Rafael Alberti 1902 - 1999





MARIN A TERRE  (1924)

Chaque fois que je rêve aux plages,
je les rêve seules, ma vie.
... Avec peut-être un matelot ...
aussi peut-être un petit foc,
lointain, au-dessus d'une coque ...

(Haute mer)

La mer, qui veille sans sommeil.
Saint Elme, qui veille au-dessus.
Moi, dans la rade, avec mes rames.
Et le vent de la baie,
sans ombre, qui syllabe.

(Clair de lune)

Je suis né pour être marin
et non pour être là cloué
au tronc d'un arbre.

Donnez-moi un couteau.

Enfin, je m'en vais en voyage !
- Mer ou lune ? Ou sierra peut-être ?
- Je ne sais ! Nul ne le sait !

Donnez-moi un couteau.
(Songe)

III
Jour de gros temps

Vierge qui sur les eaux rames, le jour déjà
point, toute blancheur, sur les sanglots de la mer !
Et contre mon étrave à demi engloutie
le dogue de la houle s'acharne, rageur.

Ma barque, maintenant sans barre, caracole
dans le tourbillon gris, tumultueux, des hasards.
Laisse de ses autels s'éloigner ton pied nu
et que cette mer noire retrouve ses flots verts.

Permets que mes mains palpent l'hameçon parfait
- mais oui, ton scapulaire, ô Vierge du Carmel,
et puisque tu le peux, fais de moi un dauphin ...

Pour que sur mes épaules, en nageant, je t'emporte
vers les grottes les plus profondes du poisson,
là où jamais n'arrivent nasses ni filets;



Pour quelles oreille, ma galère,
cette chanson, pour quelle oreille ?

Ô fin boucaro de la mer,
porosité de bleu salé,
qui pourrait, dis-moi, te briser !

(Triduum de l'aube)

I
L'aube, vers l'aube,
un vert et clair aspidistra.

Si je m'échappais, si j'allais
à la mer chercher du genêt ... !

Du genêt pour un vase,
mon vase, là, sans eau ;
pour l'autel outremer
de mon costume marin
pour ...

Vite à la plage
pour chercher des genêts salés !

III

La mer, venue du Port,
toute noire s'en va.
Sais-tu où elle va ?
Mais non, mais non !

Blanche, bleue, émeraude,
s'en revient et s'en va.
Sais-tu où elle va ?
Mais oui, mais oui !


Soleil noir.

D'une mer, d'une mer morte,
poussée par un vent de malheur.

Caravelle noire,
lourde, engloutie sous les squelettes.

Mer noire.



(Illusion)

Gardien du feu, je suis perdu
et ton fanal ne brille plus !
Nroît. Rien que l'obscurité
dans le ciel : tu t'es endormi !

Il s'est endormi, le gardien
du feu . Personne, à l'arsenal,
n'a voulu, non, trancher son rêve !
Oh ! cours et vole, vent marin,
et confie à quelque marin
que là-bas le phare est éteint !

(Le pilote perdu)

Chaque nuit, je te vois
tenture qui s'accroche
au tournesol du rêve.

Sur celle-ci des voiles
qui semblent des mouchoirs
s'agitent pour me dire
adieu, à moi qui dors.



Pouvoir chevaucher, chevaucher
l'écume bleue de la mer !

D'un bond,
pouvoir chevaucher la mer !

Arrache, vent, mes vêtements !
Jette-les, vent, à la mer !

D'un bond,
je veux chevaucher la mer.

Amarre-moi à tes cheveux,
crinière des vents de la mer !

D'un bond,
je veux conquérir la mer .



Si je suis né homme des terres,
si je suis né homme de mer,
pourquoi me retenir ici,
si je n'aime pas cet ici ?

Mais un beau jour tu apprendras,
ville qui jamais ne m'a plu,
mais un beau jour tu apprendras
- silence ! - que j'ai disparu.



Si ma voix à terre mourait,
portez-là au bord de la mer
et sur la rive laissez-la;

Portez-la au bord de la mer
et capitaine nommez-la
à bord d'un blanc vaisseau de guerre.

Ô ma voix toute décorée
des insignes de la marine :
avec une ancre sur le coeur,
avec une étoile sur l'ancre,
avec la brise sur l'étoile
et sur cette brise une voile !

(Mer)

L'AMANTE (1925)

Aranda de Duera

Vite, debout !
Puisque du Duero le courant
va si rapide et que le vent
a pulvérisé son sommeil.

Ma barque !
Debout, vite !

D'Aranda de Duero
à penaranda de Duero

Ô Castillans de la Castille
vous n'avez jamais vu la mer !

Ouvrez l'oeil, car dans ces prunelles
du Sud et dans cette chanson
toute la mer, je vous l'apporte !

Regardez-moi : passe la mer !
 (Nuit)

Clunia

Assieds-toi parmi ces gradins
et regarde la mer - les champs
de Castille.

Ici fredonne la couleuvre
sous le crachat vert du lézard
et le vent fendille les pierres
en remuant, enfoui, les chardons.

(Ruines)

Arrachez-moi tous les cheveux,
braquez sur moi comme un opprobe
vos doigts !

Ne vous déplaise, la verrai.

