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Réflexion... Hannah Arendt

« L'être humain ne doit jamais cesser de penser. C'est le seul rempart contre la barbarie. Action et parole sont les deux vecteurs de la liberté. S'il cesse de penser, chaque être humain peut agir en barbare. »    Hannah Arendt La banalité du mal 1963

Raymond Queneau - L'Instant fatal

L'Instant fatal Un poème c'est bien peu de chose...Un poème c'est bien peu de chose
à peine plus qu'un cyclone aux Antilles
qu'un typhon dans la mer de Chine
un tremblement de terre à Formose Une inondation du Yang Tse Kiang
çà vous noie cent mille Chinois d'un seul coup
vlan
ça ne fait même pas le sujet d'un poème
Bien peu de choseOn s'amuse bien dans notre petit village
on va bâtir une nouvelle école
on va élire un nouveau maire et changer les jours de
marché
on était au centre du monde on se trouve maintenant
près du fleuve océan qui ronge l'horizonUn poème c'est bien peu de choseRaymond Queneau, in L'Instant fatal.

Réflexion... Michel Billé

"Dans une société de l'éphémère, vieillir a-t-il encore un sens ? Vieillir, c'est durer forcément ; durer ça prend du temps. Le paradoxe se noue ici même : vous pouvez durer, mais la durée n'ayant plus de valeur, faites en sorte que cela ne se voit pas ; vieillissez, mais, s'il vous plaît, ne faites pas votre âge ! "
Michel Billé "La tyrannie du bienvieillir"- Eres, 2018

René Char- Commune présence

Commune présence Tu es pressé d'écrire,
Comme si tu étais en retard sur la vie.
S'il en est ainsi fais cortège à tes sources.
Hâte-toi.
Hâte-toi de transmettre
Ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance.
Effectivement tu es en retard sur la vie,
La vie inexprimable,
La seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t'unir,
Celle qui t'est refusée chaque jour par les êtres et par les choses,
Dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés
Au bout de combats sans merci.
Hors d'elle, tout n'est qu'agonie soumise, fin grossière.
Si tu rencontres la mort durant ton labeur,
Reçois-là comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride,
En t'inclinant.
Si tu veux rire,
Offre ta soumission,
Jamais tes armes.
Tu as été créé pour des moments peu communs.
Modifie-toi, disparais sans regret
Au gré de la rigueur suave.
Quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit
Sans interruption,
Sans égarement.Essaime la poussièr…

Réflexion... Clément G Second

" La vérité sans la nuance n’est pas souvent la vérité."
Cl.G. S.

https://carnetsdeflottaison.blogspot.com/2018/03/apres-la-peche-notes.html

Guillaume Apollinaire--Le musicien de Saint-Merry

Le musicien de Saint-MerryGuillaume ApollinaireJ’ai enfin le droit de saluer des êtres que je ne connais pas
Ils passent devant moi et s’accumulent au loin
Tandis que tout ce que j’en vois m’est inconnu
Et leur espoir n’est pas moins fort que le mien

Je ne chante pas ce monde ni les autres astres
Je chante toutes les possibilités de moi-même hors de ce monde et des astres
Je chante le joie d’errer et le plaisir d’en mourirLe 21 du mois de mai 1913
Passeur des morts et les mordonnantes mériennes
Des millions de mouches éventaient une splendeur
Quand un homme sans yeux sans nez et sans oreilles
Quittant le Sébasto entra dans la rue Aubry-le-Boucher
Jeune l’homme était brun et de couleur de fraise sur les joues
Homme Ah! Ariane
Il jouait de la flûte et la musique dirigeait ses pas
Il s’arrêta au coin de la rue Saint-Martin
Jouant l’air que je chante et que j’ai inventé
Les femmes qui passaient s’arrêtaient près de lui
Il en venait de toutes parts
Lorsque tout à coup les cloches de Saint-…

WILLIAM CHAPMAN Notre Langue

WILLIAM CHAPMAN Notre Langue 

Notre langue naquit aux lèvres des Gaulois.
Ses mots sont caressants, ses règles sont sévères,
Et, faite pour chanter les gloires d'autrefois,
Elle a puisé son souffle aux refrains des trouvères.

Elle a le charme exquis du timbre des Latins,
Le séduisant brio du parler des Hellènes
Le chaud rayonnement des émaux florentins,
Le diaphane et frais poli des porcelaines.

Elle a les sons moelleux du luth éolien,
Le doux babil du vent dans les blés et les seigles,
La clarté de l'azur, l'éclair olympien,
Les soupirs du ramier, l'envergure des aigles.

Elle chante partout pour louer Jéhova,
Et, dissipant la nuit où l'erreur se dérobe,
Elle est la messagère immortelle qui va
Porter de la lumière aux limites du globe.

La première, elle dit le nom de l'Eternel
Sous les bois canadiens noyés dans le mystère.
La première, elle fit monter vers notre ciel
Les hymnes de l'amour, l'élan de la prière.

