Sergueï ESSENINE 1895 - 1925



***
Ce ne sont pas les vents qui décoiffent les bosquets
ni la chute des feuilles qui dore les collines.
Ce sont les hymnes d'éétoiles filantes
qui ruissellent de l'infini chapiteau du ciel.

Je vois : en mante bleu profond,
sur un nuage ailé,
la Mère bien-aimée s'avance
tenant son Fils Immaculé.

Elle porte au monde une nouvelle fois
à crucifier le Christ ressuscité :
" Va ! mon Fils, sans havre ni toit,
sous l'arbrisseau goûte et vois. "

Et désormais tout pauvre hère
m'interpelle avec angoisse :
ne serait-ce à la porte l'Oint de Dieu
qui frappe, de son bâton d'écorce ?

Or imagine que je passe on chemin
et qu'à l'heure secrète j'ignore
entre les sapins, l'aile de chérubin,
et contre une souche le Christ affamé.
(1914)
***
Je sui un pauvre vagabond.
Par la steppe, avec l'étoile du soir,
comme la simandre
je chante Dieu.

Les feuilles du tremble choient
en un tapis de soie,
oyez, bonnes gens, oyez
le frisson des paluds.

A tire d'aile l'alouette
effleure le sapin d'un baiser
grisolle de par la plaine
chante printemps et paradis.

Moi, pauvre vagabond,
je prie vers l'azur.
Par la route qui arde
sur l'herbe je m'allonge.

Je repose, délices !
parmi les perles de rosée
avec une petite lampe :
au fond du coeur, Jésus.
(1915)
***
Où es-tu ? où es-tu, maison du père
qui te chauffais l'échine sous le tertre ?
Et toi, ma fleurette bleue, toute bleue,
et le sable non foulé...
où es-tu, maison de mon père ?

Un coq chante sur l'autre rive.
Le berger pait ses troupeaux.
Trois étoiles à l'infini
font jaillir la lulière de l'eau.
Un coq chante syr l'autre rive.

Le temps, ce moulin à une aile,
derrière le bourg sous le seigle
descend le balancier-lune : goutte
à goutte, l'invisible pluie des heures.
Le temps, ce moulin à une aile.

La petite pluie et sa volée de flèches
a lancé en toupie ma maison dans les nues,
elle a fauché la fleurette bleue
et piétiné le sable d'or.
La petite pluie et sa volée de flèches.
(1917)
***
L'ondée de printemps s'en est donné de rondes et de pleurs,
              l'otage s'est calmé .
On s'enquiquine avec toi, Serge Essenine,
               à toujours les yeux lever....

à prêter l'oreille sous l'arbre des cieux
              au battement d'aile mystérieux :
Ne va pas de tes mélopées réveiller
               les mânes ancestraux !

Les mots ont pris d'assaut, ligoté
              tes infinis d'antan.
En de lourds volumes pesants, non sur les vents
              passera ton rêve.

Tel connaitra la geôle, tel courbera l'échine,
              écartèlera les doigts.
Il vient ton grand soir pour certains;
              de toi nul n'a besoin.

Il s'ébranlera avec Blok et Brioussov,
              et harcèlera d'aucuns,
Mais toujours à l'Orient de même se lèvera le jour,
              jaillira l'instant.

Nulle cantilène ne changera la face de la terre
              ni feuillet ne l'ébranlera...
Elles sont à jamais clouées au bois
              tes lèvres vermeilles.

A jamais ton Pilate d'étoiles offrira au ciel
              ses paumes sourdes.
Eli, Eli, lama sabactani,
              abandonne-le au ponant.
(1917)
****
Heureux qui par un frais automne
largue son âme comme pomme au vent
à contempler le soc du soleil
fendre l'eau bleue de la rivière.

Heureux qui extraie de sa chair
l'incandescent clou des poèmes,
et revêt le blanc manteau de fête
en attendant que l'hôte frappe.

