Écrire... Charles Juliet



'Ecrire…


Ecrire. Ecrire pour obéir au besoin que j’en ai.


Ecrire pour apprendre à écrire. Apprendre à parler.


Ecrire pour ne plus avoir peur.


Ecrire pour ne pas vivre dans l’ignorance.


Ecrire pour panser mes blessures. Ne pas rester prisonnier de ce qui a fracturé mon enfance.


Ecrire pour me parcourir, me découvrir. Me révéler à moi-même.


Ecrire pour déraciner la haine de soi. Apprendre à m’aimer.


Ecrire pour surmonter mes inhibitions, me dégager de mes entraves.


Ecrire pour déterrer ma voix.


Ecrire pour me clarifier, me mettre en ordre, m’unifier.


Ecrire pour épurer mon œil de ce qui conditionnait sa vision.


Ecrire pour conquérir ce qui m’a été donné.


Ecrire pour susciter cette mutation qui me fait naître une seconde fois.


Ecrire pour devenir toujours plus conscient de ce que je suis, de ce que je vis.


Ecrire pour tenter de voir plus loin que mon regard ne porte.


Ecrire pour m’employer à devenir meilleur que je ne suis.


Ecrire pour faire droit à l’instance morale qui m’habite.


Ecrire pour retrouver – par delà la lucidité conquise – une naïveté, une spontanéité, une transparence.


Ecrire pour affiner et aiguiser mes perceptions.


Ecrire pour savourer ce qui m’est offert. Pour tirer le suc de ce que je vis.


Ecrire pour agrandir mon espace intérieur. M’y mouvoir avec toujours plus de liberté.


Ecrire pour produire la lumière dont j’ai besoin.


Ecrire pour m’inventer, me créer, me faire exister.


Ecrire pour soustraire des instants de vie à l’érosion du temps.


Ecrire pour devenir plus fluide. Pour apprendre à mourir au terme de chaque instant. Pour faire que la mort devienne une compagne de chaque jour.


Ecrire pour donner sens à ma vie. Pour éviter qu’elle ne demeure comme une terre en friche.


Ecrire pour affirmer certaines valeurs face aux égarements d’une société malade.


Ecrire pour être moins seul. Pour parler à mon semblable. Pour chercher les mots susceptibles de le rejoindre en sa part la plus intime. Des mots qui auront peut-être la chance de le révéler à lui-même. De l’aider à se connaître et à cheminer.


Ecrire pour mieux vivre. Mieux participer à la vie. Apprendre à mieux aimer.


Ecrire pour que me soient donnés ces instants de félicité où le temps se fracture, et où, enfoui dans la source, j’accède à l’intemporel, l’impérissable, le sans-limite.'


[Charles Juliet ; extrait de « Ecrire », dans Il fait un temps de poème, anthologie d’Yvon Le Men, Filigranes éditions, 1996.]

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