Roland Cornthwaite

http://www.les-bien-aimes.fr/evenements/c-est-arrive-pres-de-chez-vous/

le mardi 21 janvier2014 Aux Bien-aimés -

première soirée de poésie
Roland CORNTHWAITE, Christine BLOYET et Sophie G. LUCAS nous ont régalé avec la lecture de leurs poèmes différents et forts en émotion.


2016 -Lecture 
2015
http://www.lelieuunique.com/site/wp-content/themes/contrast/en_savoir_plus/poesie2015.pdf

Revue Paysages Écrits n° 23 - Décembre 2014 
http://fr.calameo.com/read/0016777722aa7ade065bc

" Tes mines concentrent l'énergie
Et l'acceptation de la perte
Pour désintégrer le temps"


Revue Terre à Ciel
 http://www.terreaciel.net/Memoires-portuaires-par-Roland

http://terreaciel.free.fr/table/roland2.htm


http://terreaciel.free.fr/table/roland.htm
Extraits:

Carnet de Loire... Le 13 novembre 2009
... Elle est plus résistante que moi, plus obstinée, plus certaine d’elle-même. Elle se maintient là depuis longtemps, bien avant que je n’arrive. Elle ne m’a pas attendu. Elle est plus souveraine, plus insistante... Et je ne peux qu’opposer ma faible obstination à cette force que je domine de la vue. Maigre consolation...
Et c’est de ce point de vue que je reprends ces mots et qu’il faut bien en découdre... Découdre ? Coudre, découdre, découdre le motif avant qu’il ne disparaisse. Découdre cette légèreté là, éphémère, ce long silence...
Ces lignes de vent, ces ondulations, ces pâtes vitrifiées et sans cesse mouvantes, ces ventres et ces dos, ces rondeurs tendues...
Reprendre cette diction du quotidien, varier les heures, les lumières.
La prendre à rebrousse vague. Pour le style, il viendra bien, il sortira de la pointe de ce styl-o, Oh ! Le style que donne cette fluidité de l’écriture. Oh ! La fluidité de l’eau que délivre le style – Oh ! Fluidité, écrire liquide, enlever ces consonnes qui, comme des piles de ponts, enjambent l’eau, bloquent le débit, créent des remous de mots, qui tournent sur eux-mêmes, se noient dans la masse liquide, et qui pourtant perdurent...
Combien de temps résiste le tourbillon ? Quelle distance faut-il pour que, tout à fait, il soit entièrement absorbé par la totalité du fleuve ? Quelle mémoire garde l’eau de ces agitations ?

Je reprends pied : salle de café. J’étais dans le fleuve, dans le courant, dans les mots... La lumière est blanc-jaune, impersonnelle. Une musique fait bruit de fond, pas de silence, couvrir les voix, occuper l’espace... Je n’ai pas beaucoup de mots pour les passants, ils passent remplis d’eux-mêmes, de leurs pensées, de leurs soucis, remplis, pleins, pleins de chair, de sang, de cavités, de tuyaux et de carrefours, d’une ingénierie très sophistiquée qui finit par être cela : Le vivant.
Qu’est-ce qui favorise la formation d’eau, la création de l’eau ? Y a-t-il plus ou moins d’eau ? Le nombre de molécules sur notre terre est-il permanent, infini, ou simplement indénombrable ? Par manque de temps ? Par manque de patience ?
Et ce miroir d’eau, que conte-t-il pour moi ? Le silence, la vacuité... Un miroir ne conte pas ? Il compte pour ce qu’il est, il compte pour lui-même. Il m’interroge, mais en quelle langue ? Il m’interroge sur le temps, sur ce qui l’agite, sur ce que nous pouvons avoir de commun... Quelle Alice pourra dire le dedans de l’eau ? Il faudrait être eau pour enfin dire « eau », alors, sans mot, tout serait dit. C’est donc la différence que les mots disent, ils tentent l’impossible communication de l’objet aux mots, de ma pensée à l’objet... De l’intérieur de l’objet le mot est vain. Le mot, c’est la béquille, le handicap de la différence.
Sur l’arbre, toutes les feuilles sont semblables mais non identiques. Les accidents, les insectes, la position, les nervures, chaque instant creuse la différence, ride différemment le lisse du limbe, et chaque feuille devient roman, destin. Les mots nommant la différence, mots impossibles, mots dans l’entre de ce qui distingue, mots dans la tension... Mais entre l’arbre et la feuille, quels mots ? L’arbre dont elle procède, la connait-il, le connait-elle ? « Pardon, Monsieur, Je voudrais manger – me poser, pondre sur, cueillir... ) la quinzième feuille, troisième rameau, deuxième branche... » L’arbre la connait-il par son nom ? Quels sont les noms que portent les feuilles ? Nom de verdure, de forme, qu’est-ce qu’un nom ?
En pensée, l’écriture n’est qu’ultra légèreté, un courant dont rien ne reste, rien que l’absence, rien qui tienne. Face à la page, la pensée s’écrit à la vitesse de la plume, dans le temps de l’écriture. Elle saute aussi du coq à l’âne, de la plume aux poils. Temps de pause, pause dans le temps sur cette page des mots de la pensée, libère ces sautes dans le courant, du lisse, du grenu, de l’agrégé-aggloméré, puis du diffus, du distendu... Courant de pensée comme fleuve


