Vladimir Maïakovski - 1893 - 1930

 http://www.lexpress.fr/culture/livre/la-vie-en-jeu-une-biographie-de-vladimir-maiakovski_929844.html
 Le 14 avril 1930, à l'âge de 36 ans, Vladimir Maïakovski, le poète de la révolution, se suicidait d'une balle dans la poitrine dans un studio moscovite du passage de la Loubianka. Il paraît alors très loin le temps où l'auteur du Nuage en pantalon écrivait : "Votre pensée/Rêvant dans votre cerveau ramolli/Comme un laquais repu se vautre au gras du lit/Je la taquinerai sur un morceau de coeur sanglant/J'en rirai tout mon soûl, insolent et sanglant." Il paraît très loin le temps où le jeune homme "gâté par l'avenir" (Pasternak), le colosse de 1,90 mètre aux dents noircies par la nicotine (fumant jusqu'à 100 cigarettes par jour), phobique et hypocondriaque, se faisait le porte-parole du futurisme dans un milieu artistique en pleine effervescence. Il paraît très loin le temps où, avec son grand amour Lili Brik et la soeur de celle-ci, Elsa (oui, Elsa Triolet, "Mme Aragon"), ils allaient dépenser l'argent du gouvernement soviétique chez Old England et Weston à Paris...



http://fr.wikipedia.org/wiki/Vladimir_Ma%C3%AFakovski




http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/maiakovski.html
Biographie

https://poesiemuziketc.wordpress.com/2012/04/03/maiakovski-choix-de-textes/ 

Choix de textes

 Quelques poèmes
Au moment d’illustrer par quelques textes sa force tellurique, peu d’exemples viennent, car comment capter un fleuve charriant autant de boue que de diamants ?
En voici un tout petit exemple glané dans les quelques traductions existantes

 ****
Mais peut-être
Ne reste-t-il
Au temps caméléon
Plus de couleurs ?
Encore un sursaut
Et il retombera,
Sans souffle et rigide.
Peut - être,
Enivrée de fumées et de combats,
La terre ne relèvera-t-elle jamais la tête ?
Peut être,
Un jour ou l'autre,
Le marais des pensées se fera cristal
Un jour ou l'autre,
La terre verra le pourpre qui jaillit des corps,
Au-dessus des cheveux cabrés d'épouvante
Elle tordra ses bras, gémissante

Peut-être...

Écoutez !
Puisqu'on allume les étoiles,
c'est qu'elles sont à
quelqu'un nécessaires ?
C'est que quelqu'un désire
qu'elles soient ?
C'est que quelqu'un dit perles
ces crachats ?
Et, forçant la bourrasque à midi des poussières,
il fonce jusqu'à Dieu,
craint d'arriver trop tard, pleure,
baise sa main noueuse, implore
il lui faut une étoile !
jure qu'il ne peut supporter
son martyre sans étoiles.

Ensuite,
il promène son angoisse,
il fait semblant d'être calme.
Il dit à quelqu'un :
" Maintenant, tu vas mieux,
n'est-ce pas ? T'as plus peur ? Dis ? "

Écoutez !
Puisqu'on allume les étoiles,
c'est qu'elles sont à quelqu'un nécessaires ?
c'est qu'il est indispensable,
que tous les soirs
au-dessus des toits
se mette à luire seule au moins
une étoile?

traduction Simone Pirez et Francis Combes

À vous toutes
que l’on aima et que l’on aime
icône à l’abri dans la grotte de l’âme
comme une coupe de vin
à la table d’un festin
je lève mon crâne rempli de poèmes
Souvent je me dis et si je mettais
le point d’une balle à ma propre fin
Aujourd’hui à tout hasard je donne
mon concert d’adieu
Mémoire !
Rassemble dans la salle du cerveau
les rangs innombrables des bien-aimées
verse le rire d’yeux en yeux
que de noces passées la nuit se pare
de corps et corps versez la joie
que nul ne puisse oublier cette nuit
Aujourd’hui je jouerai de la flûte sur
ma propre colonne vertébrale

Vladimir Maïakovski 1915
extrait de « La flûte des vertèbres »

