Articles

Venise

Dans la nuit du 12 au 13 novembre, Venise est morte. Rien à voir avec La Mort à Venise de Thomas Mann. Je vous parle d’une ville entière à l’agonie. Et ce n’est pas une simple inquiétude, car la gravité de la situation empêche de se laisser aller aux émotions passagères. Non, c’est un sentiment profond qui m’envahit tandis que je marche et regarde autour de moi. Un sentiment de douleur et d’incrédulité. Une prise de conscience aussi : dans certains cas, l’expression « ne pas avoir de mots » a un fond de vérité. Vous pourrez lire mille reportages, y compris cet article, aucun, pas même ceux qui auraient été écrits par des maîtres comme Hemingway ou Emmanuel Carrère, ne parviendrait à transmettre la douleur, la rage, l’incompréhension, la peur, toute cette gamme de sentiments que seul un habitant de Venise, seul celui qui a choisi Venise pour son caractère unique, seul celui qui y est né, peut vraiment éprouver. Je sors de chez moi, armé d’un carnet, d’un stylo et de mon smartphone pour ...

Ma fille

Faut que je te dise Ma fille a une maladie orpheline Un truc qui va la laisser Paralysée Au mieux Alors je meurs à petit feu Parce que Toucher sa gosse C'est affreux C'est impossible Juste impossible Gabrielle BUREL 20 09 19

Assomption

Bonne Fête de l’Assomption Poètes et mystiques ont chanté Marie. Voici la prière de Jean-Paul Hoch, Ancien Supérieur Général de la Congrégation du Saint-Esprit.   Quand vient pour nous l'heure de la décision Marie de l'Annonciation , aide-nous à dire "oui". Quand vient pour nous l'heure du départ, Marie d'Égypte , épouse de Joseph, allume en nous l'espérance. Quand vient pour nous l'heure de l'incompréhension, Marie de Jérusalem , creuse en nous la patience. Quand vient pour nous l'heure de l'intervention, Marie de Cana , donne-nous le courage de l'humble parole. Quand vient pour nous l'heure de la souffrance, Marie du Golgotha , fais-nous rester aux pieds de ceux en qui souffre ton Fils. Quand vient pour nous l'heure de l'attente, Marie du Cénacle , inspire-nous notre commune prière. Et chaque jour, quand sonne pour nous l'heure joyeuse du service, Mari...

Maho artiste peintre et sculptrice

N'hésitez pas à visitez le site de ma cousine Maho :) https://dkmaho29.blogspot.com/

De nouveau

De nouveau J'écrirai encore Le malheur tisse ses larmes Avec le fil de ma joie La vie, savez-vous, la vie est surprise et souffrance Toujours tient les rênes  Sans état d'âme Et les mots reviennent Comme au premier souffle La douleur creuse son sillon Sur le papier et s'abreuve d'encre  Gabrielle Burel Aout 2019   https://theblogofgab.blogspot.com/2018/09/je-n-plus-gabrielle-burel.html Je n'écrirai plus

CHARLES D'ORLEANS Mélancolie

Fermez-lui l’huis au visage Mon cœur, à Mélancolie Gardez qu’elle n’entre mie Pour gâter notre ménage Comme le chien plein de rage Chassez-la, je vous en prie Fermez-lui l’huis au visage Mon cœur, à Mélancolie C’est trop plus notre avantage D’être sans sa compagnie Car toujours nous tance, et crie, Et nous porte grand dommage. Fermez-lui l’huis au visage. CHARLES D'ORLEANS  (1394~1465) (Via Peigneurs des Comètes)

Paul Verlaine Colloque sentimental

Paul Verlaine (1844 -1896) : Colloque sentimental « Dans le vieux parc solitaire et glacé Deux formes ont tout à l'heure passé. Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles, Et l'on entend à peine leurs paroles. Dans le vieux parc solitaire et glacé Deux spectres ont évoqué le passé. - Te souvient-il de notre extase ancienne? - Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne? - Ton coeur bat-il toujours à mon seul nom? Toujours vois-tu mon âme en rêve? - Non. Ah ! les beaux jours de bonheur indicible Où nous joignions nos bouches ! - C'est possible. - Qu'il était bleu, le ciel, et grand, l'espoir ! - L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir. Tels ils marchaient dans les avoines folles, Et la nuit seule entendit leurs paroles. » Revue « L’Artiste », 1er juillet 1868 Ferdinand Sartorius, éditeur, Paris

Réflexion... CARLO BORDINI Poésie

POÉSIE, LA SEULE QUI DISE LA VÉRITÉ, PAR CARLO BORDINI J’aime la poésie parce que lorsque j’écris je sais toujours d’où je pars, et je ne sais jamais où j’arrive. J’arrive toujours en territoires inconnus, et j’en sais plus après qu’avant. J’écris ce que je sais, mais je le sais pendant que je l’écris, et pour moi la poésie est toujours la source de continuelles révélations. C’est comme si, durant l’écriture, il y avait en moi de brusques ruptures de l’inconscient. En ce sens je suis assez convaincu que le mot précède la pensée, qu’il est un véhicule de la pensée. On n’écrit pas ce que l’on sait, mais on le sait après l’avoir écrit. Parfois j’écris des choses dont je ne sais absolument pas ce qu’elles signifient; je le comprends après, ou parfois, ce sont les...

