Charles Baudelaire - 1821 - 1867

  
  L'étranger

     « Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis:  ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère ?
-         Je n’ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère 
-         Tes amis ?
-         Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est resté jusqu’à ce jour inconnu.
-         Ta patrie ?
-         J’ignore sous quelle latitude elle est située.
-         La beauté ?
-         Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.
-         L’or ?
-         Je le hais comme vous haïssez Dieu.
-         Eh ! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
      -         J’aime les nuages…, les nuages qui passent…là-bas…là-bas…les merveilleux nuages ! »


http://diereseetlesdeux-siciles.hautetfort.com/archive/2015/09/10/baudelaire-de-claude-pichois-et-jean-ziegler-ed-julliard-5682919.html

http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Baudelaire 

http://fr.wikisource.org/wiki/Auteur:Charles_Baudelaire 



Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;

Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l'Espérance, comme une chauve-souris,
S'en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;

Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D'une vaste prison imite les barreaux,
Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.

- Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme ; l'Espoir,
Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.

Le Spleen de Baudelaire


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