Georges-Louis Godeau 1921 - 1999

"(Vigilance: "Nous nous croyions poètes à travers les torrents que nous écrivions. Un jour, tu changeas pour de petits ruisseaux, minces filets d'eau claire dont le scintillement m'étonna. J'en serrai mes vannes et depuis, sans relâche, nous surveillons la cote" in C'est comme ça) Il fallait que je change. Dès que j'eus trouvé cette nouvelle écriture, presque tous mes poèmes devinrent bons."
"La poésie, ce n'est pas un mystère. C'est l'émotion. C'est tout ce qui touche"
"La poésie, c'est comme l'oxygène, invisible, mais indispensable à la vie de l'homme. S'il n'y avait pas de poésie, les hommes mourraient. On ne la voit pas pourtant. Elle est fugace. On l'aperçoit quelques secondes (Le Guet: "La poésie est invisible mais elle a une odeur qui ne trompe pas. Un moment, quand on l'attend le moins, elle se risque. Toujours la même. Ne pas bouger surtout. Un crayon l'effraie.")
"Le poème ne doit pas être plus long que son émotion. Il ne faut pas habiller ses trouvailles.Mais les livrer à l'état brut (...) Sous n'importe quelle forme. Une seule condition: la charge poétique"
"Il suffit de savoir regarder pour obtenir une situation poétique.(...) Je suis toujours emballé quand je regarde. Je ne m'en lasse pas.
"Le but c'est la simplicité" 
" Ca va. J'existe. Ma vie est vide mais elle est pleine"
http://pdf.actualite-poitou-charentes.info/031/actu31janv1996_36-39.pdf
 


Georges-Louis Godeau, qui signait ses textes Georges-L. Godeau, est né à Villiers-en-Plaine (Deux-Sèvres) en 1921 et mort en 1999.
Ingénieur des travaux publics de 1943 à 1981, il a vécu près de Niort dans le Marais Poitevin.

Ses textes, généralement en prose, offrent très souvent des tableaux de la vie quotidienne, des choses vues et vécues, des hommes et des femmes au travail, avec leurs joies et leurs peines.
Sa poésie a été traduite en plusieurs langues, dont le japonais (plus de 500 poèmes), le russe, l'allemand et, plus récemment, l’Ukrainien.

Octogénaires

Ils ont oublié de mourir, ils n'ont rien vu, rien senti.Guillerets, ils se font des petits plats, ils dégustent des vins, ils font la sieste et, par beau temps, ils vont en forête pour marcher un peu sous les ombrages, ils se tiennent, comme des amoureux. Ils le sont. Leur sursis vient de là
(Après tout)

Quand les jours

Quand les jours ne se lèvent pas, que, le menton dans la main, ils s'appuient sur les créneaux du donjon pour réfléchir, comme s'ils préparaient un grand coup, par exemple de s'en aller définitivement,
quand le hasrad veut que l'on ait à cet instant tout le monde contre soi, le patron, la femme de ménage, le journal, le marchand de poisson,
il arrive qu'au bout d'un crayon mal taillé jaillissent des choses étonnament belles capables de réjouir le dernier ami qui vous reste.
Il est prudent de garder dans son gilet cette petite lumière qui vous aidera à passer les ombres, le temps que les jours changent d'avis, ce qu'ils n'ont jamais cessé de faire jusqu'à maintenant"
(Votre vie m'intéresse - D'Un monde à l'autre)

À la biblio


"Un gosse à la main, elle cherche un livre dans les étagères.
Elle est si grise que je dis pour l’aider : « Celui-ci, il m’a serré le cou ».
Elle regarde mon cou, usé comme un arbre mort, elle tripote le livre et,
en fin de compte, elle le met dans son sac car, elle l’a vu, je suis inoffensif.
Avec un peu de chance, nous allons faire le même voyage."
Georges L. Godeau, Après tout, éd. Le dé bleu, 1991
(Prix du livre en Poitou-Charentes 1991)

Abîme

"Le soir, quand tu sors tes clés pour fermer la salle de lecture, je suis le dernier.
Je remets les journaux à leur place.
Et tu me dis en rougissant: “Ne vous donnez pas la peine, monsieur; je suis là pour ça”.
Tes longs cheveux dénoués et ma veste souris iraient très bien ensemble.
Nous le savons aux sourires que nous échangeons pour affaires au-dessus du fichier.
Mais il y a tant de choses à remuer que nous nous suffisons à ces mots de vieillard."

Estivants

"Des charrettes d’humains ont été déversées sur le sable.
Agglomérés autour des parasols, ils badigeonnent leurs corps blancs.
Ils se lèvent deux fois par jour.
A regret, ils entrent dans la mer, font la grimace
et regagnent leur place.
A bout portant, le soleil les cuit.
Ils sont venus exprès."

