Tomas Tranströmer 1931 2015




Soir -Matin
Le mât de la lune est pourri et la voile froissée.
Une mouette plane ivre par-delà les eaux.
Le lourd carreau de l'embarcadère a été calciné. Les ronces s'affaissent dans l'obscurité.

Je sors de la maison. L'aube frappe encore et encore les barrières de pierre grise de la mer et le soleil crépite au plus près du monde. Les dieux de l'été à moitié étranglés, tâtonnent dans les brumes marines.

Méditation indignée

La tempête furieusement fait tourner les ailes du moulin dans la nuit, et elle moud le néant. - Telles sont les lois qui t'ôtent le sommeil.
Le centre du requin gris est ta pâle lanterne.

Les souvenirs diffus tombent jusqu'au fond de l'océan pour s'y figer en statues singulières.- Les algues ont verdi ta béquille. Ceux qui partent
en mer
reviennent pétrifiés.


Les pierres

Les pierres que nous avons jetées, je les entends
tomber, cristallines, à travers les années. Les actes
incohérents de l'instant volent dans
la vallée en glapissant d une cime d'arbre
à une autre, s'apaisent
dans un air plus rare que celui du présent, glissent
telles des hirondelles du sommet d'une montagne
à l'autre, jusqu'à ce qu'elles
atteignent les derniers hauts plateaux
à la frontière de l'existence. Où nos
actions ne retombent
cristallines
sur d'autres fonds
que les nôtres.

 Cohésion

Voyez cet arbre gris. Le ciel a pénétré
par ses fibres jusque dans le sol -
il ne reste qu'un nuage ridé quand
la terre a fini de boire. L'espace dérobé
se tord dans les tresses des racines, s'entortille
en verdure. - De courts instants
de liberté viennent éclore dans nos corps, tourbillonnent
dans le sang des Parques et plus loin encore.

17 Poèmes 1954

Il suffit de fermer les yeux pour entendre distinctement que les mouettes font tinter les cloches dominicales au-dessus des paroisses infinies de l'océan.
Une guitare pince la corde des ronces et le nuage avance

doucement comme le fait la luge verte du printemps
- où est attelée la lumière hennissante-
qui arrive en glissant sur les glaces.

Secrets en chemin  1958

 
Lamento
Il a posé son stylo.
Qui repose paisiblement sur la table.
Qui repose paisiblement dans le vide.
Il a posé son stylo.

Trop de choses qu'on ne peut écrire ni passer sous silence !

Ciel à moitié achevé 1962

 http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/transtromer/transtromer.html