La première, elle fit…

Elisa Mercoeur - Rêverie

Rêverie"Qu'importe qu'en un jour on dépense une vie,
Si l'on doit en aimant épuiser tout son coeur,
Et doucement penché sur la coupe remplie,
Si l'on doit y goûter le nectar du bonheur.Est-il besoin toujours qu'on achève l'année ?
Le souffle d'aujourd'hui flétrit la fleur d'hier ;
Je ne veux pas de rose inodore et fanée ;
C'est assez d'un printemps, je ne veux pas d'hiver.Une heure vaut un siècle alors qu'elle est passée ;
Mais l'ombre n'est jamais une soeur du matin.
Je veux me reposer avant d'être lassée ;
Je ne veux qu'essayer quelques pas du chemin."

Yves Bonnefoy Le PONT DE FER

Un poème d'Yves BonnefoyLE PONT DE FERIl y a sans doute toujours au bout d'une longue rue
Où je marchais enfant une mare d'huile,
Un rectangle de lourde mort sous le ciel noir.Depuis la poésie
A séparé ses eaux des autres eaux,
Nulle beauté nulle couleur ne la retiennent,
Elle s'angoisse pour du fer et de la nuit.Elle nourrit
Un long chagrin de rive morte, un pont de fer
Jeté vers l'autre rive encore plus nocturne
Est sa seule mémoire et son seul vrai amour."Hier régnant désert" (Mercure de France)

Réflexion... Sôseki

"Sans savoir pourquoi
J'aime ce monde
Où nous venons pour mourir..."
Natsume Sôseki (1867-1907)

Supervielle C'est vous quand vous êtes partie

Supervielle C'est vous quand vous êtes partie C'est vous quand vous êtes partie,
L'air peu à peu qui se referme
Mais toujours prêt à se rouvrir
Dans sa tremblante cicatrice
Et c'est mon âme à contre-jour
Si profondément étourdie
De ce brusque manque d'amour
Qu'elle n'en trouve plus sa forme
Entre la douleur et l'oubli.
Et c'est mon cœur mal protégé
Par un peu de chair et tant d'ombre
Qui se fait au goût de la tombe
Dans ce rien de jour étouffé
Tombant des autres, goutte à goutte,
Miel secret de ce qui n'est plus
Qu'un peu de rêve révolu.

Abbé Poppe -- Ne Pas Se Plaindre

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Prière du quotidien 
http://site-catholique.fr/index.php?post/Priere-de-l-abbe-Edouard-Poppe-de-Ne-Pas-Se-Plaindre
Prière du Bienheureux Abbé Édouard Poppede la Journée Voici la Prière « Ne Pas Se Plaindre » du Bienheureux Édouard Poppe (1890-1924), Prêtre Belge et Recteur de la Communauté des Religieuses de Saint Vincent de Paul en Belgique, qui donnait souvent cette résolution qui tient en quatre lettres : « N. P. S. P. » Facile à retenir ! Quatre lettres, rien de plus, et c’est la moitié de la sainteté : «  Ne Pas Se Plaindre ». La Prière de l'abbé Édouard Poppe « Ne Pas Se Plaindre » :

" N. P. S. P. (Ne Pas Se Plaindre) du froid ou du chaud ; N. P. S. P. de la nourriture..."

Pierre REVERDY Toi ou moi

Pierre REVERDY
Toi ou moi Endormi dans cette chambre
Il n’ose se réveiller
La peur ferme son rêve noir
Et ses membres
Ne peuvent plus le soutenir
Je t’abandonne il faut partir
Si l’on n’aime bien que soi-même
Je te laisse parce que je t’aime
Et qu’il faut encore marcher
Un jour nous nous retrouverons peut-être
Où se croisent les souvenirs
Où repassent les histoires d’autrefois
Alors tu reviendras vers moi
Nous pourrons rire
Un espoir à peine indiqué
Sous le vent une plainte amère
La voix qui pourrait me guider
A mon approche va se taire
Dans la rue bordée de chansons
Qui jaillissaient par les fenêtres
Au coin des dernières maisons
Nous nous regardions disparaîtreIn Sources du vent. Gallimard, 1971. (Poésie).

ALEJANDRA PIZARNIK. Mots

Mots. C’est tout ce qu’on m’a donné. Mon héritage. Ma condamnation. Demander qu’on l’annule. Comment le demander avec des mots ? Les mots sont mon absence particulière. Comme la célèbre "propre mort" (célèbre pour les autres), il y a en moi une absence autonome faite de langage. Je ne comprends pas le langage et c’est la seule chose que j’aie. Je suis la nuit et nous avons perdu. C’est ainsi que je parle, lâches. La nuit est tombée et on a déjà pensé à tout.“
ALEJANDRA PIZARNIK.

Réflexion... Poésie René Crevel

“La poésie lance des ponts d'un sens à l'autre, de l'objet à l'image, de l'image à l'idée, de l'idée au fait précis. Elle est la route entre les éléments d'un monde que des nécessités temporelles d'étude avaient isolés, la route qui mène à ces bouleversantes rencontres dont témoignent les tableaux et collages de Dali, Ernst, Tanguy. Elle est la route de la liberté.“ RENÉ CREVEL.