Coup de foudre Ils sont tous deux convaincus d’être unis par un sentiment inattendu. C’est beau, une telle certitude mais l’incertitude est plus belle encore. Ils ne se connaissaient pas avant, et ils croient qu’il ne s’est jamais rien passé entre eux. Mais qu’en pensent les routes, les marches, les couloirs, où depuis longtemps ils pouvaient se croiser? Je voudrais leur demander s’ils se souviennent – d’un face à face, un jour peut-être dans une porte à tambour? un « excusez-moi » dans la foule? un « vous avez fait un faux numéro » dans le combiné? – mais je connais la réponse. Non, ils ne se souviennent pas. Ils seraient très surpris d’apprendre que depuis longtemps déjà le hasard jouait avec eux. Pas encore tout à fait prêt à se changer en destin, il les rapprochait, les éloignait, leur coupait la route et, étouffant un petit rire, s’écartait d’un bond. Il y eut des signes, des signaux, indéchiffrables, mais peu importe. Il y a tr...
Pierre REVERDY Toi ou moi Endormi dans cette chambre Il n’ose se réveiller La peur ferme son rêve noir Et ses membres Ne peuvent plus le soutenir Je t’abandonne il faut partir Si l’on n’aime bien que soi-même Je te laisse parce que je t’aime Et qu’il faut encore marcher Un jour nous nous retrouverons peut-être Où se croisent les souvenirs Où repassent les histoires d’autrefois Alors tu reviendras vers moi Nous pourrons rire Un espoir à peine indiqué Sous le vent une plainte amère La voix qui pourrait me guider A mon approche va se taire Dans la rue bordée de chansons Qui jaillissaient par les fenêtres Au coin des dernières maisons Nous nous regardions disparaître In Sources du vent. Gallimard, 1971. (Poésie).
TOUJOURS Je ne suis point jaloux de ce qui m'a précédé. Viens avec un homme ancré à tes pas, viens avec cent hommes dans ta chevelure, viens avec mille hommes entre ta poitrine et tes pieds, viens comme le fleuve chargés de noyés et découvrant la mer furieuse, l'écume éternelle, le temps ! Viens avec eux tous là où je t'attends : nous serons toujours seuls, il n'y aura toujours que toi et moi seuls sur la terre pour commencer la vie ! Pablo Neruda Vingt poèmes d'amour et une chanson désespérée
XVIII Tristesse aux flots de pierre. Des lames poignardent des lames. Des vitres cassent des vitres Des lampes éteignent des lampes Tant de liens brisés. La flèche et la blessure L'oeil et la lumière L'ascension et la tête. Invisible dans le silence. Eluard - L' amour la poésie
Tout dire Le tout est de tout dire, et je manque de mots Et je manque de temps, et je manque d'audace Je rêve et je dévide au hasard mes images J'ai mal vécu, et mal appris à parler clair. Tout dire les roches, la route et les pavés Les rues et leurs passants les champs et les bergers Le duvet du printemps la rouille de l'hiver Le froid et la chaleur composant un seul fruit Je veux montrer la foule et chaque homme en détail Avec ce qui l'anime et qui le désespère Et sous ses saisons d'homme tout ce qui l'éclaire Son espoir et son sang son histoire et sa peine Je veux montrer la foule immense divisée La foule cloisonnée comme un cimetière Et la foule plus forte que son ombre impure Ayant rompu ses murs ayant vaincu ses maîtres La famille des mains, la famille des feuilles Et l'animal errant sans personnalité Le fleuve et la rosée fécondants et fertiles La justice debout le pouvoir bien planté Paul Eluard
Après-guerres Jours heureux Des après-guerres Intermèdes frénétiques Au bal costumé de l’Histoire Quand la Paix enfin reconquise Rétablit dans son plein droit Le bonheur enfantin de vivre Quand le Mal Trop mal enchaîné Gît sous les pieds de la Paix Aux yeux éternellement tristes. Jacques LUCCHESI
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