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Zeno Bianu Bleu Klein

BLEU KLEIN "Un jour tu es entré dans le bleu comme on pénètre dans la vraie vie tu es entré dans le bleu tu as fait le pari de l’immensité et ce fut comme un sésame un passage sur l’autre versant du miroir ce ciel qui emplissait tout la respiration des galaxies la cadence des univers le souffle magnétique de la Grande Ourse un jour tu es entré dans le bleu pour n’en plus jamais revenir ce bleu ardent électrique invulnérable tu t’es plongé dans un bain d’indigo au centre de l’horizon pour voir tout en bleu ligne de ciel ligne de coeur pour te faire la belle la belle bleue avec tes pinceaux vivants l’intensité l’intensité l’intensité pour devenir bleu d’émotion découvrir ce lâcher de ballons bleus au fond du cœur ce saut dans la poésie où la création recommence à chaque instant où l...

Achille Chavee

SPECIAL - Achille Chacée La brigade internationale à Jean Bastien. Mon cœur veine ou déveine aura des ailes dans les montagnes et dans la plaine des hommes meurent pour la liberté L'oiseau parle une langue inconnue il n'a jamais pensé à la chance mais la chance est pour lui dans les chansons mêmes de la peur la vie n'est qu'un signe pour ceux qui meurent dans la nuit trahis par la clarté lunaire par les regards obstinés du soleil Il y parfois un homme qui vient d'Albanie il parle de la liberté comme d'un sein de marbre il y a des hommes qui viennent des villages perdus ils parlent de la liberté comme d'une source pure il y a d'autres hommes qui viennent des montagnes ils en parlent par signes et par silences durs il y a des hommes aussi qui viennent de n'importe où aux comparaisons obscures et justes il y a les hommes simples les hommes qui boivent et les hommes qui ne boivent jamais qui confonden...

Main verte ... Terrarium

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Micro univers

Henri Michaux - Avenir

"Vous qui connaîtrez les ultra-déterminants de la pensée et du caractère de l'homme, et sa surhygiène qui connaîtrez le système nerveux des grandes nébuleuses qui serez entrés en communication avec des êtres plus spirituels que l'homme, s'ils existent qui vivrez, qui voyagerez dans les espaces interplanétaires, Jamais, Jamais, non JAMAIS, vous aurez beau faire, jamais vous ne saurez quelle misérable banlieue c'était que le Terre. Comme nous étions misérables et affamés de plus Grand. Nous sentions la prison partout, je vous le jure. Ne croyez pas nos écrits (les professionnels, vous savez...) On se mystifiait comme on pouvait, ce n'était pas drôle en 1937, quoiqu'il ne s'y passât rien, rien que la misère et la guerre. On se sentait là, cloué dans ce siècle, Et qui irait jusqu'au bout? Pas beaucoup. Pas moi... On sentait la délivrance poindre, au loin, au...

Boileau - L'art poétique

L'Art poétique de Boileau http://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Art_po%C3%A9tique "Fuyez de ces auteurs l’abondance stérile, Et ne vous chargez point d’un détail inutile. Tout ce qu’on dit de trop est fade et rebutant ; L’esprit rassasié le rejette à l’instant. Qui ne sait se borner ne sut jamais écrire (...) Heureux qui, dans ses vers, sait d’une voix légère Passer du grave au doux, du plaisant, au sévère ! (...) Prenez mieux votre ton, soyez Simple avec art, Sublime sans orgueil, agréable sans fard. (...) Fuyez des mauvais sons le concours odieux : Le vers le mieux rempli, la plus noble pensée Ne peut plaire à l’esprit, quand l’oreille est blessée. (...) Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, Et les mots pour le dire arrivent aisément. (...) Hâtez-vous lentement, et, sans perdre courage, Vingt fois sur le m...

