Vu les sept derniers jours
Poésie ininterrompue - Eluard
Paul Eluard - Tout dire
Tout dire Le tout est de tout dire, et je manque de mots Et je manque de temps, et je manque d'audace Je rêve et je dévide au hasard mes images J'ai mal vécu, et mal appris à parler clair. Tout dire les roches, la route et les pavés Les rues et leurs passants les champs et les bergers Le duvet du printemps la rouille de l'hiver Le froid et la chaleur composant un seul fruit Je veux montrer la foule et chaque homme en détail Avec ce qui l'anime et qui le désespère Et sous ses saisons d'homme tout ce qui l'éclaire Son espoir et son sang son histoire et sa peine Je veux montrer la foule immense divisée La foule cloisonnée comme un cimetière Et la foule plus forte que son ombre impure Ayant rompu ses murs ayant vaincu ses maîtres La famille des mains, la famille des feuilles Et l'animal errant sans personnalité Le fleuve et la rosée fécondants et fertiles La justice debout le pouvoir bien planté Paul Eluard
Henri Michaux - Avenir
"Vous qui connaîtrez les ultra-déterminants de la pensée et du caractère de l'homme, et sa surhygiène qui connaîtrez le système nerveux des grandes nébuleuses qui serez entrés en communication avec des êtres plus spirituels que l'homme, s'ils existent qui vivrez, qui voyagerez dans les espaces interplanétaires, Jamais, Jamais, non JAMAIS, vous aurez beau faire, jamais vous ne saurez quelle misérable banlieue c'était que le Terre. Comme nous étions misérables et affamés de plus Grand. Nous sentions la prison partout, je vous le jure. Ne croyez pas nos écrits (les professionnels, vous savez...) On se mystifiait comme on pouvait, ce n'était pas drôle en 1937, quoiqu'il ne s'y passât rien, rien que la misère et la guerre. On se sentait là, cloué dans ce siècle, Et qui irait jusqu'au bout? Pas beaucoup. Pas moi... On sentait la délivrance poindre, au loin, au...
Eugène Guillevic 1907 - 1997
Mes paradis - Jean Richepin
MES PARADIS Ris, si tu veux, hausse l'épaule ! N'importe ! Écoute cependant. Dans l'ombre où tu vas te perdant Garde ce conseil comme un pôle. Sans doute ce n'est pas d'un coup Ni. par une route très brève Qu'il te mènera vers ton rêve. Tu devras voyager beaucoup. Tu connaîtras d'âpres traverses ; Tu n'auras pas force repos ; Mais le soleil tanne les peaux, Et ça les lave, les averses. Il faut l'embrun, le sel amer, Et la bonace après l'orage, Et faire plusieurs fois naufrage, Quand on veut être un loup de mer. Et quand c'est la terre future Qu'on cherche sous de nouveaux cieux, Il faut aux vents capricieux Ouvrir sa voile d'aventure. Jean Richepin https://archive.org/stream/mesparadis00richgoog/mesparadis00richgoog_djvu.txt
Shakespeare de Hugo
"Ah ! esprits ! soyez utiles ! servez à quelque chose. Ne faites pas les dégoûtés quand il s’agit d’être efficaces et bons. L’art pour l’art peut être beau, mais l’art pour le progrès est plus beau encore. Rêver la rêverie est bien, rêver l’utopie est mieux. Ah ! il vous faut du songe ? Eh bien, songez l’homme meilleur. Vous voulez du rêve ? en voici : l’idéal" in livre VI https://fr.wikisource.org/wiki/William_Shakespeare_%28Victor_Hugo%29/II/VI LIVRE III L’ART ET LA SCIENCE I Force gens, de nos jours, volontiers agents de change et souvent notaires, disent et répètent : La poésie s’en va. C’est à peu près comme si l’on disait : Il n’y a plus de roses, le printemps a rendu l’âme, le soleil a perdu l’habitude de se lever, parcourez tous les prés de la terre, vous n’y trouverez pas un papillon, il n’y a plus de clair de lune et le rossignol ne chante plus, le lion ne rugit plus, l’aigle ne plane plus, les Alpes ...
Eve - Charles Peguy
Et ce sang qui devait un jour sur le Calvaire … Même les mécréants ne peuvent qu'être bouleversés par la grâce des vers du grand Charles Péguy « Les solives du toit faisaient comme un arceau. Les rayons du soleil baignaient la tête blonde. Tout était pur alors et le maître du monde Était un jeune enfant dans un pauvre berceau. Chaque poutre du toit était comme un vousseau. Les ombres de la nuit baignaient la tête ronde. Tout était juste alors et le maître du monde Était un jeune enfant sous un maigre cerceau. Et ce sang qui devait un jour sur le calvaire Tomber comme une ardente et tragique rosée N’était dans cette heureuse et paisible misère Qu’un filet transparent sous la lèvre rosée. Et ce sang qui devait un jour sur le calvaire Tomber comme une tiède et féconde rosée N’était dans cette auberge et dans cette chaumi...

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