Vu les sept derniers jours
Yoko Ogawa
Élévation - Baudelaire
Élévation Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées, Des montagnes, des bois, des nuages, des mers, Par delà le soleil, par delà les éthers, Par delà les confins des sphères étoilées, Mon esprit, tu te meus avec agilité, Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l'onde, Tu sillonnes gaiement l'immensité profonde Avec une indicible et mâle volupté. Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides; Va te purifier dans l'air supérieur, Et bois, comme une pure et divine liqueur, Le feu clair qui remplit les espaces limpides. Derrière les ennuis et les vastes chagrins Qui chargent de leur poids l'existence brumeuse, Heureux celui qui peut d'une aile vigoureuse S'élancer vers les champs lumineux et sereins; Celui dont les pensers, comme les alouettes, Vers les cieux le matin prennent un libre essor, - Qui plane sur la vie, et comprend sans effort Le langage des fleurs et des choses muettes! Baudelaire
Réflexion... George Bernard Shaw
Claude Michel Cluny 1930 - 2015
ATout ~ Gabrielle Burel
Gastão Cruz - Petit sonnet du sommeil
Gastão Cruz - Petit sonnet du sommeil C’est le sommeil qui dort Comme dorment les pierres Et non les yeux qui meurent Derrière les paupières La nuit a un plateau Plus lourd en sa balance Lorsque sur lui s’abat Le sommeil qui s’endort Non nous ne dormons pas Non nous ne mourons pas Sous les paupières lourdes C’est le sommeil qui meurt Et c’est la mort qui dort Quand nous dormons en elle.
Roberto Juarroz
C’est pour cela peut-être qu’en toi s’unissent mon souvenir extrême et mon extrême oubli et je ne sais si tu es ma compagnie ou si tu es déjà ma solitude. Roberto Juarroz – Sexta poesía vertical Roberto Juarroz – Treizième poésie verticale (Decimotercera poesía vertical) Muet parmi les mots, presque aveugle parmi les regards, au-delà du coude de la vie, sous l’emprise d’un dieu qui est absence pure, je déplace l’erreur d’être un homme et corrige avec patience cette erreur. Ainsi je ferme à demi les fenêtres du jour, j’ouvre les portes de la nuit, je creuse les visages jusqu’à l’os, je sors le silence de sa caverne, j’inverse chaque chose et je m’assieds de dos à l’ensemble. Je ne cherche désormais ni ne trouve, je ne suis ici ni ailleurs, je me refais au-delà du souci, je me consacre...
Eve - Charles Peguy
Et ce sang qui devait un jour sur le Calvaire … Même les mécréants ne peuvent qu'être bouleversés par la grâce des vers du grand Charles Péguy « Les solives du toit faisaient comme un arceau. Les rayons du soleil baignaient la tête blonde. Tout était pur alors et le maître du monde Était un jeune enfant dans un pauvre berceau. Chaque poutre du toit était comme un vousseau. Les ombres de la nuit baignaient la tête ronde. Tout était juste alors et le maître du monde Était un jeune enfant sous un maigre cerceau. Et ce sang qui devait un jour sur le calvaire Tomber comme une ardente et tragique rosée N’était dans cette heureuse et paisible misère Qu’un filet transparent sous la lèvre rosée. Et ce sang qui devait un jour sur le calvaire Tomber comme une tiède et féconde rosée N’était dans cette auberge et dans cette chaumi...
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