Vu les sept derniers jours
Paul Eluard - Tout dire
Tout dire Le tout est de tout dire, et je manque de mots Et je manque de temps, et je manque d'audace Je rêve et je dévide au hasard mes images J'ai mal vécu, et mal appris à parler clair. Tout dire les roches, la route et les pavés Les rues et leurs passants les champs et les bergers Le duvet du printemps la rouille de l'hiver Le froid et la chaleur composant un seul fruit Je veux montrer la foule et chaque homme en détail Avec ce qui l'anime et qui le désespère Et sous ses saisons d'homme tout ce qui l'éclaire Son espoir et son sang son histoire et sa peine Je veux montrer la foule immense divisée La foule cloisonnée comme un cimetière Et la foule plus forte que son ombre impure Ayant rompu ses murs ayant vaincu ses maîtres La famille des mains, la famille des feuilles Et l'animal errant sans personnalité Le fleuve et la rosée fécondants et fertiles La justice debout le pouvoir bien planté Paul Eluard
Un jour, un peintre ... Jérôme Bosch 1453 - 1516
Eluard
14 décembre 1895, naissance de Paul ELUARD, grand poète français. Son œuvre poétique s’inscrit au cœur du Surréalisme et, plus tard, au coeur de la Résistance à l’occupant nazi. J’ai regardé devant moi Dans la foule je t’ai vue Parmi les blés je t’ai vue Sous un arbre je t’ai vue Au bout de tous mes voyages Au fond de tous mes tourments Au tournant de tous les rires Sortant de l’eau et du feu L’été l’hiver je t’ai vue Dans ma maison je t’ai vue Entre mes bras je t’ai vue Dans mes rêves je t’ai vue Je ne te quitterai plus. Paul Eluard. Air vif (Derniers poèmes d’amour) Via La Cause Littéraire ******
Poésie ininterrompue - Eluard
Charles Bukowski - Nirvana
Charles Bukowski - Nirvana
Traduction : David Ruzicka
Pas trop de chance, complètement sans but,
c’était un jeune homme dans un bus traversant la Caroline du Nord en chemin vers quelque part.
Et il a commencé à neiger.
Et le bus s’est arrêté à un petit café nulle part dans les collines et les passagers sont entrés.
Il s’est assis à un coin avec les autres, il a commandé et la nourriture est arrivée.
Ce repas était particulièrement bon.
Et le café.
La serveuse n’était pas comme les femmes qu’il avait connues.
Elle était pure, quelque chose d’authentique émanait d’elle.
Le cuisinier à la friteuse disait des imbécillités.
Le gars à la plonge, derrière, rigolait, un rire bon clair agréable.
Le jeune homme observait la neige tomber derri...
Réflexion... Bernard Noël
BERNARD NOËL
• Il n’y a plus d’infini. Il y a de l’interminable. Le problème de l’homme est d’assumer cet interminable.
• Ecrire = c’est comme s’effondrer au-dedans.
• Ecrire = faire le vide pour qu’une précipitation soit possible.
• Rendre l’empreinte verbale de l’empreinte charnelle, voilà ce que je cherche.
• Être humain est un long travail d’illusion.
Réflexion ... Thucydide
Rutebeuf
Que sont mes amis devenus Que j'avais de si près tenus Et tant aimés Ils ont été trop clairsemés Je crois le vent les a ôtés L'amour est morte Ce sont amis que vent me porte Et il ventait devant ma porte Les emporta Avec le temps qu'arbre défeuille Quand il ne reste en branche feuille Qui n'aille à terre Avec pauvreté qui m'atterre Qui de partout me fait la guerre Au temps d'hiver Ne convient pas que vous raconte Comment je me suis mis à honte En quelle manière Que sont mes amis devenus Que j'avais de si près tenus Et tant aimés Ils ont été trop clairsemés Je crois le vent les a ôtés L'amour est morte Le mal ne sait pas seul venir Tout ce qui m'était à venir M'est advenu Pauvre sens et pauvre mémoire M'a Dieu donné, le roi de gloire Et pauvre rente Et froid au cul quand bise vente Le vent me vient, le vent m'évente L'amour est morte Ce ...
ALEJANDRA PIZARNIK - Ce Soir Dans Ce Monde
ALEJANDRA PIZARNIK - CE SOIR DANS CE MONDE (1971) ce soir dans ce monde les mots du rêve de l’enfance de la mort il n’est jamais « ça », ce que l’on veut dire la langue natale châtre la langue est un organe de connaissance de l’échec de tout poème castré par sa propre langue qui est l’organe de la ré-création de la re-connaissance mais non celui de la résurrection de quelque chose en guise de négation de mon horizon de maldoror avec son chien et rien n’est promesse entre le dicible qui équivaut à mentir (tout ce que l’on peut dire est mensonge) le reste est silence sauf que le silence n’existe pas non les mots ne font pas l’amour ils font l’absence si je dis « eau », boirais-je ? si je dis « pain », mangerais-je ? ce soir dans ce monde extraordinaire silence, que celui de cette nuit ! ce qui se passe avec l...

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