Gérard Le Gouic - De quoi sera faite la nuit

Gérard Le Gouic - De quoi sera faite la nuit ? De quoi sera faite la nuit ? Je m’en vais solitaire au bras de mon parapluie. Un chat noir et malin sort d’un pommier en fleur et coupe mon chemin. De quoi sera faite la nuit ? La femme qui m’aimait sur les épaules m’a lancé sa haine et son balai et comme une casserolée d’eau sur la nuque le sang déjà fané de sa blessure. De quoi sera faite la nuit si elle n’est plus la forêt où l’on pouvait s’étendre dans des cabanes de ténèbres ?

ALICIA SUSKIN OSTRIKER - Les Vieillards

ALICIA SUSKIN OSTRIKER - Les Vieillards La bonté des vieillards me semble Incommensurable, indicible. Mon grand-père, le plus lointain de tous, joue aux échecs Face à de studieux socialistes yiddish au Paradis Auquel il ne croit pas ; il attend Que je me précipite sur ses genoux Pour écouter « L’histoire de celui qui allait De lieu en lieu ». Il a traversé l’Europe À pied jusqu’à Londres, s’est embarqué Pour la goldeneh medina. Mon autre grand-père, Dans son fauteuil marron près du piano, Interdit de parole par sa femme, Sourire timide et yeux brillants comme les fenêtres D’un village de Lituanie le vendredi soir, Attend lui aussi. Il y a Franck, un Irlandais Tailleur d’arbustes dans les jardins de la Cité, Qui m’appelle « Margaret O’Brien » à cause de mes nattes Et me prête ses cisailles. Et, enfin, les amis de mon pè...

SYLVIA PLATH - Mort-nés

SYLVIA PLATH ^- Mort-nés (1960) Les poèmes ne vivent pas ; c’est leur triste destin, Bien qu’ils aient des orteils et des doigts Et de petits fronts bombés. Leur mère les a couverts de p’tits soins Ils ne savent toutefois pas marcher. Ô je ne saurais dire ce qui leur est arrivé ! Leur silhouette et leurs traits ; tout est parfait. Ils s’assoient gentiment dans la saumure ! Et m’accueillent le sourire aux lèvres Hélas ! Leurs poumons ne se remplissent pas d’air Et leur cœur ne se met pas à battre. Ils ne sont pas des cochons, pas même des poissons, Quoiqu’ils leur ressemblent— اa aurait été mieux s’ils étaient en vie. Mais ils sont morts et leur mère affolée l’est presque aussi Ils la dévisagent, mais ne parlent jamais d’elle.

ALEJANDRA PIZARNIK - Arts invisibles

ALEJANDRA PIZARNIK - Arts invisibles « Toi qui chantes toutes mes morts, Toi qui chantes ce que tu ne livres pas au sommeil du temps, décris-moi la maison vide, parle-moi de ces morts habillés de cercueils qui habitent mon innocence. Avec toutes mes morts je me remets à ma mort, avec des poignées d’enfance, avec des désirs ivres qui n’ont pas marché sous le soleil, et il n’y a pas une parole matinale qui donne raison à la mort, et pas un dieu où mourir sans grimaces. »

Abstraction ~ Gabrielle Burel

Abstraction Espérer avec impatience  Se carapater Avec ferveur Être kamikaze À Madagascar Devenir corvéable Dans l'éclosion D'une pastourelle Sans faille Où l'ourlet de tes lèvres Sera la métaphore Du rien Moisir dans les haubans Avec les travailleurs Dans l'idée fugace Et laiteuse De lapider l'arabesque Ineffable pour exorciser Les ardeurs Et embesogner le cocotier D'un tour de manivelle Magouiller avec le marabout Naître décoller ululer Hâve cambriole À tayauter d'un fécondant Diagonal Coudre envisager Distraitement l'immobilisation Et par un insidieux marbrier Essanger le tombereau Chancreux de byssus Faisanderie De la fleur de thym Sans renaissance Gabrielle Burel 16518

