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Yves Bonnefoy Le PONT DE FER

Un poème d'Yves Bonnefoy LE PONT DE FER Il y a sans doute toujours au bout d'une longue rue Où je marchais enfant une mare d'huile, Un rectangle de lourde mort sous le ciel noir. Depuis la poésie A séparé ses eaux des autres eaux, Nulle beauté nulle couleur ne la retiennent, Elle s'angoisse pour du fer et de la nuit. Elle nourrit Un long chagrin de rive morte, un pont de fer Jeté vers l'autre rive encore plus nocturne Est sa seule mémoire et son seul vrai amour. "Hier régnant désert" (Mercure de France)

Réflexion... Sôseki

"Sans savoir pourquoi J'aime ce monde Où nous venons pour mourir..." Natsume Sôseki (1867-1907)

Supervielle C'est vous quand vous êtes partie

Supervielle C'est vous quand vous êtes partie C'est vous quand vous êtes partie, L'air peu à peu qui se referme Mais toujours prêt à se rouvrir Dans sa tremblante cicatrice Et c'est mon âme à contre-jour Si profondément étourdie De ce brusque manque d'amour Qu'elle n'en trouve plus sa forme Entre la douleur et l'oubli. Et c'est mon cœur mal protégé Par un peu de chair et tant d'ombre Qui se fait au goût de la tombe Dans ce rien de jour étouffé Tombant des autres, goutte à goutte, Miel secret de ce qui n'est plus Qu'un peu de rêve révolu.

Abbé Poppe -- Ne Pas Se Plaindre

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Prière du quotidien  http://site-catholique.fr/index.php?post/Priere-de-l-abbe-Edouard-Poppe-de-Ne-Pas-Se-Plaindre     Prière du Bienheureux Abbé Édouard Poppe de la journée Voici la Prière « Ne Pas Se Plaindre » du Bienheureux Édouard Poppe (1890-1924), Prêtre Belge et Recteur de la Communauté des Religieuses de Saint Vincent de Paul en Belgique, qui donnait souvent cette résolution qui tient en quatre lettres : « N. P. S. P. » Facile à retenir ! Quatre lettres, rien de plus, et c’est la moitié de la sainteté : «  Ne Pas Se Plaindre ». La Prière de l'abbé Édouard Poppe « Ne Pas Se Plaindre » :   " N. P. S. P. ( N e P as S e P laindre) du froid ou du chaud ; N. P. S. P. de la nourriture..."

Pierre REVERDY Toi ou moi

Pierre REVERDY Toi ou moi Endormi dans cette chambre Il n’ose se réveiller La peur ferme son rêve noir Et ses membres Ne peuvent plus le soutenir Je t’abandonne il faut partir Si l’on n’aime bien que soi-même Je te laisse parce que je t’aime Et qu’il faut encore marcher Un jour nous nous retrouverons peut-être Où se croisent les souvenirs Où repassent les histoires d’autrefois Alors tu reviendras vers moi Nous pourrons rire Un espoir à peine indiqué Sous le vent une plainte amère La voix qui pourrait me guider A mon approche va se taire Dans la rue bordée de chansons Qui jaillissaient par les fenêtres Au coin des dernières maisons Nous nous regardions disparaître In Sources du vent. Gallimard, 1971. (Poésie).

ALEJANDRA PIZARNIK. Mots

Mots. C’est tout ce qu’on m’a donné. Mon héritage. Ma condamnation. Demander qu’on l’annule. Comment le demander avec des mots ? Les mots sont mon absence particulière. Comme la célèbre "propre mort" (célèbre pour les autres), il y a en moi une absence autonome faite de langage. Je ne comprends pas le langage et c’est la seule chose que j’aie. Je suis la nuit et nous avons perdu. C’est ainsi que je parle, lâches. La nuit est tombée et on a déjà pensé à tout.“ ALEJANDRA PIZARNIK.

Réflexion... Poésie René Crevel

“La poésie lance des ponts d'un sens à l'autre, de l'objet à l'image, de l'image à l'idée, de l'idée au fait précis. Elle est la route entre les éléments d'un monde que des nécessités temporelles d'étude avaient isolés, la route qui mène à ces bouleversantes rencontres dont témoignent les tableaux et collages de Dali, Ernst, Tanguy. Elle est la route de la liberté.“ RENÉ CREVEL.

Jaccottet - Sois tranquille, cela viendra !

Jaccottet - Sois tranquille, cela viendra ! Sois tranquille, cela viendra ! Tu te rapproches, tu brûles ! Car le mot qui sera à la fin du poème, plus que le premier sera proche de ta mort, qui ne s'arrête pas en chemin. Ne crois pas qu'elle aille s'endormir sous des branches ou reprendre souffle pendant que tu écris. Même quand tu bois à la bouche qui étanche la pire soif, la douce bouche avec ses cris doux, même quand tu serres avec force le noeud de vos quatre bras pour être bien immobiles dans la brûlante obscurité de vos cheveux, elle vient, Dieu sait par quels détours, vers vous deux, de très loin ou déjà tout près, mais sois tranquille, elle vient : d'un à l'autre mot tu es plus vieux.

