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Toussaint - Verlaine

Toussaint  Ces vrais vivants qui sont les saints, Et les vrais morts qui seront nous, C'est notre double fête à tous, Comme la fleur de nos desseins, Comme le drapeau symbolique Que l'ouvrier plante gaîment Au faite neuf du bâtiment, Mais, au lieu de pierre et de brique, C'est de notre chair qu'il s'agit, Et de notre âme en ce nôtre œuvre Qui, narguant la vieille couleuvre, A force de travaux surgit. Notre âme et notre chair domptées Par la truelle et le ciment Du patient renoncement Et des heures dûment comptées. Mais il est des âmes encor, Il est des chairs encore comme En chantier, qu'à tort on dénomme Les morts, puisqu'ils vivent, trésor Au repos, mais que nos prières Seulement peuvent monnayer Pour, l'architecte, l'employer Paul Verlaine Liturgies intimes (1892)

L'Attente ~ Gabrielle Burel

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À Jocelyne B . :-) L'attente Immobile bec dressé Au vent qui seul Fait ondoyer son reflet Il attend au fil des jours Sa compagne envolée Gabrielle Burel 30/10/16 Sur Lichen n°9 - 12/2016 http://lichen-poesie.blogspot.fr/p/gabrielle-burel_23.html

Sabine Sicaud

DEMAIN Tout voir, - je vous ai dit que je voulais tout voir, Tout voir et tout connaître ! Ah ! ne pas seulement le rêver… le pouvoir ! Ne pas se contenter d'une seule fenêtre Sur un même horizon, Mais dans chaque pays avoir une maison Et flâner à son gré de l'une à l'autre - ou mieux, Avoir cette maison roulante, Cette maison volante, d'où les yeux Peuvent aller plus loin, plus loin toujours ! Attente D'on ne sait quoi… je veux savoir ce qu'on attend. Tout savoir… Tout savoir de l'univers profond, Des êtres et des choses, De la terre et des astres, jusqu'au fond. Savoir la cause De cet amour qu'on a pour des noms de pays, Des noms qui chantent à l'oreille avec instance Comme s'ils appelaient depuis longtemps, Depuis toujours - des noms immenses Dont on est envahi, Ou des noms tout petits, presque ignorés. Longs pays blancs du Nord, pays dorés Du Sud ou du Levant plein de mystè...

Réflexion ... Vieillir

" Vieillir n'est, au fond, pas autre chose que n'avoir plus peur de son passé." Stefan Zweig

René Crevel 1900 1935

ELLE NE SUFFIT PAS L’ÉLOQUENCE

Alain Bosquet 1919 1998

Poète J’ai mis du dentifrice sur mes amours. J’ai nourri de vinaigre mon inutilité. Avec ma lame de rasoir j’ai balafré mon absolu. Je suis enfin concret comme un aspirateur, comme une paire de skis rouges. Je suis à vendre parmi les ouvre-boîtes, les rince-doigts, les abat-jour, poète, produit de première nécessité.  ALAIN BOSQUET (1919~1998)

René Armand François Sully Prudhomme 1839 1907

S'asseoir tous deux au bord d'un flot qui passe, Le voir passer ; Tous deux, s'il glisse un nuage en l'espace, Le voir glisser ; À l'horizon, s'il fume un toit de chaume, Le voir fumer ; Aux alentours, si quelque fleur embaume, S'en embaumer ; Si quelque fruit, où les abeilles goûtent, Tente, y goûter ; Si quelque oiseau, dans les bois qui l'écoutent, Chante, écouter... Entendre au pied du saule où l'eau murmure L'eau murmurer ; Ne pas sentir, tant que ce rêve dure, Le temps durer ; Mais n'apportant de passion profonde Qu'à s'adorer ; Sans nul souci des querelles du monde, Les ignorer ; Et seuls, heureux devant tout ce qui lasse, Sans se lasser, Sentir l'amour, devant tout ce qui passe, Ne point passer ! René-François Sully Prudhomme Les Vaines tendresses

Facile Paul Eluard

Tu te lèves l’eau se déplie Tu te couches l’eau s’épanouit Tu es l’eau détournée de ses abîmes Tu es la terre qui prend racine Et sur laquelle tout s’établit Tu fais des bulles de silence dans le désert des bruits Tu chantes des hymnes nocturnes sur les cordes de l’arc-en-ciel Tu es partout tu abolis toutes les routes Tu sacrifies le temps A l’éternelle jeunesse de la flamme exacte Que voile la nature en la reproduisant Femme tu mets au monde un corps toujours pareil Le tien Tu es la ressemblance. Paul Eluard - Facile https://www.google.fr/url?sa=t&source=web&rct=j&url=http://phlit.org/press/wp-content/uploads/2011/12/facile.pdf&ved=0ahUKEwjc_InXkLrPAhWrJsAKHS-NBAYQFggkMAM&usg=AFQjCNHa3n6SkLgHpOTVisLBPM3fF4QLew&sig2=VSlfCtpuN4mkswFkhDRmFg

