Charles Juliet





















à mots balbutiés
aux confins
la détresse énonce
ce qu'elle est seule
à pouvoir capter


tu t'arc-boutes


ton corps tout entier
n'est plus qu'attente
et déjà te saisit
ce silence qui prélude
aux révélations


ruisselle
une lumière intense
et vague après vague
tandis que le silence
ne cesse de te creuser
tu entends
et tu vois
et tu vis

mais ces mots
qu'enfante la vision
à l'instant où tu t'apprêtes
à les proférer
ces mots soudain
se vident
te retirent leur lumière
te restent dans la gorge

tu reprends
ton errance
restitué
à la nuit



...

quitte-toi
quitte-toi

fais s'ébouler
tes murs


Lance ta vie
sur les chemins


en marche
Jusqu'à user
tes chaînes


jusqu'à faire surgir
en toi la patrie
que tu cherchais


et cette source
qui aiguise l'oeil


le tient
émerveillé

Charles Juliet in Affûts










http://ardentpays12.over-blog.com/2015/06/charles-juliet-a-voix-basse.html
(p 9/14)


la misère     la détresse
le rêve seul
qui permet de survivre
loin  loin  là-bas
ces ports fabuleux
ces femmes en attente
cette vie qui  ne sera 
sans fin
qu'abondance
et ivresse

on se lève
on arrache les chaînes
on s'extirpe du trou

mais le départ avorte

la torpeur ronge les yeux
les poutres aux lourdes tonnes de fer
ont muré l'horizon
(p 11)

6


que de luttes  de défaites
que d'errances dans la forêt intérieure
à partir du jour
où le regard s'inverse


flagellé par les questions
acculé au refus
brûlant en lui
ce qui l'empêchait d'avancer


seul un désir dévorant
peut nous contraindre
à traverser cette mort
qui ouvre à la vie


l'errance
recherche du chemin
qu'il faut se frayer
en direction du centre


ne crains pas la solitude
elle te fait don
de la rencontre avec toi-même
là où boire goulûment à la source


parce qu'il te nourit
le désir
le manque redoute
d'être comblé


à celui 
qui parvient
à naître
l'être a livré
la plus grande part 
de ses secrets


alors qu'il est en voie
de réaliser son unité
il s'étonne de s'entendre dire
tout est si simple   si évident


après tany d'années d'exil
qui l'ont coupé
de lui-même et de la vie
il lui a été accordé
le don de présence
à lui-même   au flux   à la vie


ses mots sont les traces
des combats qu'il livre
pour créer en lui plus d'espace
de liberté   de lumière

(p 83/87)

8

si tu te laisses
envahir par tout
ce qui assaille ton oeil
il se brouille
ta soif meurt
l'ennui t'accable


rejette ce savoir
qui obstrue
ton oeil
entrave tes pas
t'interdit
l'issue du labyrinthe


ces chaînes que tu t'es forgées
et qui t'empêchent
de te mettre en chemin
elles te font rêver
d'une vie sans limites

ne te contente pas de rêver

n'étouffe plus ta soif

ces chaînes qui t'entravent
ton oeil a pouvoir
de t'endélivrer


renonce à commander
à ta vie
obéis à ta soif
abandonne-toi
à la vacance
de l'instant


abats tes cloisons
repousse tes murs
démantèle tes défenses

pour jaillir et demeurer
la joie et la lumière
ont besoin de l'espace
le plus vaste


si lointaine
cette voix
qui parle
en ton silence

si prompte
à s'étouffer
quand l'agresse
la rumeur 
du dehors

mais dès que
tu captes
son murmure
      qu'elle t'entretienne
      du manque
      ou du festin
elle te reconduit
sur la voie
t'impose
de demeurer
à l'écoute


ce pays où la peur et la souffrance
lâchent prise
où la vie prend appui
sur la mort
où le temps ne scande plus
les heures ni les jours
où la paix et la joie
naîtront de ta capacité
à habiter l'instant
où tout ce qui existe
et surviendra
ajoutera à ta félicité
ce pays
            tu pourras l'atteindre
si tu évites d'emprunter
l'un ou l'autre de ces chemins
qui prétendent y conduire

(...)

