Juan Ramón Jiménez 1881 - 1958

   “Écrire n'est qu'une préparation pour ne plus écrire, pour l'état de grâce poétique, intellectuel ou sensitif. Devenir soi-même poésie, non plus poète.”  
J. R. Jiménez.



26

Tu as une âme d'eau.
Quelle joie quand tu viens à moi en abondance !
 Quelle tristesse quand, tarie, tu m'échappes !

La Mort

Ici nous avons dit : "Mort",
comme un point final,
et nous nous sommes égarés dans le reste.

Mais mourir c'est voyager,
mourir c'est transcender;
et toi, tu deviens transcendant,
- se souvenir de toi serait t'accompagner - ,
 dans les nuits d'étoiles
dans les aurores pures,
dans les hauts couchers de soleil,
toi vivant, toi vivant, vivant et ardent,
sur la paix de notre pauvre oubli !

in Beauté



II OR

LIX

Je me suis avancé le coeur,
comme si c'était une horloge,
vers l'heure tranquille ...

Le bonheur pourtant ne vint pas,
- le bonheur était à sa place
et cette ruse était naïve - ,
 jamais ce ne fut l'heure juste !

- Et la réalité, confuse,
vivait à l'heure passée
de cet immense désespoir. -

Quelle douleur, ô coeur inquiet,
ce fut de retarder ton heure !


LXI

Oh, non ! Oh, non ! Rester
ici, où ne vient plus
sa voix, sa voix pure,
qui continuera de trembler,
comme les étoiles, toujours !
 
LXIII

... Je m'endormais, souvent, vaincu par le sommeil,
même quand je voulais refuser d'y céder ...
J'emportais ma douleur et je la rapportais
ayant une saveur de miels indicibles ...

Comme il doit être doux, amour, de demeurer
dans le rayon de miel, à jamais, et d'y mourir !

LXXXIX

De tous côtés, des flèches d'or
tuent l'été. L'air emporte
des peines diluées,
ainsi que le sang du poison.

Tout - les ailes, les fleurs,
la lumière - part en voyage.
Que de tristes adieux !
Le coeur s'embarque sur la mer.

Frissons et larmes.
- Où allez-vous ? - Où êtres-vous ? -
Tout le demande à tout;
Nul ni rien ne le sait ...

CI

Automne

Brûlons les feuilles mortes
et gardons seulement
le diamant pru, afin
de l'incorporer au souvenir,
à l'être d'aujourd'hui, au trésor
des myrtes à venir ...

A la guirlande seule
de notre songe infini,
rien que l'ardent, le clair, l'or,
le défini, le net !

CII

Par le ciel, je franchirai la mer !
Je m'en irai si loin, si loin,
que mon corps ne se souviendra
ni de ton corps, ni de mon corps !

Des ailes, des ailes, des ailes !
Vers si haute, si haute lumière
que mon âme ne se souviendra
ni de ton âme ni de mon âme !

Si haut, si loin; si loin, si haut !
Seulement moi dans les espaces,
de moi-même réincarné,
et de toi, ressuscité !

in Été (Aube du mois d'août)


http://jose-corti.fr/auteursiberiques/jimenez-juan-ramon.html

« Je ne suis pas moi.
Je suis celui
qui va à mes côtés sans le voir
que parfois je vais voir
et que parfois j’oublie.
Celui qui se tait serein quand je parle
celui qui doucement pardonne quand je hais
celui qui se promène où je ne suis pas
celui qui restera debout après ma mort. »

chanteront,
et mon jardin restera, avec son arbre vert,
avec son puit d’eau.
Bien des après-midi les cieux seront calmes et bleus,
et dans le beffroi les cloches carillonneront,
comme elles carillonnèrent cet après-midi même.
Ceux qui m’aimaient disparaîtront,
et chaque année la ville se renouvellera.
Mais mon esprit errera toujours nostalgique
dans le même coin caché de mon jardin fleuri.
Juan Ràmon Jimenez (El Viaje definitivo)


« Une armée grise d’heures aveugles
nous assiège
– telles des vagues, comme des nuages, –
dans la tristesse qu’elle nous apportent. »
Journal d'un poète jeune marié

Platero y Yo 





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