Carnet de Loire...

Retour, nuit du fleuve, nuit, reflet de nuit, noir du ciel, noir de l’eau et ces failles de lumière, ces tentatives de traversée, cet élan de la lumière qui voudrait bien, qui tente, que tente l’idée de l’autre rive, l’idée de l’autre, cette lumière qui marche sur l’eau, lumière réfléchie de la ville, eau marchepied, la lumière, les diffractions. Ces brisures de lumières comme une enjambée vers le milieu de l’eau, rythme, bruissement de lumière,
Pris dans le faisceau le motif du fleuve se dissout, se dilue, se noie... L’eau se noie dans le reflet du réverbère ?
La diction hachée du fleuve...



Carnet de Loire... Le 15 novembre 2009 

Le léger tremblement continu de la surface ne parvient pas à dissoudre le reflet des platanes que le vent en tempête a éclairci, ajouré, épuré, dépouillé, délesté, laissant visible les axes sombres des branches et des troncs. Dans l’eau ceux-ci se distinguent, laissant en réserve le gris du ciel. Puis les feuilles, distinctes, séparées, chacune variant la gamme des verts ocres jaunes bruns... chacune venant ajouter un pigment à l’ensemble qui peu à peu se constitue (se dessaisit) en vert rouillé. Dans le reflet, tout disparaît au profit de masses brun-vert indistinctes. L’immobilité de l’air affine le trait, peu à peu, sur la page du fleuve à marée montante.
Parfois, un espace de fripures serrées vient effacer les cimes couchées sur le milieu du courant. Ces palpitations infimes sont-elles cela par quoi l’eau cherche prise dans le présent ? Sont-ce mains, doigts, papilles d’eau goûtant l’air, ridules lisses, eau lisse, cherchant prise ? Quels mots l’eau pourrait-elle employer pour nommer ces fragiles contacts ?



Carnet de Loire... Le 16 novembre 2009

Lent courant descendant, le fleuve s’écoule avec bon sens, le sens de la source à l’océan... (Bon ? Le sens que ma raison me dicte et que deux fois par jour la marée contredit. Ma fascination tient-elle de cette contre-diction ?) De légères concrétions blanches et moussues descendent sur le tapis gris aluminium de l’eau. Un vent léger remonte de l’estuaire (Quelle réalité pour moi que cette bouche d’eau par laquelle se soude le fleuve à l’océan ?) Des linéaments, blancs, distendus, sinuent, serpentent, ondoient, comme traînées. Quel fauve en amont nourrit ces laisses ? Traînées de poudre aux yeux. Écume arrachée aux bouillonnements de quel monstre tapit ? Ancré comme pollution, comme centrale nucléaire...
Cette eau qui lave, nettoie, draine, est aussi une eau qui refroidit, condense, protège, eau dont nous usons... Est-ce que l’eau s’use ? A force d’usage se fatigue-t-elle ?
Le bruissement de chaque vagule ne dit pas le reflet. Aujourd’hui la Loire ne s’occupe que d’elle-même... En profite-t-elle pour un moment d’introspection ?