Paul GERALDY 1885 1983

Méditation On aime d’abord par hasard Par jeu, par curiosité Pour avoir dans un regard Lu des possibilités Et puis comme au fond de soi-même On s’aime beaucoup Si quelqu’un vous aime, on l’aime Par conformité de goût On se rend grâce, on s’invite À partager ses moindres mots On prend l’habitude vite D’échanger de petits mots Quand on a longtemps dit les mêmes On les redit sans y penser Et alors, mon Dieu, on aime Parce qu’on a commencé PAUL GERALDY

Laurent Gaudé

Laurent Gaudé,  Le Tigre bleu de l'Euphrate , pièce de théâtre parue aux Editions Acte Sud L'extrait se situe à la fin de la pièce, composée de dix actes. Une seule voix se fait entendre, celle d'Alexandre le Grand. Au premier acte, il se prépare à mourir et chasse tous ceux qui se pressent autour de lui. Il raconte à la Mort, qu'il imagine face à lui, comment le Tigre bleu lui est un jour apparu et comment il a su que le but de sa vie était de le suivre, toujours plus loin, à travers le Moyen-Orient. Mais, cédant à la prière de ses soldats, il cesse de suivre le Tigre bleu pour faire demi-tour.   [...]   Je vais mourir seul   Dans ce feu qui me ronge,   Sans épée, ni cheval,   Sans ami, ni bataille,   Et je te demande d'avoir pitié de moi,   Car je suis celui qui n'a jamais pu se rassasier,   Je suis l'homme qui ne possède rien   Qu'un souvenir de conquêtes.   Je suis l'homme qui a arpenté la terre entière ...

Anna de Noailles 1876 1933

J’écris J’écris pour que le jour où je ne serai plus On sache combien l’air et le plaisir m’ont plu, Et que mon livre porte à la foule future Combien j’aimais la vie et l’heureuse nature.   Attentive aux travaux des champs et des maisons J’ai marqué chaque jour la forme des saisons, Parce que l’eau, la terre et la montante flamme En nul endroit ne sont si belles qu’en mon âme.   J’ai dit ce que j’ai vu et ce que j’ai senti, D’un cœur pour qui le vrai ne fut point trop hardi, Et j’ai eu cette ardeur, par l’amour intimée, Pour être après la mort parfois encore aimée,   Et qu’un jeune homme alors lisant ce que j’écris, Sentant par moi son cœur ému, troublé, surpris, Ayant tout oublié des compagnes réelles, M’accueille dans son âme et me préfère à elles...  ANNA DE NOAILLES  -  l'Offrande (Orphée / La Différence ) L'Ombre des jours, 1902   http://www.journaldepapageno.fr/index.php/post/2012/09/29/J-%C3%A9cris-pour-que-le-jo...

Neruda Ode à un albatros voyageur

"Pour quoi? Pour quoi? Quel sel, quelle vague, quel vent cherchait-il sur la mer? Qu'est-ce qui a dressé sa force contre tout l'espace? Pourquoi cette puissance mise à l'épreuve dans les plus rudes solitudes? Ou si son but était la rose magnétique d'une étoile? Personne ne pourra le savoir, ni le dire. L'océan sur ce vaste chemin n'a aucune île, et l'albatros errant, dans l'interplanétaire parabole du vol victorieux n'a trouvé que des jours, des nuits, de l'eau, des solitudes, l'espace." Pablo Neruda Ode à un albatros voyageur

Réflexion... George Bernard Shaw

Il y a ceux qui voient la réalité et qui disent : Pourquoi ? Et il y a ceux qui rêvent de l'impossible et qui disent : Pourquoi pas ? George Bernard Shaw

Roberto Juarroz

C’est pour cela peut-être qu’en toi s’unissent mon souvenir extrême et mon extrême oubli et je ne sais si tu es ma compagnie ou si tu es déjà ma solitude. Roberto Juarroz – Sexta poesía vertical Roberto Juarroz  – Treizième poésie verticale (Decimotercera poesía vertical) Muet parmi les mots, presque aveugle parmi les regards, au-delà du coude de la vie, sous l’emprise d’un dieu qui est absence pure, je déplace l’erreur d’être un homme et corrige avec patience cette erreur. Ainsi je ferme à demi les fenêtres du jour, j’ouvre les portes de la nuit, je creuse les visages jusqu’à l’os, je sors le silence de sa caverne, j’inverse chaque chose et je m’assieds de dos à l’ensemble. Je ne cherche désormais ni ne trouve, je ne suis ici ni ailleurs, je me refais au-delà du souci, je me consacre...

Claude Louis-Combet

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