La Valise

" Hilaire est à la foire.
Il pense à sa femme
qui garde la ferme.
Alors il achète un cadeau.
Une valise blanche
garnie de linge fin.
Il rentre tôt.
Il pose le présent sur la table.
Sa jeune femme est médusée.
Jamais elle n’a vu de valise blanche.
Elle a une idée.
Vite elle dénoue son tablier,
elle met son manteau
et prend la valise.
Elle se regarde
dans le grand miroir,
elle est élégante,
elle marche,
elle arrive à la ville,
elle monte dans le train pour Paris.
Paris, Hilaire!
Le paysan se tait.
Il attend patiemment
qu’elle revienne.
C’est son premier voyage."

Le Tolier

"Mon père était forgeron.
Le soir, il lisait des revues de métallurgie.
Moi aussi, je lisais. Les usines d’avion. je rêvais.
J’ai grandi. Au Centre, j’ai fait des études.
Je suis sorti premier tôlier. Le premier a le droit de choisir. Mon choix était fait.
A l’usine, j’ai signé mon contrat. Avec le chef, nous côtoyons la chaîne.
Je caresse un fuselage. Tout est gigantesque. je suis très petit.
Voilà ma machine. Elle découpe des ronds à l’emporte-pièce.
Je ne rêve plus.
Je vais construire des avions Caravelle."

Le trou

"Un homme en slip et chapeau de paille
marche à quatre pattes sur la plage.
Il trie les cailloux blancs
pour écrire le nom de sa petite fille.
Quand le soleil est fort,
il tombe et gît comme une méduse.
C’est un constructeur de barrages.
Là-haut, on attend son retour
pour couler la travée centrale."

Non conformes

"Il était vêtu à la mode passée.
Même sa moustache n’était plus à jour.
Elle, portait une robe à pois et quinze ans
dans un visage fait pour le sourire.
Ils se tenaient les mains,
peut-être pour la première fois.
Parce qu’ils n’avaient aucun point commun,
l’âge, la beauté, la façon de marcher
ou de tenir les bras,
les gens les regardaient,
et eux, ils regardaient les gens
parce qu’ils avaient décidé
que ce serait ainsi."

Code secret

"Je te lance la balle, tu me la relances.
Trois garçons sont assis sur le sable.
Une fille, debout, distribue le jeu.
Lance au premier, lance au second.
Patient, le troisième attend son tour
qui ne vient pas.
C’est le plus beau des trois.
La fille en est amoureuse.
C’est sa façon de le lui dire."

Maîtresse transparente

"Cet homme est seul dans sa voiture
et pourtant il rit comme s’il tenait une femme volée.
Car plus il roule, plus le sein du vent,
ferme et joueur comme une balle,
s’appuie dans sa main creuse.
A s’y méprendre."

Entracte

"Les campeurs font la sieste.
Seule, près de sa tente,
une jeune femme en soutien-gorge est accroupie.
Elle arrache l’herbe qu’elle porte à brassée
dans un mur de cannes.
Elle marche comme une reine.
Les hommes dorment d’un oeil
dans leurs chaises longues."

L'Adolescente

"Elle est grande.
Ses cheveux sont bouclés
et elle porte un sac,
comme une écolière.
La poche de sa blouse
est bordée de blanc.
Elle suit un trajet familier.
Du bout des doigts,
elle frôle les balustres
du jardin public.
A la grille, elle s’arrête.
Le canon d’arrosage l’amuse.
Elle s’en va à regret.
Elle est un peu torse,
comme un jeune tronc trop pressé.
Des hommes la regardent,
déjà."

Un samedi

"Il y en a partout qui posent leur sac
sur le trottoir, autour du marché,
et qui respirent avant de repartir.
Celui-ci a posé le sien et il s’appuie
à bout de forces sur sa canne.
Sa figure de terre s’accroche à tous
comme pour dire:
"Vous ne voyez donc pas…?"
Nul ne peut se charger, un samedi,
d’un vieux qui va mourir."

Ils me prennent pour un enfant

"J’ai huit ans. Mon père est mort.
Le soir à ma maison, je suis seul,
j’apprends mes leçons à haute voix
en attendant ma mère.
Quand elle tarde, je prépare le feu,
je dîne et je me couche.
Les yeux ouverts, j’écoute les bruits de la nuit.
Parfois, les voisins inquiets ouvrent la porte
sur la pointe des pieds.
Ils me prennent pour un enfant".

(Georges-L Godeau)

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