Tout dire Le tout est de tout dire, et je manque de mots Et je manque de temps, et je manque d'audace Je rêve et je dévide au hasard mes images J'ai mal vécu, et mal appris à parler clair. Tout dire les roches, la route et les pavés Les rues et leurs passants les champs et les bergers Le duvet du printemps la rouille de l'hiver Le froid et la chaleur composant un seul fruit Je veux montrer la foule et chaque homme en détail Avec ce qui l'anime et qui le désespère Et sous ses saisons d'homme tout ce qui l'éclaire Son espoir et son sang son histoire et sa peine Je veux montrer la foule immense divisée La foule cloisonnée comme un cimetière Et la foule plus forte que son ombre impure Ayant rompu ses murs ayant vaincu ses maîtres La famille des mains, la famille des feuilles Et l'animal errant sans personnalité Le fleuve et la rosée fécondants et fertiles La justice debout le pouvoir bien planté Paul Eluard
Francis PONGE - CONCEPTION DE L'AMOUR EN 1928 Je doute que le véritable amour comporte du désir, de la ferveur, de la passion. Je ne doute pas qu'il ne puisse : NAÎTRE que d'une disposition à approuver quoi que ce soit, puis d'un abandon amical au hasard; ou aux usages du monde, pour vous conduire à telles ou telles rencontres ; VIVRE que d'une application extrême dans chacune de ces rencontres à ne pas gêner l'objet de vos regards et à laisser vivre comme s'il ne vous avait jamais rencontré ; SE SATISFAIRE que d'une approbation aussi secrète qu'absolue, d'une adaptation si totale et si détaillée que vos paroles à jamais traitent tout le monde comme le traite cet objet par la place qu'il occupe, ses ressemblances, ses différences, toutes ses qualités ; MOURIR enfin que par l'effet prolongé de cet effacement, de cette disparition complète à ses yeux - et par l'effet aussi de l'abando...
Le Meunier, son Fils, et l’Âne L'invention des Arts étant un droit d'aînesse, Nous devons l'Apologue à l'ancienne Grèce. Mais ce champ ne se peut tellement moissonner Que les derniers venus n'y trouvent à glaner. La feinte est un pays plein de terres désertes. Tous les jours nos Auteurs y font des découvertes. Je t'en veux dire un trait assez bien inventé ; Autrefois à Racan Malherbe l'a conté. Ces deux rivaux d'Horace, héritiers de sa Lyre, Disciples d'Apollon, nos Maîtres, pour mieux dire, Se rencontrant un jour tout seuls et sans témoins (Comme ils se confiaient leurs pensers et leurs soins), Racan commence ainsi : Dites-moi, je vous prie, Vous qui devez savoir les choses de la vie, Qui par tous ses degrés avez déjà passé, Et que rien ne doit fuir en cet âge avancé, A quoi me résoudrai-je ? Il est temps que j'y pense. Vous connaissez mon bien, mon talent, ma naissance. Dois-je dans la Province établir mon séjour, Prendre ...
Izumi- shikibu Journal et poèmes Temps qui passe pluie qui tombe ne font que nous révéler notre triste sort grosses de ces longues pluies puissent les eaux m'emporter (journal p 48) "En ce monde il est une chose bien étrange que tout en pensant que vivre et souffrir ne vaut l'on puisse à la vie tenir" (Poème p 119) http://www.cave-a-poemes.org/page.php?id=1137 https://blogs.mediapart.fr/demandre/blog/090413/une-rebelle-la-cour-izumi-shikibu https://www.notesdumontroyal.com/note/128 https://fr.wikipedia.org/wiki/Izumi_Shikibu
"Vous qui connaîtrez les ultra-déterminants de la pensée et du caractère de l'homme, et sa surhygiène qui connaîtrez le système nerveux des grandes nébuleuses qui serez entrés en communication avec des êtres plus spirituels que l'homme, s'ils existent qui vivrez, qui voyagerez dans les espaces interplanétaires, Jamais, Jamais, non JAMAIS, vous aurez beau faire, jamais vous ne saurez quelle misérable banlieue c'était que le Terre. Comme nous étions misérables et affamés de plus Grand. Nous sentions la prison partout, je vous le jure. Ne croyez pas nos écrits (les professionnels, vous savez...) On se mystifiait comme on pouvait, ce n'était pas drôle en 1937, quoiqu'il ne s'y passât rien, rien que la misère et la guerre. On se sentait là, cloué dans ce siècle, Et qui irait jusqu'au bout? Pas beaucoup. Pas moi... On sentait la délivrance poindre, au loin, au...
GEORGES PERROS MARINES Toi qui dans la halte d’une journée peut-être difficile As choisi de lire Plutôt que d’écouter, ou de voir N’as-tu pas la télévision Je veux que ce soit donc par amour De ce pays à l’extrême-ouest de l’Europe De cette Europe fatiguée Dans les restes prestigieux de laquelle Les hommes se tuméfient Se heurtent, se font mal Comme papillons en folie Que menace l’obscurité Les lampes du bonheur d’être homme S’éteignent une à une Soufflées par le mauvais vent de la mort D’une mort que nous ne voulons pas Puisque nous respirons toujours Puisque nous avons des amis Avec lesquels ne pas tuer le temps Cet immortel Mais le fondre A la chaleur humaine Puisque les femmes nous sont toujours désirables Et qu’avec elles pas mal d’entre nous Faisons encore des enfants A tout le moins européens Pourquoi ce deuil prématuré ? Je t’invite à te recueillir A t’introduire A l’intérieur de cette région en toi Restée vierge Cette région de confidence indicible Que le rêv...
Coquelicot Coquelicot, Quand je pense Que je te parle Et que tu l'ignores, Que j'envie ta fierté,ton assurance, Ton absence d'hésitation, Ta certitude d'avoir gagné, De continuer à rayonner, J'ai de la peine à sentir Qu'on ne communique pas Avec ce que l'on aime,ou admire Et je me sens seul, Étranger à moi-même. Tu ne le sauras pas, Mais continue À m'éblouir. Guillevic ("Quotidiennes" - poèmes novembre 1994 - décembre 1996, Gallimard, 2002) http://theblogofgab.blogspot.fr/2015/02/eugene-guillevic-1907-1997.html
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