Apprends, mon âme, apprends
à préserver la fleur de merisier;
avares sont les sens à s'échauffer
quand du flanc coule un filet de sang.

Les étoiles carillonnent en silence
ce qu'est la bougie à l'aube, telle la feuille blanche.
Nul n'entrera dans la chambre haute,
je n'ouvrirai la porte à personne.
(1918)
***
La feuillée d'or s'est mise à tournoyer.
sur l'eau rosissante de l'étang
comme un vol de papillons ailés
file vers l'étoile en mourant.

Je suis amoureux du soir qui tombe,
comme il m'est cher le val jaunissant
où l'aquilon polisson soulève
la robe du bouleau qu'il dénude.

En moi comme par le val il fait bon,
l'ombre indigo passe en troupeau.
Derrière la haie du jardin qui se tait
s'évanouit la sonnaille des clochettes.

A écouter la chair pleine de raison
jamais je n'ai pris tant de soin.
Il ferait si bon, comme branche de saule,
s'abandonner à la roseur de l'eau.

Il ferait si bon, à la gueule de la lune,
rire sur la meule en mâchouillant le foin...
Où es-tu, ma joie, naguère sereine,
à tout aimer, et ne rien désirer ?
(1918)
***
Je n'appelle, ni ne pleure, ni ne regrette rien,
tout passe comme brume de pommiers en fleurs.
Attaqué de même par l'or de la ruine,
plus ne connaîtrai la jeunesse.

Plus ne battra comme avant désormais
ce coeur paralysé, transi;
plus ne l'incitera à flâner pieds nus
la terre du bouleau et du calicot.

Esprit follet qui attisa mes lèvres
comme tu te fais rare, rre, désormais.
Flots d'émotion, pétulance du regard,
ô fraicheur d'âme perdue.

De mes désirs même, je deviens avare.
Ma vie ! ou ne fut-ce qu'un songe ?
comme si par un bruissant matin de printemps
j'eusse passé au galop sur un destrier rose.

Tous en ce monde, tout se décompose,
lentement s'écoule le cuivre de l'érable...
Béni sois-tu néanmoins dans les siècles
toi qui es venu éclore et mourir.
(1921)
***



http://www.sitaudis.fr/Parutions/journal-d-un-poete-de-serguei-essenine.php

http://www.recoursaupoeme.fr/critiques/serge%C3%AF-essenine-journal-d%E2%80%99un-po%C3%A8te/thierry-jolif-ma%C3%AFkov

http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/essenine/essenine.html

Choix de textes

D'abord pour rendre hommage à la beauté du travail d’Henri Abril, ce poème traduit par ses soins et publié aux Éditions Circé


Je fais un rêve. Chemin noir.
Et cheval blanc. Qui va sans voir.
En selle sur ce cheval-là,
Ma bien-aimée qui vient vers moi.
Ma bien-aimée qui vient vers moi,
Et que pourtant je n'aime pas.
Ah, bouleau russe de nos plaines !
Le chemin-sentier, large à peine.
Que vers elle, comme en un rêve,
Tes branches doucement se lève
Et comme des bras la retiennent
Au nom de la seule que j'aime.

Lune claire. Songe bleu sombre.
Le pas du cheval s'y allonge.
Dans une lumière magique,
Comme faite pour mon unique
Qui en elle a la même lumière,
Mais qui n'existe pas sur terre.

Voyou, je ne suis qu'un voyou.
Que les vers rendent ivre et fou
Mais puisque mon cœur toujours bat
Avec celle que je n'aime pas
Je vais faire la paix bientôt,
Au nom de la Russie-bouleau.

1925

Traductions Armand Robin

Je suis le dernier poète des villages,
Nul pont de bois dans les chants ne dit mot.
Seul je viens voir l'encensoir des feuillages
À la messe d'adieu des bouleaux.

Il brûle et croule en flammes d'or,
Le cierge dont mon corps est la cire.
Et la lune sur le cadran des arbres
Va me râler ma douzième heure.