LEONOR GNOS - LE BLEU DE L'EAU

LEONOR GNOS - LE Bleu  De  L'eau  Bleu de l'eau un horizon sur mon visage les vagues dans les yeux le miroir de la mémoire avant que l'écume s'érige en fontaines géantes les mouettes se précipitent contre le vent tombent soudain comme des pierres j'aimerais les caresser je sais qu'elles ont peur elles aussi par moments la confusion le fracas je devrais sauter dans l'eau me battre contre l'irradiation sans la tentative de m'accrocher à l'écho du matin car le soir commence à chavirer et la nuit se remplit de voix qui se plaignent un arôme de nécrose sur la langue le flot arrive il est immense il coupe le chemin à tous les cris et le mot n'a plus aucun sens à la première lumière du ciel je recherche le bleu de l'eau l'horizon aux mille visages les yeux dans les vagues pleines de contes de mort

PAUL CELAN, Je suis seul

PAUL CELAN, Je suis seul JE SUIS SEUL, je mets la fleur de cendre dans le verre rempli de noirceur mûrie. Bouche-sœur, tu prononces un mot qui survit devant les fenêtres, et sans un bruit, le long de moi, grimpe ce que je rêvais. Je suis dans l’efflorescence de l’heure défleurie et mets une gemme de côté pour un oiseau tardif : il porte le flocon de neige sur la plume rouge-vie ; le grain de glace dans le bec, il arrive par l’été.

Malcolm Lowry – Trente-cinq mescals à Cuantla

Malcolm Lowry – Trente-cinq mescals à Cuantla Le pire de tout, c’est ce tic-tac, Vous savez, qu’on entend en bateau, dans le train, Et qu’on entend partout, car il est le destin; Tic-tac de la mort vraie, non pas seulement du temps; Termite rongeant les lambris pourris du monde Et pour toi c’est la mort, même si tu connais Le tic-tac silencieux du coeur qui va faillir Dans sa course contre la montre, battement Qu’on entend de partout, qui toujours ralentit Mais qui n’est pourtant pas le tic-tac de la mort vraie, Seulement celui du temps, seulement le carillon Qui sonne dans le coeur quand une peur soudaine Fait grelotter le corps comme un réveil patraque Le réfrigérateur ronronne dans le bar Tandis que la gare émaciée oppose Son bourdonnement aux bruits de la rue Que dirai-je sans injustice De ce lieutenant aux épaules larges – une main Derrière le dos, salie de sang, tient un...

RAINER MARIA RILKE Ô Nostalgie Des Lieux

RAINER MARIA RILKE (1875-1926) Ô NOSTALGIE DES Lieux Ô nostalgie des lieux qui n'étaient point assez aimés à l'heure passagère, que je voudrais leur rendre de loin le geste oublié, l'action supplémentaire ! Revenir sur mes pas, refaire doucement - et cette fois, seul - tel voyage, rester à la fontaine davantage, toucher cet arbre, caresser ce banc ... Monter à la chapelle solitaire que tout le monde dit sans intérêt ; pousser la grille de ce cimetière, se taire avec lui qui tant se tait. Car n'est-ce pas le temps où il importe de prendre un contact subtil et pieux ? Tel était fort, c'est que la terre est forte ; et tel se plaint : c'est qu'on la connaît peu.

FRANCOIS COPPEE - Hymne à La Paix

FRANCOIS COPPEE - HYMNE À LA PAIX La paix sereine et radieuse Fait resplendir l’or des moissons; La nature est blonde et joyeuse, Le ciel est plein de grands frissons. Hosanna dans la fange noire Et dans le pré blanc de troupeaux; Salut, ô reine! ô mère! ô gloire Du fort travail, du doux repos! Viens, nous t’offrons l’encens des meules; Reste avec nous dans l’avenir; Les bras tremblants de nos aïeules Sont tous levés pour te bénir. Le front tourné vers ton aurore, Heureuse paix, nous t’implorons; Et nous rythmons l’hymne sonore Sur les marteaux des forgerons. Reste toujours, reste où nous sommes! Et tes bienfaits seront bénis Par la nature et par les hommes, Par les cités et par les nids. Tous les labeurs sauront te dire Leurs grands efforts jamais troublés: Le saint poète avec la lyre, Le vent du soir avec les blés. Ainsi qu’un aigle ivre d...

JEAN COCTEAU Désespérance

JEAN COCTEAU Désespérance Je n’ai pas dix-huit ans et j’ai déjà souffert ! Faudra-t-il donc toujours avoir le cœur qui saigne, Le front emprisonné dans un étau de fer… Sont-ce les pleurs que l’existence nous enseigne ? Me faudra-t-il marcher vers le tombeau béant Avec l’œil qui se mouille et s’angoisse et s’effare, Et n’oser pas risquer mes pas timides, en Cherchant à l’horizon l’assurance d’un phare ? Me faudra-t-il partir comme je suis venu, Ignorant de tous ceux que j’aurais dû connaître, Avec mes doigts crispés sur mon corps maigre et nu, Et lorsque je mourrai, commencerai-je à naître ? (…) J’aurai goûté le vin sans toucher à la lie, Un vin amer, un vin empoisonneur mais doux ! Je demande à mourir, car j’ai peur de la vie, Et je la laisse aux forts, aux naïfs, et aux fous !

JEAN REVERDY - La cloche cœur

JEAN REVERDY - La cloche cœur La cloche qui sonne on ne l’entend pas L’air est trouble Un bruit de pas glisse sur le palier Personne n’entre Non personne ne veut entrer Il y a là une ombre qui tremble Le soir est à la vitre et baigne la maison Je suis seul Et le temps d’attendre A noué l’heure et la saison Plus rien ne me sépare à présent de la vie Je ne veux plus dormir Le rêve est sans valeur Je ne veux plus savoir ce qui se passe Ni savoir si je pense Ni savoir qui je suis Dans la nuit les murs blancs fondent autour du poêle Quand le chat regardait les signes du plafond Il n’y aura rien ce soir Arrête ta mémoire Personne ne viendra te voir Le cœur mieux étouffé bat sous la couverture Et se démène à corps perdu Qui viendra lui donner Sa dernière blessure Et qu’il ne se réveille plus