour en être atteint, ne crois pas, ô poète,Que ta voix ici-bas doive rester muette.Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,Et j’en sais d’immortels qui sont de purs sanglots.Lorsque le pélican, lassé d’un long voyage,Dans les brouillards du soir retourne à ses roseaux,Ses petits affamés courent sur le rivageEn le voyant au loin s’abattre sur les eaux.Déjà, croyant saisir et partager leur proie,Ils courent à leur père avec des cris de joieEn secouant leurs becs sur leurs goitres hideux.Lui, gagnant à pas lent une roche élevée,De son aile pendante abritant sa couvée,Pêcheur mélancolique, il regarde les cieux.Le sang coule à longs flots de sa poitrine ouverte ;En vain il a des mers fouillé la profondeur ;L’océan était vide et la plage déserte …

HENRI MICHAUX - PASSAGES

HENRI MICHAUX - PASSAGESQu’est-ce que je fais ?
J’appelle.
J’appelle.
J’appelle.
Je ne sais qui j’appelle.
Qui j’appelle ne sait pas.
J’appelle quelqu’un de faible,
quelqu’un de brisé,
quelqu’un de fier que rien n’a pu briser.
J’appelle.
J’appelle quelqu’un de là-bas,
quelqu’un au loin perdu,
quelqu’un d’un autre monde.
(C’était donc tout mensonge, ma solidité ?)
J’appelle.
Devant cet instrument si clair,
ce n’est pas comme ce serait avec ma voix sourde.
Devant cet instrument chantant qui ne me juge pas,
qui ne m’observe pas,
perdant toute honte, j’appelle,
j’appelle,
j’appelle du fond de la tombe de mon enfance
qui boude et se contracte encore,
du fond de mon désert présent,
j’appelle,
j’appelle.
L’appel m’étonne moi-même.
Quoique ce soit tard, j’appelle.
Pour crever mon plafond sans doute surtout
j’appelle.

ROBERT DESNOS Non l'amour n'est pas mort

ROBERT DESNOS Non l'amour n'est pas mortNon, l'amour n'est pas mort en ce coeur
et ces yeux et cette bouche qui proclamait ses funérailles commencées.
Écoutez, j'en ai assez du pittoresque et des couleurs et du charme.
J'aime l'amour, sa tendresse et sa cruauté.
Mon amour n'a qu'un seul nom, qu'une seule forme.
Tout passe. Des bouches se collent à cette bouche.
Mon amour n'a qu'un nom, qu'une forme.
Et si quelque jour tu t'en souviens
Ô toi, forme et nom de mon amour,
Un jour sur la mer entre l'Amérique et l'Europe,
À l'heure où le rayon final du soleil se réverbère sur la surface ondulée des vagues, ou bien une nuit d'orage sous un arbre dans la campagne, ou dans une rapide automobile,
Un matin de printemps boulevard Malesherbes,
Un jour de pluie,
À l'aube avant de te coucher,
Dis-toi, je l'ordonne à ton fantôme familier, que je fus seul à t'aimer davantage et qu'il est dommage que tu ne l'ai…

Dulce Maria Loynaz - Ballade de l'amour tardif

Dulce Maria Loynaz - Ballade de l'amour tardif

Amour qui arrive tard,
apporte moi au moins la paix :
amour retardataire, par quel errant
chemin arrives tu à ma solitude ?Amour qui m'a cherché sans te chercher,
je ne sais ce qui vaut le plus :
la parole que tu vas me dire
ou celle que je ne dis pas...Amour... N'as tu pas froid ? Je suis la Lune:
j'ai la mort blanche et la vérité
lointaine... Ne me donnes pas tes roses fraîches;
je suis trop grave pour des roses. Donne moi la mer...Amour qui arrives tard, tu ne m'as pas vu
hier quand je chantais dans le champ de blé...
Amour de mon silence et de ma lassitude,
aujourd'hui ne me fais pas pleurer.