Sur le sentier du champ bleu ciel
Bientôt surgira l'hôte de fer.
L'avoine rouge où l'aube ruisselle,
Sa main noire va la saisir.

Paumes étrangères, paumes sans vie,
En votre ère mon chant ne peut naître!
Ils restent seuls, les coursiers-épis,
Pour regretter leur ancien maître.

Le vent sucera leur hennissement
En déployant la danse funéraire.
Bientôt, bientôt les bois sur leur cadran
Me râleront ma douzième heure.

1921.

Lettre à sa mère

Tu vis encore, ma vieille mère ?
Moi aussi. Salut, salut à toi !
Pourvu que coule sur ton isba
Cette lueur du soir que nul n'a pu décrire !

On m'écrit que, cachant ton angoisse,
Tu t'es grossi le cœur très fort à mon sujet,
Que tu t'en vas sur la route bien des fois
Dans ton vieux caraco démodé

Et que souvent dans les premières ténèbres bleues
Tu vois une seule chose, toujours la même :
C'est comme si quelqu'un me poignardait au cœur
Au fond d'un cabaret dans une querelle.

Ce n'est rien, petite mère. Calme-toi.
Ce n'est rien qu'un pénible délire.
Je ne suis pas encore un pochard assez dur
Pour me laisser mourir sans te revoir.

Je suis resté, comme autrefois, pas méchant
Et ne rêve jamais qu'une seule chose:
Au plus vite quitter cette révolte, ce tourment,
Pour retourner dans notre maison basse.

Je reviendrai le jour où docile au printemps
Notre jardin candide aura tendu ses branches.
Seulement ne me réveille plus à l'aube blanche,
Ne me réveille plus comme il y a huit ans.

N'éveille pas ce qu'un rêve m'a pris !
Ne touche pas ce qui n'a pas réussi !
Elles sont trop précoces la perte et la fatigue
Qu'il m'est échu d'éprouver en ma vie.

Et ne m'apprends pas à prier. Pas la peine !
Il n'y a plus pour moi de retour au passé ;
Toi seule es pour moi aide et fête,
Toi seule es la lueur dont nul n'a su parler.

Il te faut donc oublier ton angoisse ;
Ne grossis plus ton cœur si fort à mon sujet
Et ne va plus sur la route tant de fois
Dans ton vieux caraco démodé.

1924

Traduction Serge Venturini

Je ne regrette rien, ni appels, ni larmes,
Tout passera comme la blancheur des pommiers.
Saisi par l'automne d'or déclinant,
Ma jeunesse, comme tu es à jamais loin.

Tu ne battras plus comme autrefois,
Mon cœur pris, frissonnant aux premiers froids,
Et au pays des cierges des blancs bouleaux
Je n'irai plus me promener pieds nus.

Âme errante ! Toujours plus rarement
Tu attises la flamme de mes lèvres.
Ô ma fraîcheur perdue
Ô mes regards, mes élans, mes fièvres.

Chaque jour, plus sobre, moins désirant.
Ô ma vie, ne fut-elle qu'un rêve ?
Comme si, au printemps, à l'aube sonore,
Je galopais sur un coursier rose.

Nous sommes en ce monde tous mortels,
Vois couler le cuivre des érables...
Ah ! Que soit à jamais béni
Ce qui est venu fleurir et mourir.

              (La Confession d'un Voyou, 1921)

Adaptations personnelles

Pour approcher la langue d’Essenine il a fallu s’abreuver à quelques sources, celle d’Henri Abril tendue vers la restitution de la musique de sa langue, et celle, en allemand, rugueuse, de Paul Celan, attachée à l’éclatement des mots.
Cette adaptation personnelle de quelques poèmes leur doit beaucoup.


Ami, adieu

Ami, adieu. Mon ami, au revoir.
Toi jamais perdu, je n’oublie rien.
Prédestiné, il en était ainsi, tu le sais, de ce parcours.
Il en sera ainsi : ce revoir promis.

