Vu les sept derniers jours
Adieu mystères... Maupassant
Adieu, mystères, vieux mystères du vieux temps, vieilles croyances de nos pères, vieilles légendes enfantines, vieux décors du vieux monde ! Nous passons tranquilles maintenant, avec un sourire d’orgueil, devant l’antique foudre des dieux, la foudre de Jupiter et de Jéhova emprisonnée en des bouteilles ! Oui ! vive la science, vive le génie humain ! gloire au travail de cette petite bête pensante qui lève un à un les voiles de la création ! Le grand ciel étoilé ne nous étonne plus. Nous savons les phases de la vie des astres, les figures de leurs mouvements, le temps qu’ils mettent à nous jeter leur lumière. La nuit ne nous épouvante plus, elle n’a point de fantômes ni d’esprits pour nous. Tout ce qu’on appelait phénomène est expliqué par une loi naturelle. Je ne crois plus aux grossières histoires de nos pères. J’appelle hystériques les miraculées. Je raisonne, j’approfondis, je me sens délivré des superstitions. Eh bien, malgré moi, malgré mon vouloir et la joie de cette émancipation...
Élévation - Baudelaire
Élévation Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées, Des montagnes, des bois, des nuages, des mers, Par delà le soleil, par delà les éthers, Par delà les confins des sphères étoilées, Mon esprit, tu te meus avec agilité, Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l'onde, Tu sillonnes gaiement l'immensité profonde Avec une indicible et mâle volupté. Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides; Va te purifier dans l'air supérieur, Et bois, comme une pure et divine liqueur, Le feu clair qui remplit les espaces limpides. Derrière les ennuis et les vastes chagrins Qui chargent de leur poids l'existence brumeuse, Heureux celui qui peut d'une aile vigoureuse S'élancer vers les champs lumineux et sereins; Celui dont les pensers, comme les alouettes, Vers les cieux le matin prennent un libre essor, - Qui plane sur la vie, et comprend sans effort Le langage des fleurs et des choses muettes! Baudelaire
Roberto Juarroz
C’est pour cela peut-être qu’en toi s’unissent mon souvenir extrême et mon extrême oubli et je ne sais si tu es ma compagnie ou si tu es déjà ma solitude. Roberto Juarroz – Sexta poesía vertical Roberto Juarroz – Treizième poésie verticale (Decimotercera poesía vertical) Muet parmi les mots, presque aveugle parmi les regards, au-delà du coude de la vie, sous l’emprise d’un dieu qui est absence pure, je déplace l’erreur d’être un homme et corrige avec patience cette erreur. Ainsi je ferme à demi les fenêtres du jour, j’ouvre les portes de la nuit, je creuse les visages jusqu’à l’os, je sors le silence de sa caverne, j’inverse chaque chose et je m’assieds de dos à l’ensemble. Je ne cherche désormais ni ne trouve, je ne suis ici ni ailleurs, je me refais au-delà du souci, je me consacre...

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