Norge 1898 - 1990








Je pullule
Je grouille, je fuse, j’abonde,
J’éclos, je germe, je racine,
Je ponds, j’envahis, je réponds.
Je me double et puis me décuple.
Je suis ici, je suis partout,
Dedans, dehors et au milieu
Dans le sec et dans le liquide
Comme je suis au fond du fer,
Du bois, de l’air et de la chair.

J’ai beau m’annuler, inutile :
Je reviens toujours par-delà,
Je serpente et je papillonne,
J’enfante, fourmille et crustace,
Je me fourre dans toute race
Pullule, fermente et m’empêtre.
Le néant ne veut pas de moi
Et je lutte à mort avec la
Difficulté de ne pas être.


Géo NORGE, Le Stupéfait, Gallimard.

 Sur la pointe
Tu crois que c’est gai de vivre nu,
Tout nu sur la pointe d’une aiguille
Avec tout ce vide autour de soi
Avec tout ce creux dans les poumons,
Tout nu sur la pointe d’une aiguille
Sans un grain de sable pour s’asseoir
Et sans un nuage pour dormir,
Sans une chanson dans les oreilles
Tout nu sur la pointe d’une aiguille
Avec tout ce froid, ce froid, ce froid
Et ce ciel muet sur les épaules,
Tu crois que c’est gai de vivre mort
Dans l’abîme d’être et ne pas être,
Debout sur la pointe d’une aiguille ?
Géo NORGE, Le Stupéfait (Gallimard)

"Excusez-moi, messieurs, j'étais venu pour vivre,
Mais c'est trop demander. Je tire mon chapeau
Et je n'insiste pas ; j'ai mal compris les livres
Où l'on enseigne l'art d'être bien dans sa peau

Évidemment mon cœur n'entendant qu' à demi
Les ombrageux conseils de la philosophie,
J'avais trop d'amitié pour avoir des amis
Et j'avais trop d'amour pour être aimé des filles.

Chut! Je pars poliment sans déranger personne.
On trouvera l'argent du gaz et des impôts
Sur ma table de nuit. Et surtout qu' on ne donne
À l'affaire aucun bruit, je suis sourd comme un pot"
Norge - Eux les anges 


Boucherie

Dans la boucherie ombragée
Par d’opulents morceaux de bœuf
Officie un prêtre tout veuf.
Son épouse d’ailleurs âgée
Étant morte depuis le neuf Courant,
un vendredi par chance.
Et lui, prince de la balance,
Jette bien rouges sur ce trôneDigne aloyau, rognons béjaunes
Et les grandes langues aphones
Les cervelles conjecturales
Aux florescences sous-marines
Et la tête de veau très pâle
Mais un peu plus rose aux narines.
La date du jour fiancée
Aux œillets du comptoir parmiLes doux cressons et les pensées
De la clientèle d’ici
Sont bien présents dans ce récit.
Et quel beau ressac pour l’esprit
De ce boucher triste qui songe
Entre tous ses coups de hachoir
Au sort de la chair, de déchoir ;
Tandis que tombe un peu le soir
Et que feu la bouchère plonge
Son récent fantôme au milieu
De ces fantômes demi-dieux
Qui hantent dans la boucherie
Leurs sanglantes allégories.
Géo NORGE, Famines,
(Robert Laffont)

http://www.sculfort.fr/articles/litterature/poemes/poesiebelge.html

http://www.poemes.co/geo-norge-georges-mogin.html

https://laboucheaoreilles.wordpress.com/2012/07/12/trois-petits-recueils-de-norge/

http://www.florilege.free.fr/florilege/norge/

http://pierresel.typepad.fr/la-pierre-et-le-sel/2012/01/norge-un-po%C3%A8te-de-la-belgitude.html

http://textespretextes.blogs.lalibre.be/archive/2014/02/19/norge-poete-d-a-1124754.html

http://nouvellerevuemoderne.free.fr/geo_norge.htm

http://francais.agonia.net/index.php/author/0036853/G%C3%A9o_Norge

http://www.poesie.net/norge2.htm

https://fr.wikipedia.org/wiki/Norge_%28po%C3%A8te%29

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