Main et mot ? Non, laisse - pourquoi encore parler ?
Ne te lamente pas et ne t’efface pas de moi.
Mourir -, maintenant, je sais, cela est déjà arrivé ;
mais, vivre aussi cela a du déjà avoir lieu une fois.

1925


Cette nuit !

Cette nuit ! Trop, c’est trop !
Haute lune et haute clarté !
Jeunesse, elle, elle qui s’en va, je le sens,
celle qui est perdue, au travers de l’âme.

Toi qui vins, que j’ai glacé là
ne nomme pas amour, ce que nous avons tenté
allez laisse – ce qui brille là-bas si blanc,
doit demeurer auprès de moi nuit après nuit.

Lune, quand elle souffle au travers, et réveille
les traits, qui s’enfuient -
Toi, tu n’as rien appris, comment l’on va,
et ce qui vient tu ne l’apprends jamais.

Un amour cela existe une fois, pas deux,
et toi l’étrangère demeure l’étrangère :
crie ici sur nous le tilleul,
et mon pied reste enclos dans le gel de la neige.

Toi, tu le sais, comme je le sais aussi :
reflet de la lune, ce qui est incandescence…
Chaque tilleul, chaque branche
ne brille que de givre, pas de fleur.
Tu le sais, où le cœur m’entraîna -,
et ce n’est pas seulement maintenant que cela est enfui.
Et avec moi, celui qui t’entoure,
tu le désignes comme faux-semblant : enserré...

Laisse les baisers devenir baisers,
tes doigts, laisse-les s’égarer,
que je puisse rêver, que Mai est encore là
et que je me souvienne de tous les autres.

30 novembre 1925

Écoute

Écoute, le traîneau court, toi traîneau file !
c’est si bon, de voyager avec toi, jusqu’aux lointains des champs !

arrive une bouffée d’air timide, elle nous effleure à peine,
et notre petit grelot sonne à tout va.

Ah toi traîneau, traîneau, toi ma vieille monture fauve !
Un érable ivre danse hors de la forêt clairsemée.

Vers là va le voyage : « Arbre, montre-nous la foulée ! »
et alors là tous les trois jouons et dansons.

Ne tombe pas, étoile

Ne tombe pas, étoile, mon étoile, reste en haut,
envoie le glacé, envoie la lumière.
Vois, tout près, la barrière du cimetière -
les cœurs morts ne battent pas.

le calme des champs pleins de rayons,
seigle noir, luisant d’août
traversé des frémissements de lumière, tu te lamentes avec tous
sur les grues qui ne peuvent voler.

Moi — je lance mes yeux par-dessus
buissons et collines, loin au loin,
je tends l’oreille et entends - et entends les chants
de chez moi, de ma maison.

Si mince, monte la sève des bouleaux,
automne est venu plein d’or au travers de la jarre
il pleure tous ceux, que j’ai laissé et aimé,
près d’une feuille de bouleau.

Ah l’heure vient, vient l’heure
imméritée, non demandée,
et je gis, je gis là, je gis dessous
et une petite grille s’élève.

Aucune flamme, pour m’éclairer,
cœur, tu t’en vas et deviendras poussière
la main de l’ami vient avec la pierre
elle porte déjà une rime allègre.

Mais moi, j’écrirais plus encore,
plutôt cela j’aurais commandé :
les buveurs aiment leur bistrot -
son bistrot était le monde.

Août 1925

Là-bas sur l’étang

Là-bas sur l’étang s’est tissé le rouge de l’ourlet du ciel
le coq de bruyère, il se lamente, et avec lui tout gémit dans les pins

le merle, lui aussi, se lamente et ne sort plus
Mais en moi, rien qui voudrait pleurer, le cœur est illuminé tout autour :

Ce chemin, qui se ferme vers le tournant, c’est par là que je te verrai venir,
le foin, résigné, nous attend déjà, nous n’avons pas besoin de rester debout.

je t’embrasse jusqu’à te boire, ma main, elle te saisit - comme on saisit une feuille.
Lorsque la joie vole son sens, mot et discours sont las.