Dans les yeux jetez-moi du sable,
faites-moi perdre la parole
et fendez-moi le corps en deux
d'un coup de hache !

Ne vous déplaise, la verrai.

Oui, je verrai la mer du nord
et, sans plus tarder, je mourrai.



La vache. Et pour l'instant encore
le vert du pré.

Mais bientôt le vert de la mer,
l'écaille bleutée du poisson,
le vent de la baie
et une rame pour ramer.


De Lando
à Castro Urdiales

Le vent du large grimpe,
s'arrête et chante sur mon épaule,
merle de mer,
qui ne repart.

Je ne sais ce qu'il peut chanter.
Dis-le moi, vent du large,
alcyon de mer.

Et le vent du large s'enfuit,
revient, se clôt sur mon épaule,
dahlia de mer,
qui ne repart.


(Vers les rivages du nord)

L' AUBE DE LA GIROFLEE (1925 - 1926)

1 La giroflée blanche

La Bohémienne
I
J'aimerais pour vivre et mourir
n'avoir jamais que les chemins.
Laisse-moi vivre et mourir. Laisse
mon rêve rouler avec toi
au grand soleil ou sous la lune
dans ta roulotte verte, verte !

Cri de Marchand

Qui veut mes nuages en couleurs,
mes nuages ronds et bariolés
qui adoucissent les chaleurs ?

Qui veut de mes cirrus violets
et roses ? Qui, de mes aurores
et de mes crépuscules d'or ?
Qui veut de mon jaune Vesper
cueilli à la branche émeraude
du plus céleste des pêchers ?
Je vous vends aussi neige et flamme,
et même le cri du marchand !

Annonce publique

Allumez vos balcons !
Eteignez les quinquets
de vos porches ! La lune
vient vendre des amours
bleus, roses, rouge vif !

Restez dans vos maisons !
Sortez à vos balcons
acheter de l'amour,
la lune vous en vend !

2 La giroflée noire

Tour d'Iznajar
...
- Qui gémit vers le sud, amie ?
- l'air qui a perdu le sommeil
...

3 La giroflée verte

Le marin oublié
...
Le soleil, dans les dunes.
Et le sable, brûlant.
Je cherche sur la plage
un coquillage vert

Sur les vagues, la lune.
Et le sable, mouillé.
Je cherche sur la rive
un coquillage blanc.



Ce bateau qui va et qui vient
avec la lune.

Quel sentier de parfum,
chaque fois qu'il va et qu'il vient
avec la lune !

- Gente lune, qu'a-t-il à bord
chaque fois qu'il va et qu'il vient
avec la lune ?

- Des jardins de lys et d’œillets,
avec la lune.

La lionne
...
Comme un taureau, bondit la mer
estoquée d'un coup sur le sable.
...


La Petite sirène chrétienne

...
II
Me confesser !
Cette nuit, pour toi, j'ai volé
une étoile, à la mer tombée !
...

Adieu

Qui pourrait penser, qui dirait
ce que tu dis !

- Je suis si lasse de mourir
dans ces mers, moi, la marinière,
que de ces mers je partirais
pour m'en aller vivre sur terre !

Ce que tu dis, qui le dirait ...
sans partir !


http://www.recoursaupoeme.fr/critiques/rafa%C3%ABl-alberti-marin-%C3%A0-terre/m-kronberger

http://www.poesie.net/alberti.htm

La mer. La mer.
La mer. Rien que la mer !

Pourquoi m'avoir emmené, père,
à la ville?

Pourquoi m'avoir arraché, père,
à la mer ?

La houle, dans mes songes
me tire par le coeur
comme pour l'entraîner.

O père, pourquoi donc m'avoir
emmené ?


El mar. La mar.
¿Por qué me trajiste, padre,
a la ciudad?
¿Por qué me desenterraste
del mar?
En sueños, la marejada
me tira del corazón.
Se lo quisiera llevar.
Padre, ¿por qué me trajiste
acá?
 

http://guesswhoandwhere.typepad.fr/carnets_de_poesie/albert_rafael/ 
Je porte en moi de nombreuses terrasses.
Les plus blanches s’allongent sur la mer,
Prêtes à voguer au soleil, emportant
Les draps sur leur fil en guise de voiles.
D’autres donnent sur les champs. Oui, mais l’une
S’ouvre sur l’amour seul, face aux montagnes.
Et celle-là revient toujours.

http://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2011/02/rafael-alberti-ballade-du-silence-craintif.html

http://www.republique-des-lettres.fr/10445-rafael-alberti.php

http://www.spainisculture.com/fr/artistas_creadores/rafael_alberti.html

http://www.camino-latino.com/spip.php?rubrique37 

http://www.liberation.fr/culture/1999/10/29/il-est-mort-le-poete-andaloule-populaire-rafael-alberti-avait-ete-l-ami-de-bunuel-et-de-lorca_287512 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Rafael_Alberti

Articles les plus consultés

Alain Bosquet 1919 1998

Ce qu'il faut - Supervielle

Neruda Ode à un albatros voyageur

Henri Pichette 1924 - 2000

Anna de Noailles 1876 1933

Toussaint - Verlaine

Parce que ~ Gabrielle Burel