Lêdo Ivo

Le cœur de la liberté

J'étais, je suis et  je serai
dans le cœur de la réalité,
près de la femme qui dort,
avec l'homme qui meurt,
à côté de l'enfant qui pleure.

Parce que dans mon chant, les jours sont fugitifs
et le ciel est l'annonce d'un oiseau.
Ne pas me retirer d'ici,
de la vie qui est ma patrie,
et passent les aigles dans le sud
et demeurent les volcans éteints
qui un jour vomiront le printemps.

Ma chanson est comme la veine ouverte
ou une racine centrale dans la terre.
Ne pas me retirer d'ici, jamais je ne trahirai
le centre de la maturité de tous mes jours.
Seulement ici chaque minute change comme des rivages
et le jour est un lieu de rencontre, comme des carrés,
et le cristal pèse comme la beauté
sur la terre qui embaume en créant le monde.
Adieu, toi hermétique, pays de mort fausse.
Je bois cette heure comme l’eau, je me réfugie dans le séjour
lorsque l'aube se mélange avec la rosée et le fumier,
et je suis libre, je me sens enfin, définitivement
comme le temps dans le temps, et la lumière dans la lumière
et toutes les choses qui sont au centre, le cœur de
la réalité qui coule comme des larmes.

Lêdo Ivo - Linguagem, 1951

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