PHILIPPE ROBERTS-JONES - PORTRAIT DU LIEU

PHILIPPE ROBERTS-JONES PORTRAIT DU LIEU Jamais plus c'est toujours un chemin qui s'éprouve le rejet d'un oiseau recherche un autre envol, dans ce besoin d'ailleurs qui se heurte et se brise aux volets, aux façades, dédale d'un discours où l'argument se fuit au croisement des phrases tout est détour, la ville et son enfermement, poursuivi de rumeurs, travaillé par les chiens par le chuintement gras du passage d'autrui ; et le jour ne s'éteint que pour d'autres réveils la ville et c'est soi-même, en séquence, en délire, la rongeuse ou fantasque, la dérobée, la folle qui se nourrit d'excès et de quelques reliques, de vitrine en sous-œuvre, on fait ou fait valoir La recherche de l'autre est la floraison d'être toute phrase est gésine une vague à venir et sans terme certain à la croisée des sens elle est graine porteuse et selon la rencontre elle sera ce fruit et sa propre semence ...

Birago Diop - Sagesse

Birago Diop - Sagesse Sans souvenirs, sans désirs et sans haine Je  retournerai au pays, Dans les grandes nuits, dans leur chaude haleine Enterrer tous mes tourments vieillis. Sans souvenirs, sans désirs et sans haine. Je rassemblerai les lambeaux qui restent De ce que j’appelais jadis mon cœur Mon cœur qu’a meurtri chacun de vos gestes ; Et si tout n’est pas mort de sa douleur J’en rassemblerai les lambeaux qui restent.    Dans le murmure infini de l’aurore Au gré de ses quatre Vents, alentour Je jetterai tout ce qui me dévore, Puis, sans rêves, je dormirai – toujours – Dans le murmure infini de l’aurore.

Anna Akhmatova - Les poèmes

Les poèmes Ce sont des extraits d'insomnies, C'est le noir des bougies tordues, C'est au matin le premier son De blancs carillons par centaines... C'est la tiédeur d'un appui de fenêtre Sous la lune de Tchernigov, Ce sont des abeilles, c'est un mélilot, C'est la poussière, et l'ombre et la touffeur. Anna Akhmatova - Requiem : Poème sans héros et autres poèmes

Unica Zürn - L'esprit hors de la bouteille

Unica Zürn – L’esprit hors de la bouteille Traduction de Ruth Henry et Robert Valançay Sors de la bouteille ! Il vaincra celui qui hors de la bouteille Salue comme une plume. Ah ! Grand aigle de mer, fraîcheur, ô Toi jour ! L’esprit sorti de la bouteille t’interroge. Qu’il lise cela, terrifiant le noble, l’horreur t’a saisie. Rocher des branches, dis, cela bruit. Les champs — quand le feu bougea resta la terre. Fraîcheur de la rosée. La soif : plumage. Cendre de verre pêchait le poison de la terre. Qu’elle crépite, qu’elle parle par la bonne flaque du tonneau celle qui dévora la dépouille de la druidesse déclara l’esprit de la bouteille. Dis-le par la lumière de la plume. Ecoule-toi jour de frissons....

Bukowski - Le génie de la foule

Charles Bukowski – Le Génie de la foule l y a assez de traîtrise, de haine, de violence, D’absurdité dans l’être humain moyen Pour approvisionner à tout moment n’importe quelle armée Et les plus doués pour le meurtre sont ceux qui prêchent contre Et les plus doués pour la haine sont ceux qui prêchent l’amour Et les plus doués pour la guerre – finalement – sont ceux qui prêchent la paix Méfiez-vous De l’homme moyen De la femme moyenne Méfiez-vous de leur amour Leur amour est moyen, recherche la médiocrité Mais il y a du génie dans leur haine Il y a assez de génie dans leur haine pour vous tuer, pour tuer n’importe qui Ne voulant pas de la solitude Ne comprenant pas la solitude Ils essaient de détruire Tout C...