Roberto Juarroz

C’est pour cela peut-être qu’en toi s’unissent
mon souvenir extrême et mon extrême oubli
et je ne sais si tu es ma compagnie
ou si tu es déjà ma solitude.

Roberto Juarroz – Sexta poesía vertical

Roberto Juarroz  – Treizième poésie verticale (Decimotercera poesía vertical)

Muet parmi les mots,
presque aveugle parmi les regards,
au-delà du coude de la vie,
sous l’emprise d’un dieu qui est absence pure,
je déplace l’erreur d’être un homme
et corrige avec patience cette erreur.

Ainsi je ferme à demi les fenêtres du jour,
j’ouvre les portes de la nuit,
je creuse les visages jusqu’à l’os,
je sors le silence de sa caverne,
j’inverse chaque chose
et je m’assieds de dos à l’ensemble.

Je ne cherche désormais ni ne trouve,
je ne suis ici ni ailleurs,
je me refais au-delà du souci,
je me consacre aux marges de l’homme
et cultive en un fond qui n’existe pas
l’infime tendresse de ne pas être.

*

Callado entre palabras,
casi ciego entre ojos,
más allá del codo de la vida
y prendado de un dios que es pura ausencia,
descoloco el error de ser un hombre
y corrijo con paciencia ese error.

Así entorno las ventanas del día,
abro las puertas de la noche,
desdibujo los rostros hasta el hueso,
saco al silencio de su cueva,
doy vuelta cada cosa
y me siento de espaldas al conjunto.

Ya no busco ni encuentro,
no estoy aquí ni en otra parte,
me desando más allá del desvelo,
me consagro a los márgenes del hombre
y cultivo en un fondo que no existe
la mínima ternura de no ser.

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