André Breton – Moins de temps

André Breton – Moins de tempsMoins de temps qu’il n’en faut pour le dire, moins de larmes qu’il n’en faut pour mourir; j’ai tout compté, voilà. J’ai fait le recensement des pierres ; elles sont au nombre de mes doigts et de quelques autres; j’ai distribué des prospectus aux plantes, mais toutes n’ont pas voulu les accepter. Avec la musique j’ai lié partie pour une seconde seulement et maintenant je ne sais plus que penser du suicide, car si je veux me séparer de moi-même, la sortie est de ce côté et, j’ajoute malicieusement: l’entrée, la rentrée de cet autre côté. Tu vois ce qui te reste à faire. Les heures, le chagrin, je n’en tiens pas un compte raisonnable; je suis seul, je regarde par la fenêtre ; il ne passe personne, ou plutôt personne ne passe (je souligne passe). Ce Monsieur, vous ne le connaissez pas ? c’est M. Lemême. Je vous présente Madame Madame. Et leurs enfants. Puis je reviens sur mes pas, mes pas reviennent aussi, mais je ne sais pas exactement sur quoi ils reviennent…

ALEJANDRA PIZARNIK - Poème

ALEJANDRA PIZARNIK - PoèmeElle dit qu’elle ne sait rien de la peur de la mort de l ‘amour
Elle dit qu’elle a peur de la mort de l’amour
Elle dit que l’amour c’est la mort c’est la peur
Elle dit que la mort c’est la peur c’est l’amour
Elle dit qu’elle ne sait pas

Fernando Pessoa – Lisbon revisited

Fernando Pessoa – Lisbon revisitedRien ne m’attache à rien.
Je veux cinquante choses en même temps.
Avec une angoisse de faim charnelle
j’aspire à un je ne sais quoi -
de façon bien définie à l’indéfini…
Je dors inquiet, je vis dans l’état de rêve anxieux
du dormeur inquiet, qui rêve à demi.On a fermé sur moi toutes les portes abstraites et nécessaires,
on a tiré les rideaux de toutes les hypothèses que j’aurais pu voir dans la rue,
il n’y a pas, dans celle que j’ai trouvée, le numéro qu’on m’avait indiqué.Je me suis éveillé à la même vie sur laquelle je m’étais endormi.
Il n’est jusqu’aux armées que j’avais vues en songe qui n’aient été mises en déroute.
Il n’est jusqu’à mes songes, qui ne se soient sentis faux dans l’instant où ils étaient rêvés.
Il n’est jusqu’à la vie de mes voeux – même cette vie-là – dont je ne sois saturé.Je comprends par à-coups;
j’écris dans les entre-deux de la lassitude,
et c’est le spleen du spleen qui me rejette sur la grève.
Je ne sais quel avenir ou que…

René TAVERNIER - Il y en a qui prient, il y en a qui fuient

René TAVERNIER - « Il y en a qui prient, il y en a qui fuient »

Il y en a qui prient, il y en a qui fuient,
Il y en a qui maudissent et d’autres réfléchissent,
Courbés sur leur silence, pour entendre le vide,
Il y en a qui confient leur panique à l’espoir,
Il y en a qui s’en foutent et s’endorment le soir
Le sourire aux lèvres.

Et d’autres qui haïssent, d’autres qui font du mal
Pour venger leur propre dénuement.
Et s’abusant eux-mêmes se figurent chanter.
Il y a tous ceux qui s’étourdissent…

Il y en a qui souffrent, silence sur leur silence,
Il en est trop qui vivent de cette souffrance.
Pardonnez-nous, mon Dieu, leur absence.
Il y en a qui tuent, il y en a tant qui meurent.

Et moi, devant cette table tranquille,
Écoutant la mort de la ville,
Écoutant le monde mourir en moi
Et mourant cette agonie du monde.

Liliane Wouters - Au bout de l'amour

Liliane Wouters - Au bout de l'amour

Au bout de l’amour il y a l’amour.
Au bout du désir il n’y a rien.
L’amour n’a ni commencement ni fin.
Il ne naît pas, il ressuscite.
Il ne rencontre pas. Il reconnaît.
Il se réveille comme après un songe
Dont la mémoire aurait perdu les clefs.
Il se réveille les yeux clairs
Et prêt à vivre sa journée.
Mais le désir insomniaque meurt à l’aube
Après avoir lutté toute la nuit.

Parfois l’amour et le désir dorment ensemble.
Et ces nuits-là on voit la lune et le soleil.