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 Je serai une balle - Extraits
 
II – L’homme dort
Dans sa chambre, l’homme dort,
Il dort inquiet du matin,
Café dans les sourires tristes,
Le quotidien, le refrain,
La ritournelle du loyer, des impayés.
O-S, on dit O-S,
C’est ça : l’os,
Le dur, l’ossature,
Et l’os, ce qui reste
Quand la chair a disparue.
Son travail, c’est l’os,
C’est lui qui tient.
Il faut l’os, le dur,
Sur quoi l’on puisse compter.
Il tient la cadence,
Il est consciencieux,
Il est minutieux,
Il aime bien faire,
Il a peur de déplaire.
Il vit loin, il vit de fabriquer les balles,
Il vit avec sa-femme-ses-enfants,
Il écoute le discours, le dit-court, le penser insistant,
Insistant de la négation de l’autre,
L’autre, le bouc émissaire, émissaire des peurs,
Bureau des pleurs.
Bouc ou agneau ?

III – Je marche
Breakfast :
Je décide du cours du blé,
Coffee :
Je décide des réserves de café,
Jam :
Je décide du prix du sucre,
Je marche,
Je suis déjà prêt,
Je combats,
Chaque jour la lutte,
A la nanoseconde,
Je sers la machine,
Le-grand-machin-chose, le-truc-qui-dévide-la-bobine-des-comptes-du-monde.
Sur le clic,
La phalange est trop lente,
Je crains la faute, l’erreur,
La panne biologique.
Par moi,
Des fluides financiers parcourent les continents,
Par moi,
Leurs déplacements enlacent la terre,
Saupoudrent mes comptes,
Offshores.
Je gagne ce que la poudre vaut,
La poudre, le sang des Nations,
La pointe de la pensée.

IV – Faut pas qu’on oublie
J’ouvre la radio,
Tous les matins,
Devant mon café,
La voix me parle,
Résume l’actualité,
Filtre le quotidien,
Compte les chômeurs,
Compte les clandestins,
Compte les déficits,
Compte les conflits,
Compte les catastrophes,
Compte les morts,
Je perds ma tête dans tous ces comptes,
Je ne sais plus quel sens il y a,
Je pense qu’il n’y a pas de sens,
Ma tête est beaucoup trop petite pour tout cela,
Ca bloque,
Mon cerveau refuse,
Je me tais,
Je vais travailler,
Je noie mon visage dans la tasse,
Je vois noir, café noir, là, sous mes yeux,
Je vais travailler,
Les copains, la cigarette, l’apéro,
J’y pense pas,
Reflexe naturel,
Naturels,
Les soucis, le quotidien,
La poubelle-à-sortir,
Les-enfants-l’école, le quotidien,
Le weekend,
Le-chariot-du-supermarché,
Faire-le-plein, le quotidien,

Souvent j’oublie,
La ritournelle,
La mauvaise chanson du matin,
Mais elle revient, la voix,
Elle répète,
Elle insiste,
Recompte et ajoute,
Chaque jour,
Insiste, insiste,
Insiste,
FAUT PAS QU’ON OUBLIE
Elle rappelle à la machine,
Au grand-machin-chose,
Au truc-qui-dévide-la-bobine-des-comptes-du-monde.
Ce qui est donné pour ce qui doit,
La pointe de la pensée.

V – Je suis assis
Vingt-cinquième étage,
J’ai un beau bureau,
Vue sur le fleuve,
Je suis assis sur mon cul,
Je suis assis sur mon fauteuil,
Je suis assis sur mon chien,
Je suis assis sur ma secrétaire,
Je suis assis sur ma femme,
Je suis assis sur ma famille,
Je suis assis sur mes voisins,
Je suis assis sur la ville,
Je suis un dominant,
La race supérieure,
Ils l’ont dit,
Struggle for life,
A nous le monde,
Il faut des hommes forts,
La compétition aiguise les sens,
Il faut,
Il faut se battre,
Il faut lutter,
Il faut convaincre,
Il faut vaincre,
Il faut,
Ils le disent,
Ils me l’ont dit,
Ce qui est donné pour ce qui doit,
La certitude des nations,
La pointe de la pensée.
© Roland Cornthwaite

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