si ton œil rayonne en toi
la lumière qu'il reçoit
de son expérience de la nuit
ce que peuvent te dire
ceux qui n'ont pas
entrepris le voyage
n'aura plus le pouvoir
de te faire trébucher

(...)
sache demeurer
 là où tu es

endure le temps

consacre-toi
à monter les murs
de ta maison

(p97/104)

9

(...)
celui qui n'a pas
pénétré sa nuit
n'est pas descendu
dans l'abîme

que sait-il du regard
qui s'inverse
du face-à face avec soi
des tourments qu'il entraîne

que sait-il
de l'âpreté du combat
du sans-fond de la détresse
des affres de l'agonie

que sait-il
de ce qui naît
du consentement
à la mort

(...)
un jour
au comble de la détresse
vidé de toute force
acculé à reconnaître
que l'inaccessible se refusait
il admit qu'il lui fallait
renoncer

à sa vive surprise
sans qu'il eût
à progresser d'un seul pas
il franchit le seuil
déboucha dans la lumière



quand tu ne savais rien
de l'aventure
ce feu en toi était
malaise   souffrance

il était cette brûlure
qui rongeait
mais ne parvenait pas
à consumer ce fatras
accumulé dans ton oeil

il était
ce refus du quotidien
ce refus de ce que tu étais
ce non qui t'empêchait
de vivre

il était aussi
cette infernale question
plantée en toi
comme un fer
chauffé au rouge

il était surtout
l'immensité
de cette peur
qui t'interdisait
d'avancer

au fil du temps
il s'est mué
en cette flamme
constante et claire
qui prépare le chemin
en avant de tes pas



quand l'oeil est parvenu
à se clarifier
        dissoute la ténèbre
        écartées
        les vaines questions
        enfin en ordre la pensée
        qui ne s'épuise plus
        à traquer l'inaccessible
l'être n'a plus à s'interroger
sur le chemin qu'il lui faut
prendre

simplifié et unifié
il adhère en toute confiance
à ce qui advient

et les mots
coulent de source

(p114/118)
in A voix basse


*********************************

trop ardente
la faim repousse
ce qui pourrait
l'apaiser
c'est par la fêlure
que dedans et dehors
mêlent leurs eaux
si mes mots naissent
de mon manque
peut-être saurai-je
parler à ta faim

Ce pays du silence
D'un recueil à l'autre, les poèmes, effilés parfois à l'extrême, posés en suspens sur le blanc de la page, sans ponctuations ni majuscules vivement interpellent.
en toi

ce n'est
qu'en toi

dans ta
terre

la riche
épaisseur
de ton sang

ce n'est
qu'en toi
que je peux
m'atteindre
me connaître

susciter
ce moi-même
qui devra
m'enfanter
...

http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/juliet/juliet.html
Un poème de Charles Juliet

toi ma morte
mon enfance avortée
mes années errantes
ton visage plane
sur ma vie

et tu es le sang
et la sève

le chemin
que je m’ouvre
la lumière où
mûrira l’issue

tu es aussi
la mort

la mort où s’engloutit
au premier jour
ton visage inconnu

(celle où je désire sombrer
quand je rêve d’en finir)

mais tout autant
tu es ce mourir
de chaque instant
auquel il me faut
consentir

(ce mourir qui rend
l’être aussi neuf
aussi clair aussi
jaillissant qu’un
clair matin d’avril )

étrangement
tu me tiens
en deçà
de ma naissance

et parfois
guidé par
tes mains
te tète
l’origine

L'œil se scrute 1995/ Fouilles 1998

https://schabrieres.wordpress.com/2010/02/15/charles-juliet-poeme-2006/

http://www.lmda.net/mat/MAT00714.html

http://www.printempsdespoetes.com/index.php?url=poetheque/poetes_fiche.php&cle=18

http://www.lexpress.fr/culture/livre/charles-juliet-remporte-le-prix-goncourt-de-la-poesie_1304781.html

http://ecrivains.lectura.fr/index.php?post/2008/04/24/Charles-Juliet-un-cheminement

http://bibliobs.nouvelobs.com/romans/20131202.OBS7776/charles-juliet-en-souffrant-en-ecrivant.html

http://la_cause_des_causeuses.typepad.com/attentivement_charles_jul/

http://www.pol-editeur.com/index.php?spec=auteur&numauteur=103

http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Juliet

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