Antonio Machado 1875 - 1939






Tout passe
et tout demeure
Mais notre affaire est de passer
De passer en traçant
Des chemins
Des chemins sur la mer
Voyageur, le chemin
C'est les traces
de tes pas
C'est tout ; voyageur,
il n'y a pas de chemin,
Le chemin se fait en marchant
Le chemin se fait en marchant
Et quand tu regardes en arrière
Tu vois le sentier
Que jamais
Tu ne dois à nouveau fouler
Voyageur! Il n'y a pas de chemins
Rien que des sillages sur la mer

Antonio Machado

Et si la vie est courte
et si la mer n'arrive pas à ta galère
attends sans partir et espère toujours
car l'art est long et, d'ailleurs
c'est sans importance. (Conseils)

http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/machado.html

Choix de textes


Ces extraits proviennent de "Champs de Castille" traduit par Sylvie Léger et Bernard Sesé paru chez Poésie-Gallimard Tous droits réservés © Editions Gallimard

LXXX
Campagne

Le soir meurt
comme un humble foyer qui s'éteint.

Là-bas, sur les montagnes,
il reste quelques braises.
Et cet arbre brisé sur le chemin tout blanc
fait pleurer de pitié.

Deux branches sur le tronc blessé, et une
feuille fanée et noire sur chaque branche !

Tu pleures ?... Entre les peupliers d'or,
au loin, l'ombre de l'amour t'attend.

(Humour, fantaisies, notes)


IV
La mort de l’enfant blessé

À nouveau dans la nuit... C'est le marteau
de la fièvre aux tempes bien bandées
de l'enfant. - Mère, l'oiseau jaune !
Les papillons noirs et mauves !

- Dors, mon enfant. - Auprès du lit, la mère
serre la petite main -. Oh ! fleur de feu !
Qui te glacera, fleur de sang, dis-moi ?
Dans la pauvre chambre une odeur de lavande ;

dehors, la lune ronde qui blanchit
le dôme et la tour de la ville assombrie.
Un avion invisible bourdonne.

- Dors-tu, oh ! douce fleur de mon sang ?
Un cliquetis de vitre la fenêtre.
- Oh ! froide, froide, froide, froide !

Poésies de la guerre (1936-1939)

XLV

Mourir...tomber comme une goutte
de la mer dans la mer immense ?
Ou être ce que jamais je n'ai été :
seul sans ombre et sans songe,
un solitaire qui s'avance
sans chemin et sans miroir ?

(Proverbes et chansons)

XXIX

Voyageur, le chemin
sont les traces de tes pas
c'est tout ; voyageur
il n'y a pas de chemin
le chemin se fait en marchant.
Le chemin se fait en marchant
et quand on tourne les yeux en arrière
on voit le sentier que jamais
on ne doit à nouveau fouler.
Voyageur, il n'est pas de chemin,
rien que des sillages sur la mer
(Proverbes et chansons)

(Traduction Gallimard)

Toi qui voyages, ce que tu crois être le chemin
ne sont que tes pas
rien d'autre
Toi qui voyage, de chemin il n'y a
le chemin naît en marchant
le chemin c'est tes pas qui le font
et lorsque tu te retournes
tu peux voir la sente
que plus jamais tu n'auras le droit de prendre
Toi qui voyage, de chemin il n'y a
rien de plus que des traces sur la mer

(adaptation personnelle)

... L’œil que tu vois n’est pas œil parce que tu le vois, il est œil parce qu’il te voit.… Ta vérité ? Non la Vérité, et viens avec moi la chercher. La tienne, garde-la pour toi.… Dans ma solitude j’ai vu clairement des choses qui n’étaient pas vraies.… Je crus mon foyer éteint et je remuai la cendre … Je me brûlai la main. …

« …rien ne semble nous conseiller la défense de la culture en tant que privilège de caste, la considérer comme un départ d’énergie fermé et oublier qu’en fin de compte, le propre de toute énergie est de se répandre… Dans le pire des cas, car il faut penser, d’accord avec la plus évidente apparence, que le spirituel est essentiellement réversible et ne se dégrade ni ne se dissipe à se propager, mais au contraire s’accroît. .Je vous dis ceci, afin que vous ne vous tourmentiez pas trop si les masses, les pauvres déshérités de la culture avaient la folle ambition de s’éduquer et l’insolence de se procurer les moyens de le faire. »

Proverbes et chansons (CXXXVI)

Jamais je n'ai cherché la gloire
Ni voulu dans la mémoire
des hommes
Laisser mes chansons
Mais j'aime les mondes subtils
Aériens et délicats
Comme des bulles de savon.
J'aime les voir s'envoler,
Se colorer de soleil et de pourpre,
Voler sous le ciel bleu, subitement trembler,
Puis éclater. (I)

...À demander ce que tu sais
Tu ne dois pas perdre ton temps
Et à des questions sans réponse
Qui donc pourrait te répondre ? (VIII)

...Chantez en cœur avec moi :
Savoir ? Nous ne savons rien
Venus d'une mer de mystère
Vers une mer inconnue nous allons
Et entre les deux mystères
Règne la grave énigme
Une clef inconnue ferme les trois coffres
Le savant n'enseigne rien, lumière n'éclaire pas
Que disent les mots ?
Et que dit l'eau du rocher? (XV)

Champs de Castille
CXXIII

Une nuit d'été
- la porte et la fenêtre
de ma maison étaient ouvertes
la mort entra dans ma maison
De sa couche elle s'approcha
- sans même me regarder,
de ses doigts très fins
elle brisa
une chose si ténue
Muette et sans me regarder
la mort passa de nouveau
devant moi. Qu'as-tu fait ?
La mort ne répondit pas.
Ma petite fille demeura tranquille,
mon cœur plein de douleur.
Ah ! ce que la mort a brisé
était un fil entre nous deux!

http://www.at-ethno.com/autorisation/2013/08/le-chemin-se-fait-en-marchant-antonio-machado.html

http://www.collioure.net/files/dynamic/php/art.php?contenu=machado

http://blogs.rue89.nouvelobs.com/oelpv/2014/05/30/antonio-machado-cimetiere-66190-collioure-232996

https://fr.wikipedia.org/wiki/Antonio_Machado

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