J’embrasse par là les doigts, où sont drap et voile,
aussi longtemps que la nuit voudra demeurer la nuit, tu resteras ivre de moi,
enfant.

Toi coq de bruyère, tu te lamentes donc, tu résonnes donc, pins :
elle n’est pas lourde, la mélancolie là au rouge de l’ourlet du ciel

1910

 Au loin je m’en vais

Au loin je m’en vais, ma maison est si loin,
Russie tu ne bleuis plus, là où je m’essaime.
Bouleaux, vous trois- trois fois l’étoile-
ils rougeoient, pour bercer le chagrin de la mère.

Lune, comme une grenouille, une dorée, rougeoie,
épandue par-dessus l’eau
.La barbe du père est essaimée de blanc -
ce sont des fleurs de pommier père.

Quand rentrerais-je chez moi ?
Vais-je même revenir ?
Tempête de neige - cela chante doucement et résonne...
Érable, vieil unijambiste, dressé
tu me surveilles par-delà les bleus de la Russie.

Ta huppe est emplie de pluie;
il faut l’embrasser - tu ne dois pas pleurer !
Ah, je le sais bien : ma tête,
il a quelque chose de cela qui est toi.

1918

Nous nous éloignions

Nous nous éloignions, nous allons, nous nous perdons là-bas
là où est la grâce, là où est le silence.

Pas longtemps encore, et je devrais t’attacher mon sac,
toi mon éphémère.

Vous bouleaux, vous êtes là, dressés l’un contre l’autre
Toi terre. Et toi sable, sable de si loin.
Tous ceux-là ! Tous, qui errent !
Douleur et chagrin et peine, je suis tout cela !

Ce monde, il était si cher à l’âme :
Il donna enveloppe de chair, forme et habit.
Paix à vous trembles ! flots et eau
Vos branchages veillent.

j’ai tant médité, là où rien ne bouge,
souvent j’ai ajouté chant sur chant.
Terre, brusque ; là je fus et vécu,
là où j’avais le droit de respirer - il suffit.

Ces bouches joie m’ont donné, oui toutes,
joie les herbes, où je me suis enfoui et enfoui,
joie, d’avoir été un frère des bêtes
joie, que nul n’est subi mon pied.

Là pas de bois, me faisant pénétrer dans l’Autre
et point de blé ni de cou de cygne.
Vous les foules, je vous vois errer, errer,
et un frisson me saisit encore.

Je sais, je sais, je ne te verrai pas
Champs dorés, toi nimbé d’air et de brume,
Voilà pourquoi, hommes, hommes de cette terre,
je vous aime, vous avec qui je vis.

1924

Plus aucun chant venant de moi

Plus aucun chant venant de moi, à chanter au village
le pont de planches ne tient plus dans le chant
je vois se balancer de la vasque des bouleaux
les encens, là j’habite – liturgie d’adieu.

De mon corps est sorti le cierge,
il brûle vers le bas, brûle d’or et brûle muet.
D’elle, de la lune, l’horloge, l’horloge là-bas, en bois,
je sais ceci ;
Sergueï, le temps, - autour.

Au-dessus du champ bleu il est venu, il vient et vient,
l’hôte celui en fer,
arrache les tiges, les couchants ont bu,
et il les serre dans son poing noir.

Vous mains, vous étrangères, vide d’âmes
ce que je chante, quand vous le saisissez, est çà et là.
Hélas, autour de lui, les épis, eux, henniront, porteront le deuil de jadis
autour de lui.

Messe des âmes alors et après des danses
Vers les hennissements se balance la gigue.
Chaque horloge là-bas, oui, l’horloge là-bas, en bois,
te le dis bientôt : Sergueï, il est plus que temps.

