Jean-Claude Pirotte 1939 - 2014


"Ecrire pour moi, pour l’unique plaisir de voir se former les mots sous ma main, de découvrir des vocables que je croyais ignorer, des tours de phrase inédits, des surprises.
Il va de soi que consciemment ou non je puisais dans mes lectures à l’improviste, inspiré par une mémoire confuse, et le dictionnaire devait m’apprendre le sens réel du mot dont je m’étais servi. C’était un bonheur de se procurer son propre étonnement. "
Brouillard de Jean-Claude Pirotte



Brouillard caresse la vie, frôle la mort, montre la voie dans la clarté de ce qui va s’éteindre: «C’est que j’avais encore envie de vivre, et de voir passer les nuages, et d’écrire ceci, ou autre chose. Il arrive que la douleur soit en voie d’excéder mes forces. Mais je m’obstine, je tiens la fenêtre ouverte, au moins je respire et un chien aboie.»

"nous nous en irons sur la pointe des pieds
nous ne savons pas qui partira le premier
tu m'auras dit nous ne vieillirons pas ensemble
nous n'aurons pas vieilli tu seras belle
comme ce ciel d'été près du tilleul
et tu seras lointaine aussi comme ces
jeunes filles des cartes postales anciennes
(mon amie Nane ou Clara d'Ellébeuse)
nous nous en irons dans un soir d'Epinal
tu m'attendras peut-être ou c'est moi
qui resterai seul à t'attendre
en vérité rien ne sera changé sinon
le versant des saisons"

(Faubourg, (c) Le temps qu'il fait, 1996)


“Il ne faut pas perdre la trace
des lézards sous les feuilles mortes
je t'aime et si je t'embrasse
le vent chante mieux sous la porte
ne dire que ce qui se dit
pensivement aux veillées
de hameaux encore perdus
d'année nostalgique en année
et dans le miroir où s'efface
un visage que le tain mord
éterniser la grâce
hautaine d'une lèvre morte.“
(Faubourg, (c) Le temps qu'il fait, 1996)


Autres arpents: « je crois que la vie, le vin, ne cessent de nous ménager des surprises en nous restituant le passé, l'enfance, les belles images au détour d'une ruelle, ou dans l'éclat soudain de l'automne jaillissant d'un vignoble. »


Passage des ombres (La Table Ronde 2008):
« si c’était mon dernier voyage avec la mer et le grand âge dans ma besace de très vieux colporteur aimé des nuages
la douce mer dans la bouteille et le grand âge au fond des poches le regard sous le chapeau cloche qui me rapproche du ciel
aurais-je emporté la chanson que me chantait la jeune fille je n’ai jamais connu son nom elle a disparu de ma vie (…) »

***


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