Bertolt Brecht – On brûle les livres

Bertolt Brecht – On brûle les livres  (1939) Quand le régime donna l’ordre de brûler sur la place publique Les livres pleins d’une science nocive et que partout L’on contraignit des boeufs à traîner aux bûchers des charrettes de livres, Un poète expulsé, l’un des meilleurs, étudiant la liste des Livres brûlés, découvrit avec épouvante que les siens Avaient été oubliés. Il se précipita à son bureau, La colère lui donnant des ailes, et écrivit une lettre aux despotes. «Brûlez-moi! – écrivit-il d’une plume rapide – Brûlez-moi! Ne me faites pas ce coup-là! Ne me laissez pas de côté! N’ai-je pas Toujours relaté la vérité dans mes livres? Et voilà que Vous me traitez maintenant comme un menteur! Je vous l’ordonne: Brûlez-moi!»

PAUL VERLAINE - Sagesse

“Le ciel est, par-dessus le toit, Si beau, si calme! Un arbre, par-dessus le toit, Berce sa palme. La cloche, dans le ciel qu'on voit, Doucement tinte, Un oiseau sur l'arbre qu'on voit, Chante sa plainte. Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là, Simple et tranquille. Cette paisible rumeur-là Vient de la ville. -Qu'as-tu fait, ô toi que voilà Pleurant sans cesse, Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà, De ta jeunesse ?“ PAUL VERLAINE - Sagesse .

Joseph von Eichendorff

"Wandern lieb ich für mein Leben, Lebe eben wie ich kann, Wollt ich mir auch Mühe geben, Paßt es mir doch gar nicht an" "J'aime pour ma vie liberté errance vienne que pourra si je voulais me contraindre ça ne m'irait pas " Joseph von Eichendorff (1788-1857)

Nichita Stănescu. Si le poète se décourageait

Nichita Stănescu. Si le poète se décourageait Si le poète se décourageait, les feuilles tomberaient des arbres - et leurs branches prendraient le profil de potences. Si le poète se décourageait, les femmes enceintes ne donneraient plus la vie, ne donneraient plus jamais la vie. Mais de grâce et de misère, le poète, de grâce et de misère, meurt toujours, toujours, avant de se décourager.

Georg Heym – Ceux qui vont se suicider

Georg Heym – Ceux qui vont se suicider Errant parmi les arbres et les branches qui craquent, Ils sursautent à chacun de leurs humides pas, Rongés par l’eau, pourris. Au milieu de leur front Plein de frayeur vacille une blanche lueur. Leur vie déjà n’a plus guère de profondeur, Elle devient vapeur qui se perd dans l’air gris Comme une eau que l’on chauffe. En eux, se fait le vide. En louchant, ils regardent autour d’eux et leurs yeux Plus torves se confondent en un bleu délavé. Ils entendent déjà comme un confus murmure; Tels des ombres, ils sont là, sur les chemins obscurs Et des voix jusqu’à eux parviennent, faiblement; Elles s’élèvent de chaque arbre, chaque étang. Des mains frôlent leur nuque pesante et fouettent Leurs dos tout raides qu’en avant elles projettent. Ils vont, vacillant, comme sur des ponts étroits, Dans le vide alentour ...

BORIS VIAN _ L’Evadé

BORIS VIAN _ L’Evadé Il a dévalé la colline Ses pas faisaient rouler les pierres Là-haut entre les quatre murs La sirène chantait sans joie Il respirait l’odeur des arbres Avec son corps comme une forge La lumière l’accompagnait Et lui faisait danser son ombre Pourvu qu’ils me laissent le temps Il sautait à travers les herbes Il a cueilli deux feuilles jaunes Gorgées de sève et de soleil Les canons d’acier bleu crachaient De courtes flammes de feu sec Pourvu qu’ils me laissent le temps Il est arrivé près de l’eau Il y a plongé son visage Il riait de joie il a bu Pourvu qu’ils me laissent le temps Il s’est relevé pour sauter Pourvu qu’ils me laissent le temps Une abeille de cuivre chaud L’a foudroyé sur l’autre rive Le sang et l’eau se sont mêlés Il avait eu le temps de voir Le temps de boire à ce ruis...

Stéphane Mallarmé - Angoisse

Stéphane Mallarmé ANGOISSE Je ne viens pas ce soir vaincre ton corps, ô bête En qui vont les péchés d’un peuple, ni creuser Dans tes cheveux impurs une triste tempête Sous l’incurable ennui que verse mon baiser : Je demande à ton lit le lourd sommeil sans songes Planant sous les rideaux inconnus du remords, Et que tu peux goûter après tes noirs mensonges, Toi qui sur le néant en sais plus que les morts : Car le Vice, rongeant ma native noblesse, M’a comme toi marqué de sa stérilité, Mais tandis que ton sein de pierre est habité Par un cœur que la dent d’aucun crime ne blesse, Je fuis, pâle, défait, hanté par mon linceul, Ayant peur de mourir lorsque je couche seul.