Jacques Dupin 1927 - 2012

" Ignorez-moi passionnément ! " 
Jacques Dupin - L'ordre du jour in Les Brisants

" Le temps rectifiera la trace de nos luttes,
Donnant une raison, un toit, à mes poussées de fièvre.

Je l'ai débusqué, combattu, pied à pied,
Etranglé dans chaque noeud,
Enfanté à chaque rupture.

Aujourd'hui nous faisons route ensemble
Comme le fleuve et le rideau de peupliers.

Les chiens qui dorment dans ma voix
Sont toujours des chiens enragés"
Jacques Dupin - Suite basaltique

" Ouverte en peu de mots,
comme par un remous, dans quelque mur,
une embrasure, pas même une fenêtre

pour maintenir à bout de bras
cette contrée de nuit où le chemin se perd,

à bout de froce une parole nue"
Jacques DUPIN - La nuit grandissante


"Quel rire
protègera l'extrême voyageur
contre l'ombre sienne, séduite, épouvantée
par une tache de soleil?
(...)
"De sa propre parole monstrueusement retournée
ils l'ont empalé sur la grille, - et la norme,
la puanteur de la norme
a fait le reste "
Jacques Dupin  - Chapurlat

" Je suivrai ce fil à condition qu'il casse

qu'il éclaire le nom détruit"
Jacques Dupin - Cassure de fond



 http://larepubliquedeslivres.com/jacques-dupin-corps-clairvoyant/



http://remue.net/spip.php?rubrique90
« DUPIN Jacques (né en 1927). Cofondateur en 1966 de la revue L’Ephémère avec Yves Bonnefoy, Paul Celan, Louis-René des Forêts, André du Bouchet, Michel Leiris et Gaëtan Picon, Jacques Dupin occupe une place majeure dans la poésie contemporaine dont son œuvre reflète depuis un demi-siècle les questionnements et les métamorphoses. Son écriture, d’une intensité souvent éprouvante et déconcertante, apparaît dominée par toutes les déclinaisons de la rupture. »
Valéry Hugotte, extrait de l’article du Dictionnaire des écrivains de langue française (Larousse, 2001).

http://pierresel.typepad.fr/la-pierre-et-le-sel/2013/01/jacques-dupin-la-po%C3%A9sie-comme-une-d%C3%A9chirure-.html
 La poésie comme une déchirure

Grand vent
Nous n’appartenons qu’au sentier de montagne
Qui serpente au soleil entre la sauge et le lichen
Et s’élance à la nuit, chemin de crête,
À la rencontre des constellations.
Nous avons rapproché des sommets
La limite des terres arables.
Les graines éclatent dans nos poings.
Les flammes rentrent dans nos os.
Que le fumier monte à dos d’hommes jusqu’à nous !
Que la vigne et le seigle répliquent
À la vieillesse du volcan !
Les fruits de l’orgueil, les fruits du basalte
Mûriront sous les coups
Qui nous rendent visibles.
La chair endurera ce que l’œil a souffert,
Ce que les loups n’ont pas rêvé
Avant de descendre à la mer.

In Gravir, 1963, repris dans Le corps clairvoyant, © Poésie/Gallimard, 1999, p 25



https://poesiemuziketc.wordpress.com/2012/11/05/jacques-dupin-poemes/ 

Telle douce

Telle douce et entêtante
à ma porte
l’odeur des brebis
les mêmes mots vont
et reviennent, les autres
jamais, les mêmes
s’aiguisent se lacent
et se perdent
dans la chair
dans le drap du mort
j’étais dieu dans le feuillage
la membrure de l’ordinateur
a mis le phallus en croix
tel le souffle expulsé
du mufle d’un taurillon
tel l’effritement du pied
dans la mer
.


Qui que quoi

Qui que quoi dont d’où
la cantilène expulsée
atteindrait le point
où se peut écrire
sans penser
il casse une lettre
il ébruite trois
la lettre cassée s’endort
quoi relire quoi
merveille
à l’instant de l’air
déchiré
et recommence ou commence
à ouvrir la boucle, à éreinter
la monture
à piaffer de rire
dans la glu du marigot
.


Le hautbois

Le hautbois de la béquille
je le serre
exorcisé de la peur
un mot dé-
scellé du bloc
bonheur de vivre à l’affût
d’être touché par l’infime
la route une autre montagne
blesse le mot
prend fin se sacrifie
demeure intouchée
du ciel
.


Le feu et la glace

Le feu et la glace
les ossements
étonnés de luire
de rire et de renoncer
théâtre assassin
têtes de chapitres
sous le couperet
Un dernier graillon
les jours sont comptés
le pilon s’active
dans le mortier
la pensée pulvérisée
tourne en rond
rond de fagots rond
de brasier
.

Avec quelques-uns

Avec quelques-uns
ou personne
si je dois je le fais
je ne dois rien je le fais
l’encre devient invisible
l’espace de l’écriture
une cage électrifiée
qui soude persécuteur
et persécuté
.

Le prisonnier

Terre mal étreinte, terre aride,
Je partage avec toi l’eau glacée de la jarre,
L’air de la grille et le grabat.
Seul le chant insurgé
S’alourdit encore de tes gerbes,
Le chant qui est à soi-même sa faux.
Par une brèche dans le mur,
La rosée d’une seule branche
Nous rendra tout l’espace vivant,
Etoiles,
Si vous tirez à l’autre bout.
.
Jacques Dupin

http://www.pol-editeur.com/index.php?spec=auteur&numauteur=64
Bibliographie


 http://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20121029.OBS7410/la-mort-de-jacques-dupin.html

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Dupin

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