Est-ce vous
Qui comprendrez pourquoi,
Serein,
Sous une tempête de sarcasmes,
Au dîner des années futures
J’apporte mon âme sur un plateau ?
Larme inutile coulant
De la joue mal rasée des places,
Je suis peut-être
Le dernier poète.
Vous avez vu
Comme se balance
Entre les allées de briques
Le visage strié de l’ennui pendu,
Tandis que sur le cou écumeux
Des rivières bondissantes,
Les ponts tordent leurs bras de pierre.
Le ciel pleure
Avec bruit,
Sans retenue,
Et le petit nuage
A au coin de la bouche,
Une grimace fripée,
Comme une femme dans l’attente d’un enfant
À qui dieu aurait jeté un idiot bancroche.
De ses doigts enflés couverts de poils roux, le soleil vous a épuisé de caresses, importun comme un bourdon.
Vos âmes sont asservies de baisers.
Moi, intrépide,
je porte aux siècles ma haine des rayons du jour ;
l’âme tendue comme un nerf de cuivre,
je suis l’empereur des lampes.
Venez à moi, vous tous qui avez déchiré le silence,
Qui hurlez,
Le cou serré dans les nœuds coulants de midi.
Mes paroles,
Simples comme un mugissement,
Vous révèleront
Nos âmes nouvelles,
Bourdonnantes
Comme l’arc électrique.
De mes doigts je n’ai qu’à toucher vos têtes,
Et il vous poussera
Des lèvres
Faites pour d’énormes baisers
Et une langue
Que tous les peuples comprendront.
Mais moi, avec mon âme boitillante,
Je m’en irai vers mon trône
Sous les voûtes usées, trouées d’étoiles.
Je m’allongerai,
Lumineux,
Revêtu de paresse,
Sur une couche moelleuse de vrai fumier,
Et doucement,
Baisant les genoux des traverses,
La roue d’une locomotive étreindra ton cou.

Si je croyais à l'outre-tombe...
Une promenade est facile.
Il suffit d'allonger le bras, –
la balle aussitôt
dans l'autre vie
tracera un chemin retentissant.
Que puis-je faire
      si moi
          de toutes mes forces
              de tout mon cœur
en cette vie
   en cet
       univers
          ai cru
             crois.

Maïakovski, Cela, 1923

Voici le dernier poème de Vladimir Maïakovski (1893-1930), que l'on a retrouvé dans sa poche après son suicide : Au sommet de ma voix (1928-1930)
Derniers vers inachevés

1

Elle m’aime, elle ne m’aime pas
Je trie mes mains
Et j’ai cassé mes doigts.
Alors les premières têtes des marguerites
Secouées d’une chiquenaude
sont cueillies et sans doute
éparpillées en mai
que mes cheveux gris se révèlent
sous la coupe et la douche
que l’argent des années nous enserre éternellement !
honteuse sensation banale - sentiment que j’espère
que je jure
jamais elle ne reviendra vers moi.
****

2

C’est bientôt deux heures
Pas de doute tu dois déjà dormir
Dans la nuit
La voix lactée avec ses filigranes d’argent
Je ne suis pas pressé
Et rien en moi
Ne veille ni ne t’accable de télégrammes

***
3
La mer va pleurer
La mer va dormir
Comme ils disent.
L’incident s’est cassé la gueule.
Le bateau de l’amour de la vie
S’est brisé sur les rochers du quotidien trivial
Toi et moi sommes quittes ;
pas la peine de ressasser
Les injures de chacun
Les ennuis
Et les chagrins
****
4
Tu vois,
En ce monde tous ces sommeils paisibles,
La nuit doit au ciel
Avec ses constellations d’argent
En une si belle heure que celle-ci
Quelqu’un alors s'élève et parle
Aux ères de l’histoire
Et à la création du monde.

***
5
Je connais le pouvoir des mots ; je connais le tocsin des mots
Ce n’est pas le genre que les boîtes applaudissent
De tels mots des cercueils peuvent jaillir de terre
Et iront s’étalant avec leurs quatre pieds en chêne ;
Parfois ils vous rejettent, pas de publication, pas d’édition.
Mais les mots sacro-saints qui vous étouffent continuent à galoper au dehors.
Vois comme le siècle nous cerne et tente de ramper
Pour lécher les mains calleuses de la poésie.
Je connais le pouvoir des mots. Comme broutilles qui tombent
Tels des pétales à côté de la piste de danse rehaussée.
Mais l’homme avec son âme, ses lèvres, ses os…

Adaptation personnelle

 Traduction anonyme parue dans Signaux de France et de Belgique, n°4, 1921.

http://bibliotheque-russe-et-slave.com/Livres/Maiakovski%20-%20Prikaz%20pour%20l%27Armee%20de%20l%27Art.htm


PRIKAZ POUR LARMÉE DE LART
(Приказ по армии искусства)

Les brigades de vieillards traînent
toujours le même pas traînant.

Aux barricades, camarades !

Aux barricades des âmes et des cœurs !

Le vrai communiste, c’est celui

qui a brûlé les ponts de retraite.

Assez de pas, futuristes :

un saut dans l’avenir !

Il ne suffit pas de construire une locomotive,

d’accrocher les roues et de fuir.

Si la chanson ne fait pas éclater la gare

à quoi bon ces courants changeants ?

Amassez son par son, vous,

et en avant, chantant et sifflant !

Il existe encore de bonnes lettres :

Rr...

Cha...

Sicha...