Nouvelle Partition ~ Gabrielle Burel

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Nouvelle partition
 Qu'as-tu pris en ce jour ? La clé des champs La poudre d'escampette D'un rayon de joie Filer sa route au soleil
Qu'as-tu pris en ce jour ? Le temps de rêver Avancer à sa guise Vraiment trois fois rien  Juste la liberté
Gabrielle Burel 01/2019
 (2019) A l'occasion d'un départ en retraite à 60 ans  :)





À Marie-Paule
(2009)  Anniversaire, 50 ans



Thèmes: Fleurs & Dizaines

Henri BATAILLE Les souvenirs

HENRI BATAILLE (1872~1922)

Les souvenirs

Les souvenirs, ce sont les chambres sans serrures,
Des chambres vides où l'on n'ose plus entrer,
Parce que de vieux parents jadis y moururent.
On vit dans la maison où sont ces chambres closes.
On sait qu'elles sont là comme à leur habitude,
Et c'est la chambre bleue, et c'est la chambre rose...
La maison se remplit ainsi de solitude,
Et l'on y continue à vivre en souriant...

Yeats La douleur d'aimer

LA DOULEUR D’AIMER
William Butler Yeats

Une douleur au-delà des mots
Se cache dans le coeur d’amour :
Les peuples qui vendent et achètent
Les nuages de leurs voyages passés,
Les vents froids et humides qui toujours ont soufflé,
Et l’ombrageuse coudraie
Où s’écoulent les eaux opaques,
Ils menacent l’être que j’aime.

JACQUES PREVERT - Fleurs et Couronnes

JACQUES PREVERT -
Fleurs et Couronnes

Homme
Tu as regardé la plus triste la plus morne de toutes les fleurs de la terre
Et comme aux autres fleurs tu lui as donné un nom
Tu l'as appelée Pensée.
Pensée
C'était comme on dit bien observé
Bien pensé
Et ces sales fleurs qui ne vivent ni ne se fanent jamais
Tu les as appelées immortelles...
C'était bien fait pour elles...
Mais le lilas tu l'as appelé lilas
Lilas c'était tout à fait ça
Lilas... Lilas...
Aux marguerites tu as donné un nom de femme
Ou bien aux femmes tu as donné un nom de fleur
C'est pareil.
L'essentiel c'était que ce soit joli
Que ça fasse plaisir...
Enfin tu as donné les noms simples à toutes les fleurs simples
Et la plus grande la plus belle
Celle qui pousse toute droite sur le fumier de la misère
Celle qui se dresse à côté des vieux ressorts rouillés
A côté des vieux chiens mouillés
A côte des vieux matelas éventrés
A côté des baraques de planches où vivent les sous…

Réflexion... Bernard Noël

BERNARD NOËL

• Il n’y a plus d’infini. Il y a de l’interminable. Le problème de l’homme est d’assumer cet interminable.

• Ecrire = c’est comme s’effondrer au-dedans.

• Ecrire = faire le vide pour qu’une précipitation soit possible.

• Rendre l’empreinte verbale de l’empreinte charnelle, voilà ce que je cherche.

• Être humain est un long travail d’illusion.

Saint-Pol-Roux Chauves-souris

Saint-Pol-Roux (né le 15 janvier 1861)Chauves-souris

Mienne, évitons les éteignoirs manipulés par des bras maigres jusqu'à l'invisibilité.
Regarde-les s'évertuer contre les choses de clarté.
Mienne, évitons les éteignoirs manipulés par des bras maigres jusqu'à l'invisibilité.
Les voici sur les yeux des jardins, les voilà sur les fleurs des visages.
Mienne, évitons les éteignoirs manipulés par des bras maigres jusqu'à l'invisibilité.Si ces bras n'étaient courts, il en serait fait déjà de ce premier essaim d'étoiles.
Mienne, évitons les éteignoirs manipulés par des bras maigres jusqu'à l'invisibilité.
Notre amour étant de la lumière aussi, rentrons vite jouer, paupières closes, à la mort rose, dans le lin du rêve,
O Mienne, afin de dépister les éteignoirs manipulés par des bras maigres jusqu'à l'invisibilité.