1920

Visage rêvé

Visage rêvé. Obscurités.
Blanc - en cheval. Je vois qu’il galope.
Et celle qui chevauche, elle sera bientôt ici,
Et elle vient, elle vient vers moi.
Vient, elle est belle, elle est comme la lumière
et je l’aime, je ne l’aime pas.

Oh toi bouleau, arbre des Russes,
tu te tiens sur le chemin, sur l’orée des chemins,
pourrais-tu m’exaucer un vœu :
au nom de l’Unique, du Protecteur
laisse tes mains de branches se déployer
et quand elle viendra, ne la laisse pas s’en aller.

Lune de clair de lune. Rêves, Bleus.
Sabot et fer sont accordés aujourd’hui.
O la lumière, si secrète -
ainsi, lui rayonne, l’Unique !
Lui, qui illumine de cette lumière,
lui, qui ne la donne pas sur le monde.

 Moi mauvais sujet du destin et canaille,
fou de vers et ivre de vers.
Maintenant, elle arrive, sortant du palefroi,
Cœur, tu ne dois pas te refroidir -
Bouleau de la terre russe, pour te célébrer pieusement
que les flambeaux soient les bienvenus.

Une bonne fois pour toutes

Une bonne fois pour toutes séparons - nous -
oui, je m’en vais, champ de ma patrie !
Lointaines sont les feuilles ailées de mes peupliers,
aucune ne résonne en moi ni ne carillonne.

Chien fidèle, tu gis depuis longtemps sous l’herbe.
Toi ma maison - inhabitée, toit effondré.
Aussi Ici, à Moscou, au milieu de ces rues ;
j’exhale l’âme, à la grâce de Dieu.

Oui, je l’aime, je l’aime cette ville, bouffie et marécageuse,
maintenant oui, et blafarde.
Asie, toi somnolente et dorée,
tu as trouvé coupoles et pays de calme.

Et je vais, je vais bientôt, sous la lune,
je vais sous la lueur de la lune, je vais sous la lueur du diable,
je titube dans les rues, les familières,
et je retourne encore dans mon bistrot.

Dans mon bistrot cela craint et cela beugle,
mais toute la nuit, jusqu’à ce que le matin vienne,
je récite aux putes, ce que j’ai écrit,
et avec les vauriens je partage l’essence.

Cœur, tu bats, tu bats plus vite encore, tu bats à te perdre,
et ainsi je parle, je parle due la bonne chance ;
« Comme vous êtes, je le suis aussi : paumé,
comme je suis, il n’y a pas de retour. »

Chien fidèle, tu gis depuis longtemps sous l’herbe.
Toi ma maison - inhabitée, toit effondré.
Aussi Ici, à Moscou, au milieu de ces rues ;
j’exhale l’âme, à la grâce de Dieu.

1922

http://www.lacauselitteraire.fr/la-confession-d-un-voyou-suivi-de-pougatcheff-serguei-essenine

http://www.contact.ulaval.ca/article_blogue/essenine-le-poete-paysan/

https://fr.sputniknews.com/societe/201411231022977558-visages-de-l-histoire-russe-serguei-essenine/

https://schabrieres.wordpress.com/2009/01/14/serguei-essenine-au-revoir-ami-1925/

http://litteraturedepartout.hautetfort.com/archive/2012/08/18/serge-essenine-la-confession-d-un-voyou-dans-quatre-poetes-r.html

http://www.lmda.net/din/tit_lmda.php?Id=22044

http://www.wukali.com/serguei-essenine-poeme-lettre-a-ma-mere

http://www.universalis.fr/encyclopedie/serge-alexandrovitch-essenine/

http://www.zer0deconduite.com/?p=411

https://fr.wikisource.org/wiki/Auteur:Sergue%C3%AF_Ess%C3%A9nine

https://fr.wikipedia.org/wiki/Sergue%C3%AF_Ess%C3%A9nine

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