Qu’est-ce, porter liséré au pantalon ?

Tous les Soviets ne pourront faire marcher l’armée

si les musiciens n’ouvrent point la marche.

Traînez les pianos dans les rues,

arrachez avec des grappins les tambours des fenêtres,

brisez tambours et pianos

pour faire vacarme et tonnerre !

À quoi sert-il de suer dans les usines,

de fourrer la gueule dans la suie

et de cligner avec des yeux de chouette

sur le luxe des autres, pendant le repos ?

Assez de vérités d’un sou !

Balaie tout ce que tu as de vieux dans le cœur.

Les rues sont nos brosses

et les places publiques nos palettes.

Dans le livre du temps à mille pages

les jours de révolution ne sont pas célébrés.

Dans les rues, futuristes,

joueurs de tambour et poètes !
 1918


D’un coup j’ai barbouillé la carte du quotidien
en faisant gicler la couleur hors du verre;
j’ai exposé sur un plat de gélatine
les pommettes torves de l’océan.
Sur les écailles de fer-blanc d’un poisson
j’ai lu l’appel de lèvres nouvelles.
Et vous,
vous le pourriez,
jouer un nocturne
sur la flûte de la gouttière ?

--

Est-ce vous
Qui comprendrez pourquoi,
Serein,
Sous une tempête de sarcasmes,
Au dîner des années futures
J’apporte mon âme sur un plateau?
Larme inutile coulant
De la joue mal rasée des places,
Je suis peut-être
Le dernier poète.
Vous avez vu
Comme se balance
Entre les allées de briques
Le visage strié de l’ennui pendu,
Tandis que sur le cou écumeux
Des rivières bondissantes,
Les ponts tordent leurs bras de pierre.
Le ciel pleure
Avec bruit,
Sans retenue,
Et le petit nuage
A au coin de la bouche,
Une grimace fripée,
Comme une femme dans l’attente d’un enfant
À qui dieu aurait jeté un idiot bancroche.
De ses doigts enflés couverts de poils roux, le soleil vous a épuisé de caresses, importun comme un bourdon.
Vos âmes sont asservies de baisers.
Moi, intrépide,
je porte aux siècles ma haine des rayons du jour;
l’âme tendue comme un nerf de cuivre,
je suis l’empereur des lampes.
Venez à moi, vous tous qui avez déchiré le silence,
Qui hurlez,
Le cou serré dans les nœuds coulants de midi.
Mes paroles,
Simples comme un mugissement,
Vous révèleront
Nos âmes nouvelles,
Bourdonnantes
Comme l’arc électrique.
De mes doigts je n’ai qu’à toucher vos têtes,
Et il vous poussera
Des lèvres
Faites pour d’énormes baisers
Et une langue
Que tous les peuples comprendront.
Mais moi, avec mon âme boitillante,
Je m’en irai vers mon trône
Sous les voûtes usées, trouées d’étoiles.
Je m’allongerai,
Lumineux,
Revêtu de paresse,
Sur une couche moelleuse de vrai fumier,
Et doucement,
Baisant les genoux des traverses,
La roue d’une locomotive étreindra ton cou.

Ecrit par Vladimir MAIAKOVSKI Tous droits réservés ©

Vladimir Maïakovski – Le nuage en pantalon (1915)

Votre pensée,
qui rêvasse sur votre cervelle ramollie,
tel un laquais obèse sur sa banquette graisseuse,
je m’en vais l’agacer
d’une loque de mon coeur sanguinolent
et me repaître à vous persifler, insolent et caustique.
Mon âme n’a pas pris un seul cheveu blanc,
et il n’y a en elle aucune tendresse sénile!
Enfracassant le monde par le bourdon de ma voix,
je m’avance, beau gosse, mes vingt-deux ans en prime.
Tendres!
Vous couchez l’amour sur les violons.
Les brutaux le flanquent sur des cymbales.
Mais sauriez-vous comme moi vous retourner comme un gant
pour que vous ne soyez plus que des lèvres intégrales?
Venez prendre des leçons
– salonnière de satin,
fonctionnaire formatée de la ligue angélique,
et celle qui feuillette des lèvres sans émoi aucun,
comme si c’étaient les pages d’un livre de cuisine!
Voulez-vous
que je sois un enragé de la viande,
ou bien, changeant de ton comme les couleurs du ciel -
voulez-vous
que je sois impeccablement tendre,
un nuage en pantalon au lieu d’un homme charnel?
Ce n’est pas vrai qu’il y ait une Nice florale!
Voilà que je me remets à chanter vos louanges
– vous, hommes, défraîchis comme un hôpital,
et vous, femmes, rebattues comme un proverbe.
***
Extrait du poème « Le nuage en pantalon » (1915) de Vladimir Maïakovski (1893-1930) – Traduction de Wladimir Berelowitch



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