 http://www.la-croix.com/Culture/Livres-Idees/Livres/Choix-de-poemes-de-Tomas-Transtroemer-_NG_-2011-10-06-720231
C’était avant le temps des poteaux télégraphiques.
Mon grand-père était jeune pilote côtier. Il inscrivait dans son carnet les bateaux qu’il pilotait — noms, destinations, tirants d’eau. Quelques exemples de 1884 : Vap. Tiger Capit. Rowan 16 pieds Hull Gefle Furusund Brick Ocean Capit. Andersen 8 pieds Sandefjord Hernösand Furusund Vap. St Pettersburg Capit. Libenberg 11 pieds StettinLibau Sandhamm
Il les amenait jusque dans la Baltique, à travers cet extraordinaire dédale d’îles et d’eau. Et ceux qui se rencontraient à bord et se laissaient porter, quelques heures ou quelques jours, par la même carcasse, à quel point faisaient-ils connaissance ? Dialogues en anglais mal orthographié, entente et mésentente mais si peu de mensonges conscients.
À quel point faisaient-ils connaissance ?
Quand la brume était épaisse : visibilité réduite, vitesse limitée. D’une enjambée, la presqu’île sortait de l’invisible et se tenait à proximité.
Un beuglement toutes les deux minutes. Les yeux lisaient droit dans l’invisible.
(Avait-il le dédale en tête ?)
Les minutes passaient.
Les fonds et les îlots remémorés comme des psaumes.
Et cette sensation d’être « là et nulle part ailleurs » qu’il fallait conserver, comme lorsqu’on porte un vase rempli jusqu’à ras bord et qu’on ne doit rien renverser.
Un regard jeté dans la salle des machines.
La machine compound, aussi robuste que le coeur humain, travaillait avec des gestes délicatement élastiques, acrobates d’acier, et des parfums montaient comme d’une cuisine.
Las de tous ceux qui viennent avec des mots, des mots mais pas de langage, je partis pour l'île recouverte de neige. L'indomptable n'a pas de mots. Ses pages blanches s'étalent dans tous les sens ! Je tombe sur les traces de pattes d'un cerf dans la neige. Pas des mots, mais un langage.
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Le vent a pénétré dans la forêt de pins. Un murmure pesant et léger.
La Baltique murmure aussi au milieu de l’île, au fond de la forêt nous voici en haute mer.
La Vieille femme haîssait le murmure des arbres. Son visage se fermait de mélancolie, chaque fois que la tempête se levait :
« Il nous faut penser à ceux qui sont là-bas, sur leurs bateaux. »
Mais elle entendait encore autre chose dans ce murmure, tout comme moi, nous sommes parents.
(Nous marchons côte à côte. Elle est morte depuis trente ans déjà.)
Le murmure dit oui et non, entente et mésentente.
Le murmure dit trois enfants bien portants, un au sanatorium et deux autres disparus.
Le grand courant d’air qui insuffle la vie à certaines flammes et qui en éteint d’autres.
Les circonstances.
Le murmure :  Délivrez-moi, Seigneur, les eaux me pressent l’âme.
On marche longtemps et on écoute et on arrive au moment où les frontières s’ouvrent
ou plutôt
où tout devient frontière. Une place découverte plongée dans l’obscurité. Des gens sortent groupés des bâtiments faiblement éclairés tout autour. Une rumeur.
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A deux heures du matin : clair de lune. Le train s’est arrêté
au milieu de la plaine. Au loin, les points de lumière d’une ville
qui scintillent froidement aux confins du regard.
C’est comme quand un homme va si loin dans le rêve
qu’il n’arrive à se souvenir qu’il y a demeuré
lorsqu’il retourne dans sa chambre.
Et comme quand quelqu’un va si loin dans la maladie
que l’essence des jours se mue en étincelles, essaim
insignifiant et froid aux confins du regard.
Le train est parfaitement immobile.
Deux heures : un clair de lune intense. Et de rares étoiles.
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DE LA MONTAGNE
Je suis sur la montagne et contemple la baie.
Les bateaux reposent à la surface de l'été.
« Nous sommes des somnambules. Des lunes à la dérive. »
Voilà ce que les voiles blanches me disent.
« Nous errons dans une maison assoupie.
Nous poussons doucement les portes.
Nous nous appuyons à la liberté. »
Voilà ce que les voiles blanches me disent.
J'ai vu un jour les volontés du monde s'en aller.
Elles suivaient le même cours ― une seule flotte.
« Nous sommes dispersées maintenant. Compagnes de personne. »
Voilà ce que les voiles blanches me disent.

(1) Traduit du suédois et préfacé par Jacques OUTIN, Avertissement de Kjell ESPMARK, Poésie/Gallimard n° 397, 384 p., 7,60 €

http://www.liminaire.fr/livre-lecture/article/poemes-de-tomas-transtromer

https://laquinzaine.wordpress.com/2011/10/06/tomas-transtromer-baltiques/

http://www.recoursaupoeme.fr/critiques/la-grande-%C3%A9nigme-tomas-transtr%C3%B6mer/pierre-tanguy

 http://remue.net/spip.php?article137

 http://terreaciel.free.fr/poetes/poetesttranstromer.htm

http://www.lemonde.fr/culture/article/2015/03/27/mort-du-poete-suedois-tomas-transtromer-prix-nobel-de-litterature-2011_4603004_3246.html
 http://www.liberation.fr/culture/2015/03/27/poesie-tomas-transtromer-extinction-du-nobel-suedois_1229726

http://fr.wikipedia.org/wiki/Tomas_Transtr%C3%B6mer

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